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Satan n’avait pas l’intention d’abandonner et réaliserait le rêve qu’il avait forgé avec Yuri, la seule humaine qui avait pris le temps de parler avec lui. Et pour cela, il devait détruire l’ordre, éliminer tous les exorcistes. Rin lui était maintenant en fuite et devait combattre sa nature démoniaque montant en lui. Une guerre, un combat intérieure et de nombreuses intrigues vous attendent. KHRYSALIS ACADEMY
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Fin d'un XIXème siècle futuriste...
Le monde vit des heures sombres. Peuplé d'Akumas, machines meurtrières créées par le Comte Millénaire, l'Humanité touche à sa fin. C'est là qu'entrent en scène les Exorcistes : combattant au service du Vatican, ils se dressent sur la route du Comte et du Clan Noé dans le but de ramener la Paix dans le monde grâce à l'Innocence, une arme céleste. Cette Guerre Sainte est tenue secrète aux yeux du Monde : pour la comprendre, il faut prendre part au combat...Lire le contexte complet
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 Envol de la corneille [Gregory]

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Envol de la corneille [Gregory]
Jeu 7 Aoû - 15:56
    C'était un jour comme les autres.
    Un jour où elle réveillait avec le soleil, dans une chambre d'hôtel qui changeait tous les soirs. Celle-ci était dans les tons bordeaux, avec des rideaux rongés par les mites. Un jour encore où elle prenait quelques instants à se rappeler où elle était et pourquoi elle était là, s'enrouler étroitement dans les couvertures pour quelques minutes d'inactivité, puis se relever machinalement. De l'eau froide sur son visage, s'habiller rapidement, grignoter quelque chose, reprendre sa traque. Avancer, attaquer, s'éloigner, avancer, attaquer, continuer.

    Depuis son changement de camp forcé, elle n'avait cessé d'être baladée d'un coin à l'autre, inlassablement, comme si ils craignaient que la laisser inactive trop longtemps allaient l'abîmer. Se rebeller ? Quelle idée. Même si elle l'avait voulu, elle n'aurait pas pu. Alors ça devait être ça. Nerá devait être comme ces machines de fer, si elle n'huilait pas ses mécanismes régulièrement, elle rouillait. C'est ce qu'elle était devenue. Un robot, et dans le genre surexploité. Enfin. La vérité, c'est que ça ne la changeait guère de sa vie d'avant. Elle était un outil qui changeait de mains, une petite chose morte, tranchante mais docile, qu'on pouvait lancer et voir revenir tant qu'on le lui ordonnait. C'était peut-être triste, mais c'était la seule vie qu'elle connaissait.
    Un petit plaisantin aurait pu prétendre qu'au moins, elle voyait du pays. C'est le cas de le dire. Elle avait quitté la France il y a à peine quelques jours, et la voilà déjà franchissant les frontières qui séparaient la Belgique du Royaume de Hollande. Elle était arrivée à Maestricht la nuit dernière. C'était la seconde fois qu'elle mettait les pieds en Hollande, mais son niveau de néerlandais n'était guère meilleur... Enfin, quelle importance ? Elle avait jusque là conversé, le moins possible, par signes et avec un peu d'anglais, et c'était suffisant.

    Lorsqu'elle quitta l'hôtel, la ville s'éveillait à peine. Les rues étaient quasiment désertes, les toits gris piquetés des premiers rayons de l'aube. Malgré l'été naissant, il faisait frais. C'était plutôt agréable. Elle n'était que de passage ici, mais elle prenait son temps, flânant dans les rues, ses chaussures claquant sur les pavés. Sa destination finale était bien plus au nord mais... Elle avait du mal à se sentir pressée. Contrairement à Central, les armées du Comtes étaient laxistes et paresseuses. La notion de retard était si coutumière qu'elle en devenait traditionnelle. Alors lorsqu'un endroit lui plaisait, elle y restait souvent plus longtemps que de coutume. Maintenant qu'elle avait cette liberté, elle prenait une certaine forme de plaisir à juste marcher silencieusement, découvrir un endroit jusqu'alors inconnu, et cette heure de la journée était la meilleure : il n'y avait personne pour l'aborder ou la gêner. C'est comme si... le matin, ce petit bout de monde lui appartenait. Il devenait alors la scène de ses rêveries, soudainement peuplé de silhouettes fantomatiques qu'elle reconnaissait à peine. Elle ordonnait les couleurs, classait les formes... Puis finalement, finissait par revenir à la réalité.

    Une corneille passa brusquement devant elle, ses ailes claquant sèchement, et se posa quelques mètres plus loin. Nerá s'arrêta pour l'observer. Elle lui rappelait... Quelqu'un. Aussitôt que sa silhouette se fraya un chemin dans ses pensées, elle l'en chassa. Elle ne voulait pas y penser. Pas aujourd'hui. Et ignorant l'oiseau qui l'observait d'un œil noir, elle passa son chemin. Soudainement, l'endroit lui semblait fade. Il était temps de partir.
    Se fiant à son sens de l'orientation, ce qui était ou pas une bonne idée, elle tourna à gauche, marchant à petits pas rapides. Et là, son cœur lâcha, et pas que son cœur, tout dégringola, cavala entre ses os comme des souris effrayées pour se terrer quelque part dans ses entrailles en une boule douloureuse. Son premier réflexe fut de faire demi-tour, obéissant à un instant primaire qui la suppliait de s'en aller, mais elle se contint. En fait, elle se figea, tout simplement, les yeux rivés sur lui. Impossible de ne pas le reconnaître, hein ?... Pourquoi était-il seulement ici ? Il était encore temps de filer, éviter la confrontation, éviter les souffrances, mais une sorte de curiosité morbide la maintint sur place. Jusqu'à ce qu'il la remarque, qu'elle croise son regard, plante dans son âme un pieu écarlate.

    Quelles étaient les chances qu'elle le croise ici, maintenant ?
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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Jeu 7 Aoû - 22:53
L'Envol de la Corneille
feat. N. S. ANTONAKIS
Une vie sans émotion est une vie perdue Roger Fournier

Sa vie avait viré au cauchemar dès lors qu'il était né. Ses parents l'avaient mis à la rue alors qu'il n'était qu'une enfant de bas âge et ils n'avaient jamais cherché à le retrouver, à s'excuser ou quoique ce soit d'autres. Pourquoi ? Qu'avait-il bien pu leur faire ? Il n'était Corbeau que depuis ses dix ans, mais depuis toujours ! Alors quelle était cette raison qui les avait poussés à l'abandonner aussi lâchement... ? Peut-être qu'aujourd'hui ils le croyaient tout simplement mort et enterré ? … Cela pourrait en effet expliquer bien des choses. Il avait besoin de faire une investigation, il avait besoin de les retrouver, d'avoir... Une réponse. Aujourd'hui... Il la désirait plus que tout.

Et puis, tant que cela pouvait lui faire oublier cette... Cette femme-là qui le hantait. Qui l'obsédait, le harcelait. Il se sentirait un peu en paix ; l'espace d'un instant.

Le Corbeau s'était alors mis en route, l'Arche le déposa alors aux portes de Maestricht. Il n'irait pas directement voir ses parents... Il ferait une petite halte avant. De toutes façons, faisant partie de l'élite de l'Organisation à laquelle il appartenait, Gregory n'avait pas vraiment d'ordres à recevoir. Il allait où il voulait et quand bon lui semblait. Ce n'était pas comme s'il agissait de la sorte tous les jours du mois, non plus. Il ne fallait exagérer, et aujourd'hui, il ne faudrait rien lui dire. Simplement, il voulait comprendre la chose. Comprendre. Cela ne devait pas arriver à beaucoup de Corbeaux ni même d'Inspecteurs... L'humanité leur avait été prise dès 10 ans... La sienne lui a été rendue. Rien ne le méritait probablement pas... D'autant plus que cette humanité était douloureuse à supporter. Cependant, il s'était juré de vivre avec. De ne jamais abandonner.

Aujourd'hui... Il arpentait les rues de Maestricht en quête de paix, une fois de plus. Une paix comme celle qu'il avait rencontré lors de mon entrevue avec Dylan Matthews, une Inspectrice qui sortait de l'ordinaire... Elle était comme lui ; en quelques sortes. Elle était prise sous le poids de l'amour et ne pouvait s'en débarrasser... Elle succombait presque. Elle était à deux doigts d'en « mourir ». Elle aussi voulait sa liberté, et rester l'être qu'elle était devenue. Comment pouvait-elle servir cette Organisation aux si noirs desseins ? En un sens, Gregory était satisfait pour Nerátzō... Elle pouvait avoir une chance en plus d'avoir une liberté. Peut-être que dans le camp du Comte Millénaire, la liberté était donné avec le rang... Pas comme ici, où même avec un rang et un titre digne de ce nom... On avait rien. Les Membres de Central n'était que des pions. Peut-être même que le « Saint Patron » en était un aussi... Mais le pion de qui ?

Tant de questions qui tourmentèrent la demi-portion. Il soupira, puis tourna finalement au détour d'une rue. Fermant les yeux, habituellement habillé de sa tenue noire... Comme les ailes que l'on tentait – tant bien que mal – de maîtriser, Gregory marchait lentement, profitant de l'air pur et étranger dont il pouvait aisément profiter. C'était encore mieux que sur le perron des jardins de Central... Tellement mieux. Car tout était différent ici, et rien... Rien ne pouvait l'y ramener. Il se sentait enfin libre. Il pouvait voler où il voulait...

Il prit son envol, d'ailleurs, et s'écrasa violemment alors que son regard se planta dans celui d'une femme qu'il n'avait pas vu depuis un moment... Sa stature sinistre faisait face à cet être qui avait changé de camp sans rien n'avoir demandé à personne. Cet être auquel il s'était tant attaché. Duquel on l'avait arraché...

Ils l'avaient fait partir. Comment oublier ? Comment l'oublier ? Elle sembla s'être figée tandis qu'elle le toisait. Le regard vermillon de Nerátzō se planta dans le sien... Dans les abysses. Il l'ensanglanta, ses yeux rouges remplir de sang les abysses sèches, les ténèbres qui animaient Gregory. L'amour surgit à nouveau sans prévenir. Dans un moment pareil... Comment cela se pouvait-il ? Il su encore une fois... Que se détacher d'elle allait être une mission presque impossible... Ils avaient ordre de la tuer, s'ils la retrouvaient. Et désormais, elle était là. Face à lui. Statique. Tout autant qu'il l'était.

Quand bien même dans son être s'était un véritable séisme, son faciès ne dégageait aucune expression. Pour une fois, il remerciait Central de lui avoir appris à être maître de ses expressions... Sans quoi, aujourd'hui, il ressemblerait à un parfait abruti. Quoiqu'il advenait, ils ne devaient pas la voir avec elle... Il... Il ne fallait pas qu'elle.

Une fois encore la dualité de Gregory faisait rage dans son âme. Faire comme si de rien n'était – car il était clair qu'à cette période, il ne pourrait venir à bout d'elle – ou bien savourer l'instant et savoir comment tout se déroule, et faire... L'enfant. 17 ans. Bon sang, il avait 17 ans et chaque fois qu'il ne résistait pas à ses émotions, à cet amour là... Il... Il se sentait tellement immature. Tellement idiot. Sa mâchoire se serrait sous ses gémissements intérieurs.

Cependant, il ne pu retenir son interrogation.

« Toi... Ici ? »
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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Ven 8 Aoû - 12:53
    Elle ne savait plus quoi faire. Pour la première fois depuis la toute petite enfance, elle était comme paralysée, son cœur battant comme un rongeur affolé dans sa poitrine, comme si il voulait s'échapper de sa cage osseuse. Elle n'arrivait pas à calmer la nervosité soudaine qui avait prit possession de ses membres, tout au plus pouvait-elle garder une expression impassible. Pour cela au moins, son entraînement était trop solide, trop immuable. Elle... ne comprenait pas. Elle n'arrivait pas à mettre un nom sur la vague de chaleur ou de froid, elle ne savait pas, qui parcourrait son corps en pulsions sèches. C'était une émotion primale, violente, qu'elle n'avait jamais ressenti avant. C'était un mélange de peur, d'excitation, et de la volonté farouche et sauvage de le rejoindre. Mais aussi fort qu'elle se sentait poussée vers lui, elle ne bougeait pas.

    Elle connaissait Central. Elle n'ignorait pas un seul instant que sa disparition soudaine, ainsi que celles des autres semi-akumas qui comme elle avaient été des Corbeaux, faisaient d'eux des cibles prioritaires. Leurs propres soldats, retourner leurs propres forces contre eux ! Qui, mieux que elle, connaissait les faiblesses du Corbeau de base ? L'égo, la solitude, la rage de vivre. Trois notions qui se mélangeait dans quasiment n'importe quel Corbeau en une créature monstrueuse, puis recouverte d'une épaisse couche de givre pour en masquer les laideurs. Mais elle, elle savait qu'elle était là. Alors la réaction de Central, elle l'avait deviné sans mal. Elle devait probablement être une cible à abattre, vite si possible, et de façon définitive de préférence.
    Alors elle analysait de son mieux l'expression, les mouvements de son... de son ami, car c'est probablement ce à quoi il ressemblait. Allait-il l'attaquer ? Gregory était de ceux qui étaient ambitieux. Il... n'aimait pas Central, qui aimait Central ? Même ses plus fidèles soldats ne ressentaient qu'une sorte d'amertume nauséeuse pour cet organisme gangrené. Mais elle savait qu'il s'y était acclimaté mieux que certains. Qu'il irait loin. Qu'il avait la volonté d'aller loin, et qu'il s'en donnerait les moyens, contrairement à elle qui serait restée un pion toute sa vie.
    Peut-être même était-il là pour l'abattre. Peut-être avaient-ils retrouvé sa trace et l'avaient envoyé la tuer, proprement et simplement, pour se débarrasser de l'échec qu'elle représentait. Bien sûr, bien sûr qu'ils l'auraient envoyé lui. C'était une forme raffinée de torture que Central affectionnait. Une vague glacée l'entoura. Avait-il l'ordre de la tuer, certainement. Était-il là aujourd'hui spécialement pour ça ? Cette perspective l'emplit d'une angoisse encore plus violente. Elle n'avait aucune envie de le combattre, et aucune envie de mourir, et elle ne pourrait pas le fuir à tout jamais. Contrôler ses émotions devenait à cet instant une épreuve herculéenne.

    Mais à force de le regarder, immobile, statue de pierre, Nerá du se rendre à l'évidence. Si son visage était aussi impassible que le sien, il ne l'attaquait pas. Et dans sa voix, qu'elle entendit à peine, il y avait de la surprise, pas l'empreinte de la fatalité.
    Elle se calma. Elle sentait toujours la piqûre acide de la nervosité, mais c'était cette inquiétude presque agréable qu'elle ressentait au début. Celle sur laquelle elle n'arrivait pas à mettre un nom, mais qu'elle pouvait maîtriser. Lentement, avec une sorte d'hésitation, elle hocha la tête. Elle ne savait pas quoi dire. Elle avait si peur de sa réaction. Elle... Elle n'avait, pour le moment, aucune obligation à le combattre. Mais sa paranoïa, celle qui faisait qu'elle était toujours en vie aujourd'hui, lui criait de partir maintenant tant qu'il ne semblait pas agressif. Elle ne pouvait pas sonder son esprit, elle ne pouvait pas deviner ce qu'il allait faire, et cette indécision la rendait vulnérable. Elle détestait se sentir ainsi. Mais... Il fallait qu'elle prenne le risque. Parce que ce qu'elle pariait en valait le jeu.

    Alors, doucement, elle s'avança vers lui, jusqu'à ce que seuls quelques mètres les séparent. Toujours impassible, mais maintenant sans l'ombre d'une froideur dans son regard, Nerá hésita puis demande très doucement, choisissant les mots avec soin, essayant de masquer la difficulté qu'elle ressentait plus que jamais, à cet instant, à s'exprimer :

    – As-tu... l'intention de m'attaquer ?

    Envers et contre tout, Gregory restait la personne la plus proche qu'il lui restait. Elle ne ressentait aucunement l'obligation du tact ou de la subtilité avec lui. Elle préférait autant lui poser directement la question, et elle avait confiance en sa réponse pour être honnête. Tout ce qu'il lui fallait... C'était sa réponse sincère, et selon celle-ci, elle saurait que faire.
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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Dim 10 Aoû - 1:18
L'Envol de la Corneille
feat. N. S. ANTONAKIS
Une vie sans émotion est une vie perdue Roger Fournier

Elle était face à lui. Ca y est. Combien de jour avait-il espéré que cet instant arrive ? Combien de fois avait-il prié pour que son souhait s’exauce ? Combien de fois – encore – avait-il résisté à l'abandon avant de finalement céder ? Un nombre incalculable de fois ; il le savait parfaitement. Ce nombre aurait pu hanter son esprit s'il l'avait laissé faire. Mais il s'était protégé de ses lourdes plumes de jais et avait enfilé un masque en espérant que cela passe. Cependant, rien n'y avait fait. Rien, absolument rien, et il avait érigé ce mur, qui aujourd'hui, alors qu'elle était en face de lui, était encore là... Fissuré. Fragilisé. Mais il restait encore... Mais si elle savait. Si elle savait qu'elle n'avait qu'à souffler pour le faire s'écraser au sol, en miettes. Si elle savait que de ses petites mains, elle pouvait tout changer.

Malgré tout ce qui les avait séparé... Elle se tenait toujours face à lui. Elle n'avait pas couru, elle n'avait pas fuit. Elle était aussi dure que lui, aussi impassible. Que pouvait-elle penser à quoi pouvait-elle donc penser ? De pensait-elle de lui ? De la raison pour laquelle il était ici ?

Soudainement... Elle se mit à avancer vers lui. Et ses premiers pas, firent bondir le cœur de Gregory, dans sa poitrine. Là où tout était chaos. Dualité, et dilemme. Comment osait-elle s'approchait après tout ce temps ? Elle courrait un risque énorme, à tout moment, un battement de cil de sa part pouvait faire basculer la balance et... Non. Il n'y avait rien à faire, il ne pourrait pas la tuer. Non, c'était impossible. Seuls quelques mètres étaient là, définissaient la barrière qu'ils ne devaient pas franchir. Sinon quoi ? Pensait-elle vraiment qu'il pourrait la tuer ? Ne se souvenait-elle pas comme ils étaient tous les deux ?

Ils s'étaient toujours compris. Elle avait toujours été franche et lui aussi. En un sens... Ils se complétaient, tout en se ressemblant énormément. Leur différence les avait rapproché et … Maintenant ils en étaient là, à se fixer dans le blanc des yeux... Seul le silence régnait. On sentait la tension, l'hésitation, un peu d'angoisse. Cependant, celui-ci fut renversé, par la douce voix de Nera... Elle qui n'avait plus prit la peine de prendre des gants lorsqu'elle s'adressait à lui. Elle... Elle savait qu'elle pouvait être naturelle avec lui, et ce, depuis le début.

Malgré tout, ses mots lui firent l'effet d'une bombe.
Comment n'aurait-il pas pu s'y attendre, en vu du contexte, vous demandez-vous certainement ? Le voile devant ses yeux, celui qui perçait à jour le voile sombre, qui remplissait les ténèbres de son âme et les abysses de son cœur.... Voilà qui pouvait absolument tout expliquer. Gregory... N'était plus vraiment attentif au contexte dès lors qu'elle avait posé son regard sur lui. Oh bien entendu, il paraissait attentif, observateur... Néanmoins, ce n'était qu'une façade, un masque qu'il se forçait à porter quand bien même il n'en avait pas la moindre envie. Rien voulait simplement être naturel avec elle. Mais comment se le permettre face à sa droiture et son impartialité.

Allait-il l'attaquer ?

C'était bien la question à laquelle elle s'était risquée.  Une question vint à son esprit, encore une fois. Comment pouvait-elle le penser ? C'est vrai qu'elle était passée du côté du Comte Millénaire mais tous savaient que c'était malgré elle. Sa part d'Akuma avait prit le dessus. Voilà qui fit l'effet d'un coup de fouet. A quel point cette part était importante ? A quel point était-elle changée ? Tant de questions sans réponse, car il imaginait aisément qu'elle n'en savait pas plus que lui...

Il se décida à répondre, avec une courte hésitation, et un maigre silence qui avait eu à peine le temps de s'installer à nouveau.

« Je... Non. Je n'en ai pas l'intention. Je devrais sûrement. Mais... » Il s'interrompit. Pouvait-il vraiment s'autoriser à le dire ? Il s'y risqua, tout comme elle l'avait fait. « Je ne peux pas, Nerátzō. »

Son nom parcouru ses lèvres et comment ne pas avouer que cela fut un délice ? Des années, il avait l'impression que cela faisait des années qu'il ne l'avait pas dis, ni même murmuré. Tout n'avait toujours été que pensée. Désormais, il pouvait mettre des mots sur ces pensées, et cela lui faisait un bien fou.

Il en profita alors.

« Est-ce que l'on peut parler ?  » tenta-t-il.

Après tout... Il n'avait jamais été question de tact entre eux.
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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Dim 17 Aoû - 22:41
    Nerá guettait ses réaction, sous le masque inexpressif de son visage figé. Elle ne voulait pas combattre avec lui. Elle, elle n'en avait pas l'ordre, et elle n'avait qu'une notion vague de camps. En aucun cas elle ne se sentait obligée de l'affronter, et si il décidait d'obéir à Central, elle prendrait aussitôt la fuite. Aussi doué soit-il, l'unique chose qui le séparait de lui était l'ambition et elle savait qu'elle le sèmerait sans trop de difficultés, quand même bien il mettait du cœur à l'ouvrage, ce dont elle doutait très fort.
    Même si elle ne le croyait pas, il y avait encore beaucoup de choses dont elle n'était pas sûre à propos de Gregory. Elle avait discerné dans son allure, ses quelques voix, ses regards, bien des facettes insoupçonnées, mais elle parlait si peu, posait les mauvaises questions. Elle avait deviné, de part l'observation discrètement de son ami, bien des choses à son sujet, mais bien d'autres avaient toujours été brumeuses... Ou bien elle ne s'était jamais posée la question elle-même. Et là, à cet instant, elle ignorait tout de ses pensées. Qu'est ce qui était le plus important pour lui ? Ce qu'ils avaient partagé, ou l'ordre de Central ? Accordait-il seulement de l'importance à leur timide amitié ? Peut-être... avait-elle été naïve de s'attacher à lui. Et aussi fort que cette pensées la répugnait, elle ne put s'empêcher de l'envisager. C'était... peu probable, car le Gregory qu'elle avait maintes fois observé ne se serait pas embarrassé d'une amitié feinte pour quelque raison que ce soit. Mais qui sait ?

    Mais alors qu'elle scrutait avec attention ce qu'elle pouvait discerner de son visage, sa voix s'éleva. Aussitôt, sa nervosité s'évapora et elle se détendit visiblement, perdant de sa froideur prudente. Comment avait-elle pu douter de lui ? Il faut croire que tout ce qu'elle gardait de Central, c'était de la paranoïa. C'était vital, de là où elle était sortie. Mais pas avec lui. Entendre son nom, prononcé par sa voix, lui réchauffa le cœur. C'était comme si tout d'un coup, quelque chose de chaud et sucré à la fois lui montait à la tête, une sorte d'ivresse fébrile. Elle était... si contente de le revoir qu'elle en avait le vertige. Elle se rapprocha encore d'un pas, lentement, maintenant moins craintive.

    – Bien sûr. Gregory...

    Ce simple nom la propulsait des années en arrière. Elle ne se souvenait pas de leur première rencontre, ils étaient trop jeunes peut-être, et elle était trop renfermée sur elle-même pour ça, mais elle le regrettait un peu. Elle aimait bien pouvoir mettre des dates et des statistiques sur chaque nom, chaque visage. Elle entretenait des listes bien ordonnées dans son esprit de tous et chacun, surtout à son sujet. Elle le connaissait mieux que quiconque autre, après tout. Et malgré ce qui les avait séparé, elle ne ressentait aucune gêne. Sa présence à ses côtés était restée aussi naturelle qu'elle l'avait été.
    Elle voulu ajouter quelque chose, puis se ravisa au dernier moment, par pudeur peut-être. Elle aurait pu lui avouer qu'elle était heureuse de le voir, que ça avait été difficile, qu'elle regrettait, qu'elle serait restée si elle avait pu. Il savait sans doute tout ça, mais un instant, ces mots redondants lui brûlèrent les lèvres. Puis elle les abandonna. Elle n'avait pas pour habitude de déblatérer sur ses états d'âmes. Elle n'avait jamais été une grande bavarde non plus...

    – Allons... plus loin.

    Vers un endroit plus discret que cette large rue passante, en tout cas. Les premiers couche-tôt commençaient à sortir et bientôt elle serait pleine de monde. Elle n'avait pas spécialement peur de croiser un autre membre de Central – quelles seraient les chances ? - mais prudence est mère de sûreté, n'est ce pas ? D'un geste, elle l'invita à marcher à côté d'elle, et sans se presser, elle s'éloigna.
    Marchant, elle ne pouvait s'empêcher de glisser des regards en coin à Gregory. A chaque fois que son regard croisait le sien, quelque chose... quelque chose d'inexplicable, un frisson délicieux lui froissait la colonne vertébrale. Elle... était si contente de l'avoir retrouvé. Là encore, quelles étaient les chances ? Elle ne croyait pas en ce genre d'absurdités qu'est le Destin, mais parfois elle se plaisait à songer qu'il fallait que ça arrive... Le monde n'aurait pas pu tourner droit beaucoup plus longtemps si ce n'était pas arrivé. Alors, emportée par une vague douce d'euphorie, elle murmura, même pas sûre qu'il pourrait l'entendre, les yeux baissés :

    – Tu m'as manqué.

    Les mots lâchés au vent, elle se reprit aussitôt, détournant les yeux vers le côté. C'était rare qu'elle se laisse aller à ce genre d'impulsivités, si on peut appeler ça ainsi. Mais... elle voulait qu'il le sache, qu'il en soit sûr et qu'il ne l'oublie pas. Car au moment où ils devraient se séparer, elle voulait qu'il garde un souvenir d'elle qui ne soit pas seulement celui d'une fugitive paranoïaque. Elle ne savait pas pourquoi mais... elle voulait que ce moment soit aussi fort pour lui que pour elle.


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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Mer 20 Aoû - 22:48
L'Envol de la Corneille
feat. N. S. ANTONAKIS
Une vie sans émotion est une vie perdue Roger Fournier

Le temps semblait s'être arrêté tandis qu'ils semblaient discuter. Le silence – par intermittence – régnait dans la rue où ils s'étaient – par inadvertance – rencontré. La rencontre n'aurait pas pu être plus belle, ni plus surprenante qu'à cet instant. Aucun des deux n'avait vu venir la chose, et absolument aucune personne n'était derrière cette rencontre. Pas même Central, et encore moins le Comte, qui laissait librement voyager ses sbires, ses pions. L'Ordre Noir avait bien moins confiance en ses pions, et il avait beaucoup trop peur – à raison – qu'ils ne s'enfuient, et ne reviennent plus. A vrai dire, c'était quelque chose de particulièrement tentant, et Gregory aurait pu y penser maintes fois si le souvenir de la jeune femme, qui se trouvait face à lui désormais, ne l'avait pas hanté comme il l'a fait.

Il n'aurait jamais pu abandonner l'espoir de la revoir un jour. Jamais. Son lien avec elle était tout ce qu'il avait... Dylan Matthews était aussi quelqu'un à qui il s'était lié, mais c'était tellement différent. Dans un but – ma foi – distinct. L'Inspectrice était un excellent élément qu'il fallait valoriser. Son moment était venu.

Le pas en avant que fit Neratzo ramenant les sens du Corbeau en éveil. Il ne devait pas s'attendrir devant elle. Il devait être lui-même, mais son instinct lui hurlait d'être prudent. Parce qu'on ne sait jamais. Peut-être que le Comte a eut raison d'elle, sa part d'Akuma en tout cas, et qu'elle n'est plus celle qu'elle était. Pourtant, paradoxalement, tout lui dit qu'elle est toujours la même. Son cœur lui hurle qu'elle n'a pas changé. En réponse à son pas en avant, Gregory aurait voulu en faire un en arrière... Ou bien en avant. La dualité était toujours là. Une des raisons qui l'avait poussé à demander un dialogue. Il devait se raisonner, il devait faire un choix.

Ce à quoi elle répondit qu'elle était d'accord. « Bien sûr » même, se permit-elle de dire. Le cœur du pauvre Corbeau manqua un battement. Il s'était attendu à un refus, il avait presque prévu de négocier... De jurer qu'il ne lui ferait aucun mal. Qu'il ne pouvait pas, comme il l'avait déjà dis. Elle prononça même son prénom. Une action qui lui chauffa le cœur... Ce cœur n'avait toujours été que de glace, jusqu'à ce qu'elle entre dans sa vie.

Elle l'invita à marcher, en lui demandant d'aller plus loin. S'il avait été habitué à être aussi humain, Gregory aurait probablement rougit à sa demande. Le jeune garçon la suivit tandis qu'elle lui fit signe de venir à ses côtés. Combien d'années cela faisait-il que Gregory n'avait pas été à ses côtés ? Aussi proche. Presque à contact de peau. Il lui suffisait de tenir le petit doigt – si tenté qu'il avait une tenue « normale » - pour la toucher, effleurer sa peau. Rien ne l'avait jamais fais, et aussi étonnant que cela pouvait être, il était curieux de savoir. De connaître. De découvrir... Ses pensées le firent rougir, malgré lui.

Les petits regards qu'ils se lançaient alors qu'ils marchaient les faisaient frémir, et leur faisaient un bien fou. Un bien inconnu jusqu'ici. Qu'il était tant agréable de découvrir. Qui laissait le silence s'installer. Un silence qui aurait du être délicieux, mais pour Gregory, il fut gênant. Ils étaient là pour discuter, il devait mettre des mots sur ses maux... Et lui parler, lui dire, lui expliquer. La demi portion ne s'attendait pas à ce qu'elle le guérisse, mais bien que Neratzo réponde à ses questions. Aussi étonnant que cela fut, ce fut elle qui débuta leur « conversation » depuis qu'ils s'étaient mis à marcher. Un murmure qui fit frissonner Gregory. Un murmure qui intensifia la chaleur qui était née dans son cœur, et... Sur ses joues, discrètement, cachées par sa tenue, qui devinrent roses. Il avait entendu... Il avait eu le bonheur, la chance d'entendre... Ce murmure si discret.

« ... Toi aussi. A un point que tu ne saurais imaginer. » Il esquissa un sourire qu'elle ne pu voir, mais ses yeux noirs s'étaient mis à briller, très très légèrement. C'était un bonheur qui pointait tout juste le bout de son nez... Un bonheur qu'il avait longtemps cru inaccessible. Et qu'il tenait enfin. Au creux de sa main.

Ils marchèrent encore. Lentement. Comme voulant retarder l'instant où ils partiraient chacun de leur côté. Comme si arrêter de marcher, c'était arrêter de respirer et voir l'autre partir. Ces mots l'avaient déstabilisé, jamais il n'aurait cru les entendre de sa part, et encore plus étonnant... Jamais il n'aurait cru les lui retourner. Il n'aurait jamais cru être capable de les prononcer. Lui. Le Corbeau. Ce mur de glace, et de noirceur comme tous les autres. Et pourtant, il restait humain. Il semblerait que Central l'est simplement muni d'un masque qu'il était capable de retirer quand bon lui semblait.

Les pensées de Gregory se chamboulaient dans son esprit, dans son crâne... Cela en était devenu presque douloureux. Il avait tant de questions qu'il voulait poser. Des questions dont il connaissait – pour la plupart – les réponses mais dont il avait envie de s'assurer de la réponse. Venant d'elle, il aurait l'impression que c'était réel.

« Est-... Est-ce que tu vas bien ?  » fut la première qu'il posa. La plus importante à ses yeux. La plus facile à poser, également.

Son regard était rivé sur ses pieds, il les regardait faire. Attendant une réponse dont il avait peur. Qu'il ne pouvait pas affronter. Gregory pouvait tout affronter, hormis les choses qui concernaient la jeune femme qui était à ses côtés. Et quelle jeune femme.
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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Dim 31 Aoû - 14:05
    C'était si frustrant. Elle avait tellement ressassé ce moment, depuis que quelque chose qui n'était pas elle l'avait entraînée chez le Comte. Il l'avait craint, l'avait tour à tour noirci et idéalisé, poli et gratté, verni et déchiré. Il avait imaginé milles situations, milles endroits, elle croyait avoir fait le tour. Et pourtant, c'était ici, de cette façon qu'ils se retrouvaient, au seul moment où elle ne s'y attendait pas, et soudainement tout ce qu'il pouvait bien avoir imaginé lui dire s'évaporait. Dieu sait qu'elle avait songé à milles conversations, certaines douces, certaines dures, mais maintenant qu'ils étaient là... C'est comme si quelque chose bloquait souvenirs et que sa voix s'étouffait d'elle-même. Soudainement, elle revenait à Central, ces conversations à mi-mots au détour d'un couloir, jamais prolongée, jamais approfondies, ou si rarement. Ils n'avaient pas eut le temps pour eux, à ce moment. Et maintenant que ce temps leur était offert, elle se rendait compte qu'elle ne savait pas vraiment comment l'utiliser. Et pourtant, elle avait tellement de choses à lui dire, lui demander !

    Tout ce qu'elle pouvait encore faire, c'était le regarder. C'est ce qu'elle faisait le mieux, après tout : regarder et rêver. Glisser des regards fugaces sur les traits de son visage, regretter qu'il soit masqué. Avant sa... disparition, elle s'était souvent demandé ce que Gregory cachait sous ses plumes noires. Maintenant, quelle importance ? Elle ne l'imaginait plus sans cette part de mystère, aussi fort qu'elle ait envie d'en savoir toujours plus. L'inconnu a son attrait.

    Sa réponse la prit au dépourvu, et soudainement, elle fit une réalisation aussi soudaine que violente.
    Elle était libre. Libre de faire ce qu'elle souhaitait, ou presque. Qu'est ce qui l'empêchait encore de se laisser aller, si ce n'est l'habitude de se brimer, de se retenir, de disparaître parmi les autres ? Soudainement, elle avait l'impression qu'une nuée de chaînes se brisaient et s'effondraient à ses pieds. Alors Nerátzo sourit légèrement, paisible, et son visage se détendit. Il était peut-être important, pour elle et pour les autres, de garder l'image de ce qu'elle avait été : un corbeau sinistre et silencieux. Elle ne renonçait pas à cette image qui l'avait tant de fois servie. Mais avec lui ? Elle n'était plus un corbeau, elle n'était plus rien, alors elle pouvait tout faire si ça lui chantait. Et cette réalisation lui ouvrait soudainement un nombre infini de portes que jusque là, elle craignait de passer.

    Alors qu'ils marchaient, lentement, séparés à peine par l'habitude de la distance, la ville s'éveillait autour d'eux. Nerá se sentait bien, calme. Comme si tout rentrait dans l'ordre. Le hasard avait brisé sa frustrante monotonie et c'était la plus belle surprise qu'il aurait pu lui faire et elle en avait presque l'impression que pour une fois, la chance lui souriait. Tout cela aurait pu tellement mal se passer, n'est-ce-pas ? Peut-être que dans d'autres circonstances, ils n'auraient pas pu éviter l'affrontement. Mais voilà : ils étaient seuls, avançant sans se presser, sans personne pour les forcer. Ses craintes les plus acides s'étaient enfin tues.

    – Oui.

    Mieux que jamais, peut-être, mais elle garda ces quelques mots pour elle. Nerá n'avait jamais été très bavarde, par pure économie de souffle que par envie d'être brusque. Elle avait fini par comprendre que ses réponses courtes sonnaient sèches, mais elle n'avait jamais eut l'ambition de plaire à qui que ce soit... Tout comme elle n'imaginait pas un instant qu'il puisse se brusquer de la sobriété de ses réponses. Et cette fois-ci, elle n'avait rien de plus à rajouter : elle était en bonne santé, en forme, et elle se sentait bien, comme enveloppée dans les bras à la fois frais et chaleureux d'un rêve complexe. Elle ajouta, faisant un effort pour ne pas trébucher sur les mots :

    – Tu as l'air... en forme aussi ?

    C'était à la fois une constatation et une question. C'était dur à dire, avec Greg. Comme elle, il était toujours si inexpressif, planqué derrières les pans d'ombres de son manteau de corbeau. Et elle avait beau le connaître mieux qu'on le croirait, elle n'était pas encore tout à fait télépathe.
    Nerá, toujours doucement, prit la direction de la Meuse. Les quais étaient encore calmes à ce moment de la journée, et leur balade n'en était que plus paisible. C'est tout ce à quoi elle aspirait, pour le moment : une marche tranquille et une conversation sereine. Juste de quoi retrouver son Gregory, et garder ces souvenirs quelque part où elle ne pourrait les oublier.
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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Mar 2 Sep - 23:13
L'Envol de la Corneille
feat. N. S. ANTONAKIS
Une vie sans émotion est une vie perdue Roger Fournier

Tout simplement, il n'arrivait pas à lever la tête, lever le regard et plonger ses pupilles dans les siennes. C'était comme s'il y avait un poids sur sa nuque, quelque chose qui l'empêchait de la regarder dignement. Elle valait tellement mieux. Mieux que lui. Que l'imbécile qu'il était. Pas fichu de plonger son regard dans le sien... Oh, derrière ses pupilles se trouvait son âme. Elle qui était alimenté par tant de fantasmes qu'un cœur pourrait exploser. Des fantasmes refoulés, oubliés. A cause de Central, de cette organisation qui ne visait que former l'élite. Mais l'élite n'est pas humaine, à part lui, alors quoi ? L'humanité gouvernée par des monstres ? Autant laisser le Comte remporter la Guerre et ce sera choses faites ; ce serait d'ailleurs tout aussi douloureux. En avaient-ils seulement idée ? De tout ce qu'ils faisaient subir pour le bien de cette maudite humanité ? Oh c'était sûr qu'ils savaient ; et c'était bien le pire : ils avaient parfaitement conscience de la chose. Et malgré ça, malgré la douleur qui parcourait l'être humain, ILS osaient continuer.

Ses pensées étaient parasitées ; voilà pourquoi son regard abyssal ne pouvait se plonger dans le sien, si doux, si pur, si profond... Si agréable. Un regard sanguin... Mais si reposant. Tout comme son visage, cette peau pâle... Voilà que des pensées fusèrent dans son crâne. Telle une lumière transperçant les ténèbres. Une douceur sans pareille ; une joie soudaine. Surprenante, déroutante. C'était quelque chose de fort. Une chaleur qui montait en lui.

Lorsqu'elle répondit finalement à sa question ; il fut sincèrement soulagé. Gregory eut envie de retirer ce morceau de tissu qui masquait ses lèvres, mais il était tellement habitué à le porté ainsi, que ne le pas l'avoir contre ses lèvres le mettrait mal à l'aise. Il se sentirait nu, aussi... En un sens, en tout cas.

Puis elle lui retourna sa question. Chose à laquelle il ne s'attendait pas. Car c'est vrai qu'en apparences ; tout allait bien. Et même s'il n'y avait pas de grandes raisons pour que ça n'aille pas... Rien n'était pas très en forme ces derniers temps. Surtout depuis qu'il avait rencontré Dylan Matthews, celle qui l'encourageait à suivre cet amour qui le rendait humain ; qui le gardait humain... Elle n'avait pas tord : dans ce monde, dans cette société, à cette époque : l'amour est le plus beau des cadeaux. Il est révélateur, bienfaiteur, salvateur... Sauveur. Il envoûte, et ressuscite les pires morts du siècle. Un peu comme Gregory. Cet homme qui avait voulu abandonner son humanité pour servir Central, pour venir en aide à la société et aux autres.

« En apparences, j'ai bien toutes mes plumes ; oui. » Elle avait eu parfaitement raison. Il avait l'air en forme, lui aussi.

Voilà qu'ils prirent le chemin des quais. Un lieu qui rappellera de nombreux souvenirs à Gregory... Surtout ceux qui concernaient son enfant au bord des quais d'Amsterdam. Ah... Son enfance. Celle où il avait du se battre pour sa place... Cette place qui l'avait tant fait souffrir, mais qui l'avait sauvé d'une mort certaine. Nostalgique, Gregory se mit face au canal. Ce n'était pas comme à Amsterdam mais... Cela pouvait s'y prêter si on faisait un effort d'imagination.

Alors Rien s'y assit, les pieds dans le vide. Là, au bord du canal.

« Je dois être franc avec toi...  » Il réfléchit à ses mots. « J'ai beaucoup pensé à toi, ces derniers temps, Nerátzō... Je. Je ne voudrais pas qu'il t'arrive des ennuis, parce que tu es avec moi. » Ses joues rougirent alors que son regard se noyait dans l'eau du canal. « Nous sommes censés nous tuer, mais... Je ne pourrai jamais te tuer, jamais.  »

Et je ne voudrai jamais plus repartir. aurait-il voulu ajouter mais les mots ne voulurent pas sortir. Ils moururent dans sa gorge, sans avoir le moindre espoir de vivre, et de se faire entendre. Il toussota, la gorge prise. Mais voilà bien le fond de Gregory Baekeland ; c'était un homme doux, et gentil... Derrière sa carapace d'indifférence. Il aimait tout particulièrement cette femme, et c'était peut-être la première fois qu'ils se retrouvaient... Ce serait peut-être – également – la dernière.

Alors il devrait tenter sa chance. Comme on dit, ou tout du moins : lui dire ce qu'il ressent au fond de lui. Avant qu'elle reparte, qu'ils se séparent. Gregory s'en fit la promesse.
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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Mer 10 Sep - 1:53
    Nerá glissa un regard en coin à Gregory, le visage figé en une neutralité prudente. Sa réponse l'inquiéta, mais elle ne dit mot, lui adressant juste un regard qui ne reçut aucune réponse. « En apparence », hm ? Gregory était si... secret. Ils l'étaient tous, il le fallait. Mais même elle, parfois, n'arrivait pas à discerner où il était derrière ses rideaux de plumes noires. Il était le corbeau par excellence... Mais seulement en apparence, n'est-ce-pas ? Elle savait que derrière le plumage sombre, il y avait quelqu'un qui valait tellement plus que tous les autres. Jusqu'à présent, elle n'y avait pas vraiment réfléchi, mais être arrachée à Central lui avait ouvert les yeux. Elle espérait qu'il pourrait, un jour, se dégager de son déguisement de corneille et se montrer comme il aurait du être. Comme il était vraiment.
    Mais ce moment n'était pas près d'arriver, pour lui ni pour personne, car Central laisse plus que quelques traces de sa présence. Ce sont des cicatrices qui se déchirent sur la peau et ne partent plus jamais. On peut les ignorer, mais elles sont trop profondément ancrées pour espérer s'en débarrasser un jour... Du moins, c'est ce qu'elle avait toujours cru.

    Lentement, sans un mot, Nerátzo suivait sa corneille le long du canal. Elle se demandait à quoi il pensait. Lentement, elle se rapprocha de l'eau alors qu'il s'essayait au bord, les jambes dans le vide. Elle resta indécise, debout derrière lui, le regard perdu sur le fil de l'eau. Elle se sentait calme, parfaitement sereine, et en même temps, une sorte de mélancolie amère creusait son chemin dans ses veines comme un lent poison. Elle redoutait le moment où il faudrait se séparer. Repartir de nul part. Leur prochaine rencontre se passerait-elle ainsi ?
    Ses mots la prirent au dépourvu. Elle hésita un instant, ne sachant pas comment briser ce moment... Cet instant suspendu entre deux incertitudes. Cette minuscule seconde où elle ne s'interrogea pas, ne pensa pas, juste sentit un long frisson courir le long de sa colonne vertébrale. Délicieux moment d'envol.

    Lentement, ornée de son silence comme si il s'agissait d'une couronne, Nerátzo s'assit à ses côtés, plus près qu'elle n'aurait normalement osé. Assez près pour le frôler en s'installant, comme lui, pieds dans le vide, et regard perdu dans le canal paisible. Elle hésita quelques instants, puis déclara d'une voix basse, calme, prenant tout son temps :

    – Non... Moi non. Moi non plus.

    Elle se mordit la langue. C'était toujours... dans ce moments là que sa langue l'abandonnait et qu'elle butait sur les mots. Mais cette fois-ci, elle ne s'arrêta pas. Il avait certaines choses à dire qui méritaient qu'elle fasse cet effort. Alors, sans tourner les yeux vers lui, fixant résolument un point sur l'autre rive, elle continua :

    - Je... Je... veux rester avec toi. Même... si ça cause des ennuis. Une pause. Je voudrais... que tu ne repars... reparte pas.

    Ses derniers mots s'évanouirent d'eux-mêmes, lancés si bas qu'ils se perdirent. Et soudainement, elle prit peur, peur de ce qu'elle pouvait bien dire car ça ne la ressemblait pas de se laisser aller et de se dévoiler, jamais elle ne devrait prendre ce risque... C'était dangereux, c'était... tellement risqué. Dans un mouvement rapidement, vif de mouvement et brusque d'intention, Nerá ramena ses genoux contre sa poitrine, et enserra ses jambes dans ses bras, comme pour se retenir, s'empêcher de continuer. Son visage resta parfaitement de marbre, son regard ne vacilla pas : mais intérieurement, elle tremblait. Elle aurait voulu pouvoir retenir ses mots avant qu'ils ne partent, elle craignait sa réaction, mais elle parvint à n'en rien montrer. Parler avec le cœur et ne rien montrer. C'était ce qu'elle faisait le mieux.
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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Ven 19 Sep - 21:08
L'Envol de la Corneille
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Là, sur le bord du canal, Gregory était à la fois présent, et à la fois ailleurs. Transporté – encore – par la présence inespérée de cette jeune femme, mais également pensif, préoccupé par l'avenir. Et s'ils parvenaient à tout découvrir ? Peut-être qu'il avait été entrainé depuis toujours, mais cette femme... Cette femme faisait forcément naître quelque chose sur son visage ; lui ne pouvait pas le savoir, car il ne se voyait pas de l'extérieur, il ne sentait rien apparaître sur son visage... Comme si jamais plus il ne pourrait sincèrement se comporter, se conduire ; comme si plus jamais il ne serait en mesure de sourire normalement. Comme tout le monde. Ils lui avaient pris son humanité. Encore et toujours, il se battait pour la reprendre. Cependant, Gregory pensait pouvoir la retrouver au près de Nerátzō...

Cependant, rien ne semblait se dérouler comme prévu. Gregory ne ressentait rien de plus que l'angoisse. Son petit corps était tendu, et il ne parvenait pas à agir comme il le désirait. « Au moins, il ressent quelque chose. » direz-vous, seulement... Le corbeau était frustré. Il disait absolument l'inverse de ce qu'il voulait qu'elle comprenne, et s'il continuait dans sa lancée, Rien n'y arriverait jamais ; il ne parviendra jamais à tout lui avouer.  La Semi-Akuma mit d'ailleurs un temps avant de venir se poser près de lui. Pendant un moment, il lui semblait qu'elle était restée derrière lui ; pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle pouvait voir de son point de vue ?

Le silence les avait rejoins, et Gregory – habitué à tout ça – ne se sentait pas mal à l'aise. Néanmoins, il avoua intérieurement qu'il préférerait qu'ils se parlent, même si ce n'est que pour se dire des stupidités ; il fallait se parler. Regardant la jeune femme du coin de l’œil, il remarqua sa proximité qui fit rosir ses joues. Jamais... Jamais il ne l'avait eu si proche de lui. Et cela lui donnait certaines pensées, certaines envies. Qu'il trouvait parfaitement honteuse. Enfin, simplement une part de lui-même. Comment pouvait-il désirer autant serrer cette femme au creux de ses bras ?

Il ne pouvait pas. Il s'en doutait. Peut-être était-ce l'inaccessible qui l'attirait autant ? Triste histoire. Triste réalité, dans ce cas.

Mais lui, il savait ; il savait parfaitement que c'était tout autrement. Et que c'était plus fort qu'une simple envie. Après tout, une simple envie, une lubie – comme on dit – n'aurait jamais persisté depuis tant d'années. C'était dès le premier regard qu'il avait eu envie de la serrer contre lui. De la protéger. Non pas parce qu'elle semblait fragile ; mais simplement parce qu'elle était rayonnante. Et qu'une beauté aussi pure... On fait absolument tout ce qu'on peut pour la conserver, surtout quand on l'aime comme le fait le néerlandais.

Depuis toutes ses années, rien n'avait changé.

Dès lors qu'il lui avait confié qu'il ne désirait pas qu'il lui arrive quelque chose. La jeune femme sembla entièrement d'accord avec lui. Ce qui eut pour effet d'un coup de poignard dans le cœur. Allait-elle donc partir ? Déjà … ? Ils n'avaient pas eu le temps de trop parler. Gregory ne savait pas tout sur elle ; il voulait savoir si tout ça n'était pas trop dur... Comment elle vivait ses instants de « crises » ; peut-être qu'après tout, cela ne le regardait pas ?

Elle sembla soudainement lointaine, pourtant si proche.

Son visage se tourna vers Nerátzō. Elle ne le regardait pas, cependant, elle rajouta quelque chose. Hésitant. Quelque chose qui allait panser les plaies... De son cœur, de son âme, que l'absence de  Nerátzō avait causé. Simplement quelques mots : elle ne voulait pas qu'il reparte. Elle voulait rester avec lui. Alors qu'il voulait simplement effleuré le dos de sa main ; celle-ci – dans un mouvement plein de vie – elle regroupa ses jambes et ses genoux contre elle. Elle se protégeait.

En tout cas... Ce n'était certainement pas le moment d'être silencieux. Une seconde de plus, et tout risquait de se briser... En quelques instants à peine. Alors le corbeau se lança. Peu importait les mots... Il devait parler, la rassurer. Lui faire comprendre que c'était réciproque.

« Nerátzō... Je...  » commença-t-il, angoissé. Comment lui dire ? Comment lui faire comprendre ? « J'aimerais... J'aimerais également.  » Raaah ! Pourquoi était-il plus facile de communiquer avec les gestes plutôt qu'avec les mots ?! « Je ne veux plus non plus que tu partes... Je voudrais que tu restes... Là. Avec moi.  »

Ce serait le monde contre nous... murmura-t-il simplement, dans un souffle, la regardant, en ayant perdu son élan... Puis finalement, tout explosa à l'intérieur de lui. C'était le moment ou jamais.

« J'... J'ai tellement besoin de toi, Nerátzō. Ton absence m'a transformé... Ton absence... Est effroyable à vivre. J'ai besoin de... » Il se rapprocha à peine d'elle. Il ne voulait pas l'effrayer, il ne voulait pas la brusquer. « Toi... » Termina-t-il dans un souffle.

Les yeux humides, c'est ainsi qu'il termina son monologue. Espérant une réponse positive de sa part... Car désormais, Gregory avait brisé sa coquille, et son humanité pointait le bout de son nez.
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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Ven 3 Oct - 23:39
    Nera n'osait pas le regarder. Tout son être vibrait d'une crainte sourde, qu'elle ne parvenait pas à maîtriser aussi fort qu'elle s'y efforçait. C'était viscéral. C'était si dur de projetter quelque chose qui était sien loin d'elle ainsi. Si difficile d'admettre, clairement, à haute voix, qu'il y avait bien quelque chose qui la rattachait encore à ce monde. Un minuscule point d'accroche contre lequel elle ne pouvait pas lutter, le seul dont les rêves étaient plus fades que la réalité. Elle réalisait enfin, difficilement, que c'était bel et bien arrivé... Son coeur avait prit le pas sur ses pensées. Percé le mur qu'elle s'était construit. Elle se sentait mal.

    Serrant plus fort ses genoux contre elle, écrasée par le poids infini du silence qui les séparait, Nera n'osait pas tourner les yeux vers lui. Elle avait toujours été discrète, pour ne pas dire secrète, mais il était aussi bon qu'elle à ce petit jeu. Jusqu'à présent, elle avait toujours su jouer son rôle sans le moindre souci, la moindre hésitation. C'est comme si cette rencontre impromptue, par sa nature imprévue même, venait soudainement de boulverser l'ordre des choses. Tellement de choses avaient changé... Et en même temps, c'est comme si la barrière de leurs habitudes, de leurs vies passées, continuaient de se dresser entre, et autour d'eux. C'était dur de le briser, quand bien même ils savaient pertinemment que les enjeux n'étaient pas les mêmes. Ils étaient trop habitués à se préserver eux-mêmes, toujours. Considérer l'hypothèse d'un moment simple, d'un moment sans angoisse et sans pression... C'était impossible. Elle n'y parvenait pas. Et plus elle forçait sa protection minutieusement agencée, plus la glace craquait sous ses assauts tour à tour timides et passionés, plus elle s'effarouchait et se retranchait derrière des voiles de pudeur. Elle avait peur, tout simplement. Peur de quelque chose qu'elle avait du mal à comprendre, de quelque chose qui ne lui était jamais arrivé avant mais qui maintenant arrachait l'air autour d'elle à la moindre de ses inspirations.

    Ce ne furent que quelques secondes de silence, mais ce furent les secondes les plus longues de son existence. Pourtant, pourtant il ne les laissa pas s'éterniser, il ne la laissa pas fuir encore une fois, car c'est ce dont elle avait le plus envie à cet instant. Sa voix la tira soudainement de ses pensées et lentement, presque timidement, elle tourna les yeux vers lui, noya l'étang de sang de ses iris dans l'encre de son regard. Alors qu'il la rassurait, Nera ne pouvait bouger, les doitgs crispés contre ses jambes. Cette conversation semblait être aussi difficile pour lui que pour elle. Comment était-ce possible que la sincérité soit devenue si ardue ? Qu'avait-il fallu pour que des êtres comme eux voient le jour ? C'était si dur de simplement parler à coeur ouvert. Admettre une personnalité, une envie. Une faiblesse. Avouer un sentiment qui dépassait la haine et l'orgueil. Quelque chose de plus fort, et de plus beau. Son coeur battait à tout rompre.
    Mais Gregory était plus courageux qu'elle, soudainement il s'emballa, il se rapprocha. Nera ne bougea pas, elle ne savait pas comment réagir, prise de cours, à la fois affolée et comme... Poussée par ce même sentiment à la fois doux et poignant qui l'avait déjà saisi plus tôt. Elle était tiraillée par des sentiments contradictoires et incompréhensibles, trop forts pour sa coquille d'indifférence. Elle ne savait plus que faire, et pourtant, pourtant... Avec lui...

    Pouvaient-ils vraiment faire ça ? Lui, pouvait-il vraiment tout laisser tomber, quitter Central, abandonner chaque lambeau de ce qu'il restait de sa vie pour quelqu'un comme elle ? Méritait-elle tel don ?
    Mais surtout, elle, pourrait-elle lutter contre cet instinct qui n'était pas le sien ? Cette bête en elle qui se rebellait même contre sa maîtrise de soit ? Toutes ces années tombées en poussière sous la volonté d'une chose inomable... Elle avait si peur de ne pas pouvoir y résister. Elle... voulait rester avec lui, mais le pourrait-elle seulement ? Central ne lui faisait pas peur, ils auraient tellement de gens à leur trousse dès lors qu'ils auraient compris mais... Elle n'avait peur d'aucun d'entre eux. Aucun de leurs poursuivants ne pourraient les arrêter. A eux deux, ils connaissaient Central bien trop en profondeur pour ne pas deviner ce qui les attendait et y échapper. Mais que faire quand votre propre corps vous trahit ?

    Un silence écrasant plana sur eux un instant, puis Nera se déplia avec d'infinies précautions, comme si elle était face à une bête sauvage prête à la mordre... Ou alors était-elle cette bête sauvage ? Quelque chose lui étreignait le coeur si fort qu'elle avait l'impression qu'il allait exploser. C'était à la fois douloureux et agréable, comme si enfin elle se sentait vivre... Vivre pour des choses qui la déchirait. C'était mieux que tout ce qu'elle avait eut jusqu'à présent, ceci dit. Car derrière la douleur, derrière l'incertitude, il y avait cet espoir diffus d'un futur meilleur... Ou pas. Qui garantissait que ça marcherait ?
    L'hésitation la clouait sur place. Il fallait, elle devait faire quelque chose, vite. Mais elle se sentait comme engluée dans ses propres craintes. Elle avait trop peur de se laisser aller, elle ne pouvait pas...

    Soudainement, Nera posa sa main sur la sienne. C'était un contact léger, elle ne serrait même pas, effleurait juste ses doigts des siens. Son regard avait un sérieux mortel, et d'une traite, la voix enrouée, elle déclara :

    - Est-ce que... Tu crois que ce serait possible ? Je voudrais mais...

    Elle ne parvenait pas à organiser ses pensées. Pour une fois, sa voix se pliait à ses ordres mais son esprit refusait de s'ordonner... Tout s'affolait et elle avait du mal à se retenir, mais elle devait finir tant qu'elle s'en sentait le courage. Ses doigts se refermèrent sur les siens, avec une douceur ferme, loin d'être assurée mais complètement assumée, et elle déclara, déposant tout ce qu'elle avait en elle dans ces quelques mots :

    - Je veux rester... avec toi. Pas... Peu importe la difficulté. Je... Personne... Ne pourra m'en empêcher. A part lui, sans doute.

    Et soudainement, l'émotion la submergea comme ce n'était jamais arrivé depuis qu'elle était gamine, une toute petite fille effrayée et elle se retira presque brusquement, se détournant. Elle étreignit à nouveau ses jambes contre elle, comme si elles étaient une protection contre le reste du monde, et noya sur son regard dans le canal, essayant, tremblante, de maîtriser l'incompréhensible afflux de sentiments confus que lui renvoyaient son corps. Pourquoi... Ca lui faisait un tel effet ? Comment définir ce qui lui arrivait ? L'unique chose dont elle avait peur, à présent, c'était des extrémités auxquelles elles se sentait capable d'atteindre. Car ce qu'elle vivait, à ce instant, dépassait tout ce qu'elle avait jamais vécu et elle ne pouvait brider la violence de ce qu'elle ressentait.
    Mais ça n'avait aucune importance. Elle avait maintenant un espoir et une conviction. Un but, peut-être. Quelque chose qui la poussait à vivre, encore. Lutter contre tout ceux qui se dresseraient sur son chemin... Leur chemin ?
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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Sam 4 Oct - 23:57
L'Envol de la Corneille
feat. N. S. ANTONAKIS
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La situation était tellement étrange. A la fois il se sentait proche de Nera, mais à la fois, il paraissait tellement éloignée d'elle. La jeune femme avait toujours... Ce comportement étrange. C'est bien ce qu'il adorait chez elle ; qu'elle soit différente, mais malgré tout comme lui. Cependant, certaines fois ce n'était pas si simple qu'elle se renferme de la sorte. Bien entendu, Gregory n'était pas le mieux placé pour dire ça... Il le pensait malgré tout. Tout deux renfermés ainsi... La conversation n'était pas franchement ouverte, et ne mettait absolument pas à l'aise. Ils se forçaient, pour communiquer, car ils ne voulaient pas bloquer ; quelle relation auraient-ils si aucun mot ne pouvait franchir la barrière de leurs lèvres ? Gregory ne comprenait pas grand chose à l'être humain, il en était conscient, néanmoins... Il voulait qu'avec Neratzo tout soit différent. Il était prêt à faire des efforts. Il était prêt à tout pour l'avoir pour lui. Bien sûr que ça irait doucement, si jamais elle lui donnait la permission, et partait avec lui mais... Il ne supportait plus son absence.

Il luttait contre ce qu'il était, cependant c'était toujours plutôt difficile de ne pas s'effondrer. Gregory était quelqu'un de fort, évidemment ; cependant, certaines fois il ne supportait tout simplement Central et son absence de sentiments. Central et ses soldats, Central et ses ordres. Il voulait uniquement aimer Neratzo. Passer des moments avec elle, comme celui qu'ils passaient tous les deux. Même si depuis tout ce temps... L'un comme l'autre ne savaient plus très bien comment se comporter. Ils avaient perdu leur aisance à se parler. Peut-être parce qu'ils avaient tous les deux peur de ce que pourrait dire l'autre ? Peut-être parce qu'ils avaient peur que quelque chose ait changé. Comment pouvaient-ils penser une chose pareil ? Tout était parfaitement unique entre eux, et rien ne semblait pouvoir changer ça. Rien du tout.

Petit à petit, Neratzo sembla se détendre. Ses jambes se déplièrent. Elle ne le regardait tout de même pas. Comme si elle ne parvenait pas à lui faire face. Comme si... Comme si quelque chose bloquait. L'en empêchait.

Depuis qu'il avait parlé, exprimé ce qu'il ressentait ; le silence planait à nouveau au-dessus d'eux. Cela rendit Gregory mal à l'aise. De plus, il n'arrivait pas à être sûr de lui, c'est comme s'il en avait trop dit. Que c'était trop pour elle ; trop sentimental peut-être ? Rien ne parvenait pas à deviner ce qu'elle voulait. Que voulait une femme basiquement ? De la romance non ? Que l'homme soit présent, lui-même mais sache l'écouter, n'est-ce pas ? Gregory n'était peut-être pas le plus fleur bleue au monde, mais il était assez sentimental pour exprimer ce qu'il ressentait pour elle. Et cela n'avait rien à voir avec la simple camaraderie. C'était plus intense, plus puissant que ça.

Il n'y avait qu'à voir l'effet qu'elle lui faisait. Ce coeur battant à ton rompre. C'était elle qui définissait le rythme. Ses joues roses. C'était elle qui les teintait. D'ailleurs, son geste engendra tout ça. Neratzo posa sa main... Effleura la main de Gregory de ses doigts. Un délicieux frisson parcourut la demi-portion, et un sourire se dessina sur ses lèvres masquées. Finalement, la voix de la jeune femme se fit entendre. Elle lui demandait s'il pensait que c'était possible. Qu'elle voulait mais... Mais rien. Elle ne continua pas sa phrase. Pendant ce temps Gregory retourna sa main, que sa paume soit offerte à celle de Neratzo, fixant leurs mains. De sa main libre, il abaissa ce morceau de tissu. Decouvrant sa bouche. La Semi-Akuma continua. Exprimant son désir de rester avec lui. Personne ne pourrait l'en empêcher. Il comprit que même l'akuma en elle n'y pourrait rien.

Gregory se mit à sourire, ne détâchant pas son regarde de leurs mains.

« Alors fuyons. Tous les deux. Partons. » Il la regarda. Cependant, il perdit son sourire dès lors qu'elle se retira et reprit sa position précédente. Le jeune homme fit la moue, et se mit à regarder le canal, lui aussi. Profondément. « Soit je pars, avec toi, soit je prends le contrôle de Central. Et je te ramène à moi. Je change tout. Une véritable révolution. » Il soupira. Ce projet était plus fou que de partir avec Neratzo. Mais il en avait envie. Il en rêvait. « Quoiqu'il se passe, je ne veux plus être sans toi, Neratzo. »

Rien devait le dire.

« Je t'aime bien trop pour ça. » Finalement, c'était sorti. Depuis tout ce temps qu'il le gardait pour lui-même.  
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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Jeu 9 Oct - 0:33
    Tout ce qu'elle vivait à cet instant la dépassait. Elle se sentait entraînée vers les extrémités de sa propre personnalité, dans la zone de danger où elle ne savait pas bien où se trouvait le bord et quand elle tomberait, inexorablement, dans un gouffre de peur et d'oubli. Nerá n'avait jamais été normale, elle l'avait vite compris. Quand bien même elle se serait permis de l'oublier, quelqu'un se serait chargé de le lui rappeler, alors elle avait toujours cette tâche dans son esprit, cette fissure fine, presque invisible, qui traçait pourtant un mur infranchissable entre elle et le reste du monde. Et pourtant... Voilà que quelqu'un, quelqu'un hors du commun s'essayait à croiser cette ligne pour la rejoindre de l'autre côté.

    C'était à la fois exaltant et terrifiant. Elle avait envie de s'y jeter, corps et âme, plonger dans la faille, et en même temps, elle avait le vertige. C'était peut-être trop, pour elle, que de faire un tel don de soit même. Peut-être ne serait-elle jamais capable d'un tel acte. Elle n'avait pas son courage. Partout où elle tournait les yeux, elle ne voyait qu'angoisse ou menace... Sauf lui. Lorsqu'elle croisait son regard, elle se sentait à l'aise. Presque en sécurité. Comprise? Elle se plaisait à le penser. Et son sourire...

    Son sourire la fit fondre. Comme si toutes ses dernières résistances, ses derniers doutes, ses ultimes craintes s'évaporaient lentement. Une bouffée de chaleur d'une douceur poignante la prenait et elle rosissait, écarquillait légèrement les yeux. Son sourire la rendait... si heureuse. Elle aurait voulu le voir sourire en permanence. Elle aurait voulu voir son visage tout le temps. Lui avait-il déjà montré à quoi il ressemblait sous son masque, avant ? Elle n'en était pas vraiment sûre. Ce don qu'il lui faisait représentait des montagnes à ses yeux. Comment... Pourrait-elle seulement croire qu'elle pouvait se passer de lui ? Que quoi que ce soit d'autre avait de l'importance ? Nerátzo se sentait transportée d'une joie vibrante, de quelque chose de si fort et si beau qu'elle en aurait pleuré.
    Elle aimait si fort chaque trait de son visage. Elle aurait voulu se noyer et disparaître dans le sentiment merveilleux qu'elle ressentait à cet instant. Elle ne pouvait le définir, les mots, même les plus rares, étaient vulgaires en comparaison.

    Mais ce sourire s'évapora et Nerá se fit plus petit encore, troublée. Elle l'observait de côté, le visage pâle, soudainement grave. Son regard se perdit quelque part dans le canal. L'abattement qui la saisit soudainement était presque aussi fort que les délices de l'amour. Elle se sentait comme une pendule, oscillant entre chaque état sans transition.
    Ça se voyait qu'il en avait envie. Son projet fou, son rêve, ses ambitions... Elle ne pouvait pas lui demander d'y renoncer, n'est-ce-pas ? Il n'en retirerait que regrets ou amertume. Qui était-elle, de toute façon, pour lui demander un tel sacrifice ? Comme la plupart des Corbeaux, il n'avait rien, et surtout il n'avait personne d'autre que lui-même. Il était parvenu à trouver un sens à sa vie là où elle se laisser porter sans résister. Elle refusait de lui retirer ça. Elle ne voulait pas être le boulet qui le retiendrait dans sa course.
    Un chape de plomb épaisse lui broyait les épaules. Elle se sentait soudainement si lourde... La résignation l'étreignait comme des bras de fer. Elle prenait conscience que rien n'était du, rien n'était fait. Peut-être que ce ne serait jamais le cas... Attendre ? Elle pouvait attendre tout sa vie si nécessaire, tant qu'elle parvenait à entretenir l'illusion que l'attente ne serait pas éternelle. Avait-elle un autre choix, de toute façon, autre que celui, égoïste, d'exiger de lui plus qu'elle n'oserait jamais ? Alors voilà ce qu'il lui restait à faire : attendre, survivre, attendre. C'était si dur de s'y résoudre...

    Alors, lorsqu'il reprit la parole, le poids s'alourdit d'un coup et elle se craquela comme du verre brisé. De peine et de joie mêlée, mélange étrange de plaisir simple et de regret. Ce ne serait jamais facile pour eux. Ce ne serait jamais immédiat, naturel. Ils avaient tant à surmonter... Et leur futur était si incertain. Mais enfin : après tant d'années de patience et d'indifférence... Elle pouvait attendre encore un peu. Pour lui.
    Alors, avec une détermination farouche, Nerátzo reprit sa main, entrelaça ses doigts avec les siens, sans le regarder. Le regard qu'elle finit par lui rendre était plein de défi. Rien... Rien ne pourrait l'empêcher de faire ce dont elle avait vraiment envie, à présent. Avec une douceur confondante, choisissant ses mots avec prudence, elle lui dit :

    - Je ne veux pas, t'empêcher de le faire. Je ne peux pas te demander de partir. Avec moi. Tu as... Je crois... Trop de choses à y perdre?

    Elle n'en était pas vraiment sûre, mais c'est ce qu'elle croyait déceler dans son regard. Aussi fort qu'elle le savait sincère, personne ne devrait jamais renoncer à quoi que ce soit par amour. Tout est une question de compromis, pas vrai ? Alors, peut-être, qu'elle ne devrait pas le laisser vivre, cet amour. Elle devrait le tuer dans l’œuf, partir, ne jamais le revoir... Mais elle s'en savait incapable. Gregory... était son ancrage, son point de repère, la seule lumière de calme et de sécurité qu'elle avait. Peut-être était-elle trop égoïste pour y renoncer. Elle continua, sa voix se brisant au fur et à mesure des mots :

    - Je peux attendre... Aussi longtemps qu'il faudra.

    Elle ne doutait pas un instant qu'il y parviendrait. Un jour, si la chance leur souriait, ils seraient à nouveau ensemble. Peut-être qu'ils pourraient alors le rester...
    Mais quand ?
    Nerátzo baissa la tête, laissant un rideau de cours cheveux clairs effleurer ses joues, ravalant péniblement tout ce qu'il y avait de douloureux en elle. A quand remontait la dernière fois qu'elle avait été prise de la désagréable sensation des larmes qui montaient ? Amère, elle acheva :

    - Mais quand pourrais-je te voir, en attendant?

    Sur ses derniers mots, sa voix acheva de se briser et éclata en aiguilles de verre. Elle n'était pas tout à fait libre, mais lui ! Chacun de ses faits et gestes pouvaient être sujets à une surveillance quelconque. Tout n'était que ordres et contrôles. C'était un miracle, déjà, qu'ils aient pu se croiser aujourd'hui, maintenant, dans l'intimité la plus totale. Mais quand est-ce que cette opportunité se représenterait ? Y aurait-il une prochaine fois ? Elle ne doutait pas de lui, un instant ; mais un tel plan prend du temps à se mettre en place. C'était... impensable. Impossible dans l'immédiat. Si loin... Elle resserra les doigts dans les siens, comme pour s'accrocher à lui, la gorge serrée. Finalement, d'une toute petite voix mais très calmement, elle finit par demander :

    - Tu veux bien... rester avec moi encore un peu plus longtemps?

    Juste une journée. Quelques heures. Encore quelques précieuses minutes avant qu'ils se séparent à nouveau, car elle ne pouvait y imaginer une alternative. Elle ne parvint pas à ajouter quoi que ce soit d'autre. Elle fut incapable de lui expliquer, d'ouvrir son cœur comme il l'avait fait, quelque chose semblait la retenir. Mais petit à petit, elle s'ouvrait comme une fleur frileuse au soleil. Elle n'avait besoin que de ça : la chaleur de son sourire.
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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Dim 12 Oct - 15:09
L'Envol de la Corneille
feat. N. S. ANTONAKIS
Une vie sans émotion est une vie perdue Roger Fournier

Tout fut tellement compliqué à l'instant. Tant de paradoxe, de contradictions. Sa dualité ne partirait jamais. Il y avait Central qui l'emprisonnait, avait passé un lasso autour de lui ; et Neratzo... Qui en avait au moins amené deux autour de lui, si ce n'est plus. Petit à petit, elle l'emmenait vers elle. Tirant de plus en plus fort. De plus en plus, Gregory avait du mal à se « remettre dans le bain » chaque fois qu'il pensait à elle ; chaque fois qu'elle le tirait vers elle. Un jour, il ne pourra tout simplement plus faire semblant d'être comme « tous les autres » et bientôt il devra faire un choix. Un choix qu'il redoutait ; Central ou Neratzo. Central ou... La liberté. Elle était là, elle semblait prête à s'offrir à lui, tout autant que la jeune femme à ses côtés. Enfin ! Enfin ! Depuis tout ce temps, où il pensait à elle... La Semi-Akuma venait de lui donner la légitimité de le faire. Et visiblement... Il y avait réciprocité. Cette même réciprocité à laquelle il avait toujours rêvé. Elle était là ; disponible.

Rien ne serait plus beau que cet instant.

Gregory se forçait à tout mémoriser. Il devait absolument s'en souvenir. De cette main dans la sienne, placée une nouvelle fois avec plus d'énergie que précédemment, comme si sa déclaration l'avait aidé à s'assumer, et agir ; à prouver qu'elle aussi... Elle l'aimait. Neratzo entremêla ses doigts aux siens ; qui eurent pour effet de faire frissonner la demi-portion. Il adorait sentir sa peau contre la sienne : il était clair que c'était la première fois qu'un contact aussi... Appuyé se faisait. Peut-être qu'auparavant elle avait effleuré ses doigts par mégarde lors de la formation de Corbeau. Cela n'avait pas été voulu. Quand bien même cela comptait énormément pour Gregory. S'il n'avait pas du tout refouler pour continuer à Central comme si de rien n'était ; le nain se souviendrait alors de tout. Des moindres détails concernant sa « relation » avec la jeune femme. La façon dont ils se comprenaient, avec laquelle ils s'entraidaient sans que cela ne puisse se voir. Sympathiser avec un collègue a toujours été interdit à Central. Les sentiments, les regrets, les remords ; tout ce qu'avait l'humain était prohibé.

La voix de Neratzo exprima les pensées qu'il ne pouvait deviner. Des mots qui le heurtèrent, malgré la douceur dont elle faisait preuve. Elle le laisserait aboutir à ses plans. Elle l'attendra. Parce que s'il la suivait, il perdrait beaucoup. Comment lui faire comprendre qu'il s'en fichait ? Qu'il gagnerait tellement plus avec elle. Beaucoup plus qu'il ne perdrait. Mais Gregory comprit. Les compromis étaient essentiels n''est-ce pas ? Peut-être elle-même redoutait de partir avec lui ? Après tout, parfois, il ne suffisait pas de vouloir ; puis... Rien la connaissait – malgré tout – plutôt bien.

Neratzo affirma qu'elle l'attendra aussi longtemps qu'il le faudra.

Ils ressemblaient à un couple maudit. Un couple qui luttait contre le Destin qui les voulait séparés. Un Destin farouche et cruel. Gregory se refusait à l'abandonner. Il s'y refusait plus que tout. Il avait besoin d'elle. Autant, auparavant, elle paru déterminée désormais, Neratzo avait baissé la tête, comme se laissant aller au terrible poids qui pesait sur leurs épaules. Tristement, Rien admira la beauté de la jeune femme, ainsi que la pureté ; tandis que son rythme cardiaque s'accéléra. Il voulait qu'ils aient la chance de pouvoir vivre leur amour sans que rien ne leur en empêche. Il voulait se lever le matin à ses côtés, pouvoir admirer la pâleur de sa peau, ainsi que le vermillon de ses prunelles au moindre moment de sa vie. Gregory ne voulait pas lutter pour ça. Il ne voulait pas lutter pour son bonheur, à elle...

Il espérait qu'un jour ce rictus y apparaîtrait. Encore faudrait-il que le Comte meurt. Ainsi la part d'Akuma ne répondra plus à personne, hormis elle-même, soit donc Neratzo... Tout ça paraissaît utopique à souhaits ; et à cet instant, le Corbeau se sentit idiot. Il en eut même honte.

Gregory serra la main de Neratzo dans la sienne.

« D'accord. Mais si tu ne peux plus attendre, alors viens me chercher. Et on partira tous les deux. » lui fit-il, en la regardant. Il voulait qu'elle sache qu'il était sincère. Et qu'il la remerciait de faire ça, et de le comprendre. Gregory Rien Baekeland désirait bien des choses...

Cependant, vint une question qui sembla remuer le nain autant que la jeune femme, dont la voix semblait s'être brisée à la fin de cette question. Quand se reverraient-ils ? Tout ça n'avait été qu'un étonnant et merveilleux coup du hasard. Cela ne se reproduirait pas avant un moment ; ils avaient tous les deux conscience. D'autant plus que lui était pieds et poings liés à Central : une occasion comme celle-ci ne se représenterait pas avant un petit moment. Et cela signifiait pas avant quelques mois... Quelle solution avaient-ils ? Comment savoir où elle irait ? Où il serait ? A moins de se donner un rendez-vous qu'ils ne devaient – pour rien au monde – manquer.

« Donnons-nous rendez-vous. Et nous nous y tiendrons. Je te laisse choisir. Je m'arrangerai pour venir. » Il voulait la combler, par n'importe quel moyen, et de n'importe quelle façon. Neratzo resserra à son tour l'étreinte de leurs mains. Tout doucement, d'une voix minuscule, elle lui posa une autre question. Même si cela ressemblait à une affirmation cachée. Un vœu qu'il exaucera. Il hocha alors la tête. « Nous avons encore le temps devant nous, Neratzo. Et je ne veux pas partir... » Il était bien, ici. Gregory pouvait être le lui ; ce garçon ayant choisi l'indépendance, et une nouvelle vie. Pas ce Corbeau qui s'était fais une place, mais bien l'homme d'origine.

Pendant quelques instants, Rien se fit silencieux. Savourant le vent, la brise légère, ainsi que la présence de cette jeune femme qu'il chérissait tant. Un amour opprimé, mais légitime. Puis, il lui vint une question.

« Que comptes-tu faire désormais ? » demanda-t-il, comme si tout avait subitement changé. De son côté, c'était le cas.  
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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Ven 17 Oct - 13:03
    Revenir le chercher... Les mots sonnaient séduisants, faciles. Attendre jusqu'à ne plus pouvoir, survivre avec quelques fragments épars de lui, quelques souvenirs fugaces, la sensations floue de sa main dans la sienne. Elle pouvait faire ça, elle pouvait le faire très, très longtemps. Elle avait quelque chose à quoi s'accrocher à présent, un petit espoir timide à garder en elle, entretenir patiemment les braises... Et avant qu'il ne devienne qu'un amas de cendres flétries, retourner le chercher. Oui mais, comment ? Elle ne savait pas, mais elle parvint, avec quelque argumentation, à se convaincre qu'elle y arriverait. Elle avait tout affronté alors même qu'elle ne désirait rien. Maintenant qu'elle avait une raison de se battre, qui pourrait l'en empêcher ? Personne. Personne ne pourrait se dresser sur son chemin, aussi fin soit-il. Alors, lentement, elle hocha la tête.

    Nerátzo lui rendit un regard énigmatique, songeuse. Cela lui semblait être une idée comme une autre, avec cela de pratique qu'elle lui semblait réalisable. Elle-même n'avait plus que des liens très souples. Elle pouvait aller et venir avec une relative liberté. Quant à lui... Elle lui faisait confiance pour trouver un prétexte de se dégager de ses obligations. Alors pourquoi ! Mais où, quand ?
    Nerá réfléchit. Il lui fallait un endroit neutre, un endroit où personne n'aurait jamais soupçonné les voir. Elle ne pensait pas que quelqu'un soupçonnerait les mouvements du Corbeau modèle qu'était Gregory, mais sait-on jamais. La paranoïa avait tout à fait sa place dans les manières de Central. Un lieu discret donc... Où il n'avait jamais mis les pieds de préférence.

    - ...Norvège. Oslo. Dans... un mois ?

    Elle hésita un instant, mais se maintint sur son un mois. Elle pourrait tenir tout ce temps, elle trouverait un moyen et encore une fois... Mieux valait limiter les déplacements suspects. Non pas pour elle, mais pour lui. Il faudrait varier les dates, les emplacements, tout... Mais ce n'était qu'un détail. Prudence élémentaire, rien de plus. N'est-ce-pas ?

    – A cette adresse.

    Sur ces mots, elle tira d'une des poches de sa veste un papier, proprement coupé, où elle griffonna maladroitement quelques mots. Si elle avait eut une éducation correcte, et qu'elle avait été plus ou moins entretenue par Central, elle peinait toujours à écrire correctement. Elle n'avait pas eut le temps de s'y atteler, disons. Puis elle glissa l'adresse en question à Gregory, silencieuse. Il s'agissait d'un bar modeste, vaguement paumé, où elle était déjà passée il y a quelques années au cours d'une mission pour Central. Personne n'avait jamais été amené à retourner sur les lieux depuis, ils auraient donc probablement la paix. Elle espérait que l'endroit existait toujours... Autrement, ils se débrouilleraient.

    Un grand calme se fit soudain. Nerá se sentait presque en paix, sous la brise légère qui troublait les eaux calmes du canal. Ce ne serait pas facile, surtout pas au début, mais elle était patiente et elle avait confiance en lui. Il leur faudrait du temps, un peu de courage, mais elle ne doutait pas de leur propre force. Et, si elle souffrirait probablement de le voir si peu... Elle avait fait avec pendant des mois, elle avait sans personne pendant des années. Elle pouvait supporter tout ça encore quelques temps.

    Sa question la surprit, un instant. Elle s'interrogea elle-même, que comptait-elle faire à présent ? Comme toujours, sans doute... Elle n'avait jamais eut d'ambition. Son principal talent était de se fondre parmi les autres, ne pas attirer l'attention... A quelques exceptions près. Elle ne savait pas bien à quoi elle allait perdre son temps d'ici leur prochaine rencontre.

    – Comme toujours... Obéir.

    Seul celui qui donnait les ordres avait changé, après tout. Oh, elle pourrait faire tellement plus... Mais elle n'en avait légitiment aucune envie. Nerátzo ne voulait pas changer le monde. Ce n'était pas une héroïne, c'était à peine plus qu'une figurante. Elle était trop passive pour s'ériger en symbole. Elle ne ressentait aucun besoin de changer les choses. Elle avait comprit depuis longtemps que le Comte Millénaire n'était ni pire, ni mieux que les hommes. Alors, que le monde soit régi par un monstre ou par un autre, quelle importance ? Elle ne pourrait jamais rien y changer alors elle ne ferait pas cet effort.

    Mais pourtant, Gregory avait raison. Rien n'était plus pareil à présent, car elle avait un but. Une envie. Mourir ne l'indifférait plus, car elle avait des choses à faire. Et ça, ça changeait tout. Alors, avec un tout, tout petit sourire, elle ajouta :

    – Et t'attendre...

    Elle se sentait à l'aise. Les mots ne butaient même plus contre ses dents, s'échappaient librement et facilement comme si c'était naturel. Elle se sentait bien, ici, avec lui... Elle aurait voulu que ce moment dure à jamais.

    – Et toi ?

    Elle se demandait si les choses avaient beaucoup changé depuis son départ de Central. Sans doute pas. Du peu qu'elle en avait vu, Central était figée, rigide. Elle n'imaginait pas quoi que ce soit de notable se dérouler là bas, malgré le chaos de la situation actuelle. Mais néanmoins, elle posa la question, doucement. Elle voulait savoir ce qu'il faisait, ce qu'il affrontait, les relations qu'il se faisait. Elle voulait tout savoir de lui...

    – Comment ça se passe... à Central ?

    Et elle leva vers lui de grands yeux calmes, curieux.
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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Mar 21 Oct - 20:06
L'Envol de la Corneille
feat. N. S. ANTONAKIS
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Leur situation était très loin d’être simple, néanmoins, ils étaient tous les deux motivés à l’arranger. Gregory n’avait pas envie d’abandonner, pas maintenant. Pas alors qu’enfin, depuis le temps qu’il attendait, il vint à la voir, elle. Cette femme qu’il avait toujours aimée, il s’était accroché à son souvenir comme une moule à son rocher. L’abandonner ou même abandonner l’idée de la revoir aurait été une trahison ; jamais il ne se la serait permise. Peut-être parce qu’il savait qu’elle n’aurait de cesse de l’attendre. Cette femme attendrissante était tout simplement parfaite. Ils avaient cette relation fusionnelle et parfaite ; avec une telle connectivité entre les deux qu’ils sembleraient qu’ils furent fait l’un pour l’autre. Cette idée fit sourire le Corbeau : il était heureux et se savait chanceux de connaître ce que c’est d’aimer. Ce qui – à Central – était loin d’être le cas de tout le monde.

La jeune femme lui renvoya un air songeur. Elle semblait réfléchir à une date et un lieu pour leur prochain rendez-vous. Un rencard qui aurait lieu dans un moment, c’était certain. Et cette pensée était attristante. Elle replongeait Gregory dans la réalité telle qu’elle était vraiment et non plus comme il la percevait. C’était mieux ainsi ; il pourrait anticiper le moindre problème et verrait venir de loin les oiseaux de mauvais augure. Finalement Neratzo lui répondit : « … Norvège. Oslo. Dans… Un mois ? » Cela allait être terriblement long. Il aurait voulu que tout soit si simple. Plus facile pour eux ; pour elle, surtout pour elle.

Après tout ce qu’elle avait vécu ; elle avait droit au bonheur.

« C’est parfait. » fit-il alors qu’elle lui tendit un morceau de papier, proprement coupé, où était écrite une adresse. L’écriture n’était pas parfaite mais il pu lire. Alors il mémorisa et conserva le papier dans une de ses poches secrètes. Personne ne devrait être au courant, et surtout personne d’autre que lui ne devrait y aller. Sinon, elle aurait plus que des ennuis. Il n’était pas certain que le Comte s’encombre de soucis supplémentaires… Alors il serait bien capable de la laisser se faire capturer… De la faire tuer.

Et c’était tout sauf possible. Imaginable.

Une brise légère se leva.

Gregory demanda alors comme tout se passait aux côtés du Comte. Neratzo lui répondit le plus simplement du monde. Elle se contentait d’obéir. Puis, après un petit silence, elle rajouta. « Et t’attendre… » Malgré la tristesse de la phrase, Gregory en sourit. C’était « officiel », c’était dit. Ils s’attendraient et vivraient ainsi jusqu’à ce que l’un ou l’autre ne veuille, ne puisse plus supporter tout ça et veuille partir. Ce serait triste et déchirant ; mais il ne voulait pas qu’ils se tuent. Rien voulait simplement qu’elle vive, et heureuse. Même si la vie n’était pas facile. Même si rien n’était facile.

Puis elle lui retourna sa question, calmement. Dirigeant vers lui de grands yeux. Ses yeux rouge sang dans lesquels il pouvait s’y perdre pendant une durée indéterminée. Infinie. Semblable à aucun autre phénomène. Il n’y avait que ses yeux qui lui faisaient cet effet là. Les autres, il plongeait comme un fou dedans, visant à mettre mal à l’aise son interlocuteur. « Comment ça se passe… A Central ? » lui demanda-t-elle clairement. Gregory avait entendu sa petite hésitation à prononcer le mot de cette organisation où – jadis – elle avait été employée. Tout d’abord, le nain haussa les épaules ; il ne savait pas vraiment quoi dire. Après tout, rien n’avait véritablement changé là-bas. Les structures étaient bien trop rigides pour bouger ne seraient-ce que d’un millimètre.

« Tout le monde est fidèle à soi-même, à peu de choses près. » fit-il en entamant sa réponse. Il se donnait un peu de temps pour réfléchir, et se souvenir si quelque chose avait changé. « J’ai rencontré une jeune femme étonnante. Un peu comme moi ; elle semblait perdue sans même vouloir se l’admettre. Son nom… Hm, Dylan Matthews. On a « sympathisé » sous la pluie puis autour d’un café. »

Il lui sourit. Il aimait parler avec elle et peu importait le sujet. Gregory aimait plus que tout être à ses côtés. Et il ferait tout pour y rester. Ne voulant pas que l’instant se termine et qu’ils se séparent ; le Corbeau lança un nouveau sujet de discussion.

« Que crois-tu qu’il se serait passé si tu n’étais pas partie ? » Il était curieux de savoir… Si tout aurait été pareil et si cela aurait changé quelque chose.
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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Mar 11 Nov - 22:52
    Il haussa les épaules. Nerátzo laissa planer sur lui un regard vaguement interrogateur, le mieux qu'elle pouvait fournir en guise d'expressivité. Elle ne doutais pas un instant que la situation à Central était la même, invariable la même... Mais elle le savait moins figé que cela, et il ne la détrompa pas. Il trouvait le moyen de faire certaines choses, rencontrer certaines personnes. C'est ce qui lui faisait croire qu'un jour, il parviendrait à contenter ses ambitions, atteindre le but qu'il s'était fixé. Hochant la tête sans lui répondre, ne voyant pas quoi ajouter, il agrémenta sa médiocre réponse d'un tout, tout petit sourire qui s'évanouit aussitôt. Elle ne serait jamais très douée pour ça.

    Sa question la plongea dans une rêverie songeuse. La réponse lui paraissait si évidente. Elle aurait pu dessiner, décrire dans les moindres détails ce que la vie aurait été si elle était restée à Central. Car si Gregory était capable d'évoluer dans cette cage misérable et austère qu'était Central, elle-même n'était foutue que d'y survivre. Du moins l'avait-elle été jusqu'à maintenant, mais pour combien de temps ? Elle avait su s'adapter, mais il ne pouvait pas s'y fondre. La vérité, c'est qu'elle ne pouvait se fondre nul part. Elle n'y avait aucun endroit où elle se sentait légitime, aucun endroit où avait au moins l'impression d'être à l'abri, ou dans un relatif confort. Avec lui, peut-être... Pourrait-elle un jour arriver à ça. Mais pour l'instant, tout ce qui formait son existence tenait au bout d'un fil fragile qui menaçait à tout instant de se briser.

    Quitter Central n'était pas plus une bonne idée que d'y rester, cependant. Maintenant que ses anciens alliés, aussi distants qu'ils soient, étaient devenus ses ennemis, elle n'avait plus un instant de paix. Cernée de monstres grimaçants dont elle faisait maintenant partie, dirigée, balancée de-ci, de-là par des êtres transparents qui ne voyaient en elle qu'un outil, traquée par ses anciens collègues. Mais c'était-ce pas là, avec un peu de recul, sa seule possibilité d'évolution ? Son seul échappatoire, malgré elle ?

    Un peu hésitante, elle répondit néanmoins, les yeux perdus dans le vide :

    – Rien, sans doute... Rien ne peut se passer à Central. C'est peut-être mieux... que je n'y soit plus.

    Elle-même n'en était pas convaincue, mais mieux valait tenter de le croire. Renversant la tête en arrière, Nerátzo leva les yeux vers le ciel, s'assombrissant peu à peu. Le temps se gâtait... Elle n'avait pas envie de bouger, néanmoins. Scrutant la voûte grisâtre qui s'étendait au dessus d'eux, elle ajouta :

    – Je pense...

    Soudainement, Nerá s'interrompit. D'un geste brusque, fluide, elle resserra ses bras contre elle. De l'autre côté du canal, elle croisa le regard clair d'innocence d'un petit garçon. Serrer les dents, planter ses doigts dans ses bras pour s'empêcher de bouger tandis que soudainement, sans raison, sans prévenir, s'emballa tout ce qu'elle essayait de réprimer en elle. Comme si soudainement, une entité omnipotente murmurait à son oreille « Souviens toi, petit monstre, tu es mien », et serrait sur elle d'invisibles griffes d'acier. C'était un appel, si impérieux que de part sa propre nature elle ne pouvait y résister.

    Le petit garçon tourna les talons et partit en courant.

    D'un coup, elle se sentait prise dans un silence froid, un monde entre deux où tout évoluait au ralenti, englué dans une bulle. Etrange. C'était si... bizarre. Elle tourna lentement les yeux vers Gregory, mais rien semblait n'avoir changé, rien à part... Cette démangeaison gelé en elle. Un instant, elle fut comme figée au dessus du monde, puis elle fut soudainement rattrapée par le temps. Une vague d'adrénaline déferla en elle.

    Elle ne pourrait jamais jamais, jamais lutter contre ça. Comment est-ce qu'elle pourrait ? Nerá se redressa, se leva d'un bond. Elle voulait courir, fuir, partir. Répondre à cet appel. Mais il y avait Gregory alors elle se retint, elle s'en empêcha. Elle balbutia, maladroitement :

    – Je... vraiment... dois y aller.

    Elle détestait si fort cet instant.

    Nerá fit un pas nerveux, se retint encore. Elle ne voulait pas partir, et en même temps, elle ressentait dans chaque fibre de son être qu'elle devait y aller. Rejoindre l'endroit indiqué, trottiner tel un affectueux labrador jusqu'à la gamelle qu'on lui tendait. Alors, incapable de suivre l'une ou l'autre de ces pulsions, elle restait sur place, incapable d'extérioriser le sentiment d'urgence qui l'étreignait. Toujours aussi droite, toujours aussi froidement impassible, immobile comme toujours, les yeux rivés sur lui.


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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Lun 17 Nov - 19:50
L'Envol de la Corneille
feat. N. S. ANTONAKIS
Une vie sans émotion est une vie perdue Roger Fournier

Elle répondit avec calme, comme toujours, à sa question. Elle avait laissé le silence s’imposait, perdue dans sa réflexion ; la question en elle-même n’était pas simple du tout. Mais cela faisait tellement longtemps qu’il ne l’avait pas vu… La retrouver était comme un miracle, tout simplement. Rien ne savait pas vraiment quoi dire, ni quoi lui demander. De plus, il savait pertinemment qu’elle était très intériorisée, et très peu bavarde. Si elle parlait autant aujourd’hui, c’était simplement parce que Gregory était le seul en qui elle pouvait placer toute sa confiance. Jamais il ne lui serait possible de la trahir. Elle était cette femme qu’on aime forcément plus que les autres. Sans jamais vraiment s’en détacher.

Le souvenir de cette personne reste vif… Comme s’il ne datait que d’hier. « Rien, sans doute… Rien ne peut se passer à Central. C’est peut-être mieux, que je n’y sois plus. » La demi-portion abaissa la tête. Alors elle ne regrettait en rien tout ce qui lui était arrivé ? Elle ne regrettait pas cette transformation et ce départ… Finalement désiré. « Je pense… » rajouta-t-elle, comme si c’était pour éviter de le blesser. Ce n’était ne rien ça ; évidemment. Il la connaissait mieux que quiconque et son humanité était entrain de le dévorer. Il avait descellée cette porte qu’on lui avait forcé de fermer, il allait en payer le prix fort.

Désormais, il ressentirait des choses. Et cela changeait la donne. Cela changeait tout, absolument tout.

Puis quelque chose se produisit. Le silence vint, et elle se recroquevilla sur elle-même. Que se passait-il ? Son regard sembla se figer au-delà du canal, à l’autre rive. Gregory tourna la tête. Ah oui. Cet irrépressible besoin de tuer. S’y ferait-il ? Pourrait-il permettre que la femme qu’il aime puisse tuer ? Ils n’avaient pas vraiment d’avenir, peut-être même s’accrochaient-ils à l’espoir pour rien. Elle était une bête carnassière qui avait besoin d’exterminer pour vivre en paix et lui… Gregory oeuvrait comme contrôleur. Il était du côté de ceux qui sauvent des vies. Il était pour ce sauvetage.

Comment pourraient-ils vivre ainsi ? Un jour, elle finira par le tuer.

La tristesse s’abaissa sur lui, et son regard termina dans les eaux du canal. Vides. Soudainement, il aurait voulu qu’elle soit chaleureuse. Qu’il y ait plus que des effleurements de mains, et des doigts entrelacés. Il aurait voulu la tenir contre lui, et caresser sa joue. La couvrir de baisers et lui conter ô combien il l’aime. Mais elle était comme elle était. Introvertie, voire pire. Voire plus, et cela rendait tout cela impossible. Pourtant, malgré l’absence de cette tendresse désirée ; Gregory ne cessait de l’aimer de tout son cœur, et de toute son âme.

« Je… Vraiment… Dois y aller. » Elle perdait le contrôle, elle n’était plus vraiment elle-même et avant d’avoir à le tuer lui, elle devra tuer quelqu’un d’autre. Il avait senti le vent lorsqu’elle s’était levée avec précipitation. Il tourna son visage vers elle ; elle était impassible. « Cela vaut mieux, malheureusement… J’aurais aimé que l’on se quitte différemment. » Le jeune homme avait osé fantasmé sur un doux baiser.

Il se leva et lui fit face. « Fais attention à toi, d’accord ? » Encore et toujours ce besoin de la protéger. De lui faire comprendre, et surtout de lui montrer son amour pour elle. Tristement, il inclina la tête pour la saluer.

Rien attendit qu’elle tourne les talons pour partir à son tour ; dévasté. Finalement, l’Humanité n’avait rien de bon. Dans tous les sens du terme, le Corbeau remit son masque et ses plumes. Central avait raison, malheureusement.

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Re: Envol de la corneille [Gregory]
Mer 24 Déc - 20:54
    Bien sûr, qu'elle regrettait son départ de Central. Tous ces événements l'avaient arrachée à son quotidien et à son semblant de sécurité, et surtout, ils l'avaient arrachée à lui. Ils ne pouvaient pas partager grand chose, là bas, mais au moins pouvaient-ils jouir de leur présence mutuelle, et ne pas pouvoir le croiser dans un couloir, ne serait-ce que le saluer et échanger quelques mots discrets de temps à autres... Discerner dans son regard des romans entiers, effleurer parfois sa main... Tout ceci lui manquait horriblement. C'est comme si on lui avait arraché ce qui ressemblait le plus à un foyer et une famille, pour elle.

    Mais peut-on vraiment appeler Central une famille et un foyer ? C'était un endroit cruel et froid, dépourvu de la moindre humanité. Elle ne le regrettait que parce qu'elle ne connaissait rien d'autre. A présent, elle était seule, désespérément seule sous les ordres d'un monstre loufoque, en compagnie de cadavres métalliques assoiffés de sang, et pourtant sa vie était bien plus calme qu'elle ne l'avait jamais été. Elle n'en était pas heureuse, elle était au delà de ça : elle vivait avec, voilà tout. Central, le Comte, quelle différence à part qu'il était loin d'elle... Elle n'était pas juste pas triste de s'être tirée de cet endroit. Peut-être... Peut-être serait-ce même plus facile pour elle d'avancer dans ces conditions ? Se départir de ce qu'elle avait vécu jusque là...

    Elle chassât aussitôt cette idée de son esprit, étouffa les prémices d'espoir qui l'assaillaient. Aucune chance. Rendons nous à l'évidence, rien ne changeait. Les choses étaient aussi constantes autour d'elle, seul le fait d'avoir pu le rencontrer, presque miraculeusement, lui rendait une once de sa légèreté. Sans lui, à Central comme ailleurs, elle n'était rien d'autre qu'une enveloppe vide, un pantin docile et placide qui observait sans jamais prendre parti. Elle n'aurait jamais sa force. Tout ce qu'il s'était passé... Était arrivé, voilà tout. Ça ne changeait rien à qui elle était, rien à ce que lui réservait l'avenir. Son paysage était toujours le même, fade et silencieux... Pire, elle était la marionnette de son propre corps, l'instrument de volontés autres que la sienne jusqu'à dans sa chair.
    Elle détestait tellement cette sensation insupportable, cette bête affamée dans sa poitrine qui hurlait à la mort, qu'elle aurait pu s'arracher la peau de ses propres ongles si ça avait suffit à la trouver et à l'arracher, la jeter loin d'elle. Mais ça n'arriverait jamais. Voilà tout, fin de l'histoire.

    Son visage s'assombrit, en réponse à celui de Gregory. Le voilà déjà qui redevenait le froid corbeau de Central. Son visage soudain prenait l'expression impassible du pion qu'il singeait être, et tout ce qu'elle aimait en lui se retrouvait caché sous une couche épaisse de mensonge. Ses mots étaient doux encore, pourtant, et elle sentit son cœur se serrer. Elle ne serrait jamais... Jamais ce qu'il voulait, et surtout elle ne serait jamais ce qu'il méritait. Ce n'était pas de l'auto-dépréciation d'une adolescente mal dans sa peau, c'était simplement la vérité. Elle ne pouvait pas l'ignorer ni l'oublier et c'était douloureux, mais... Mais elle ne pouvait pas plus disparaître, faire demi-tour. Avoir conscience de sa propre déficience... Ça ne la rendait pas plus encline à le laisser partir. Elle ne le rendrait jamais heureuse, mais pour la première fois elle était égoïste : elle refusait de renoncer à lui pour ça. Ce serait stupide, ridicule même de faire une telle chose. Tant qu'elle pouvait... Profiter de la douceur dans sa voix, elle seule, elle se sentirait privilégiée, la plus choyée des femmes.

    Elle hésita un long instant, alors qu'il replaçait soigneusement ses plumes de corbeau une à une, son visage redevenu un masque calme. Elle lutta un instant contre elle-même, et elle perdit. Finalement, la pudeur, la réserve, qui sait ? L'emporta et elle se détourna. Elle n'était pas capable encore si tactile. Ca faisait bien trop d'années que ses seuls contacts avaient été pour frapper ou pour tuer. Depuis toujours, peut-être. Et elle répugnait toujours autant à se laisser approcher... La voilà partagée entre l'envie de lui montrer, lui prouver la dimension de cette éprouvait, et celle primitive d'éviter toute approche. Et finalement, ce fut la dernière qui l'emporta. Alors, avec un bref hochement de tête, son visage redevenu de marbre se détourna totalement et Nerátzo s'éloigna, à pas vifs et fluides. Droit vers son objectif... Ses prochaines proies.

    Jusqu'à ce que l'on se croise à nouveau...
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Re: Envol de la corneille [Gregory]
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