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 Casse-toi d'ma cabine ! - Terry

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Casse-toi d'ma cabine ! - Terry
Dim 30 Oct - 23:24

CASSE-TOI D'MA CABINE !


L'agitation était à son comble dans les cabines. Chacun essayait de brailler plus fort que son voisin pour se faire entendre. On se poussait dans les couloirs et les sacs, valises ou provisions passaient par-dessus les têtes pour dépêcher la manœuvre générale. Sur le pont, l'atmosphère était aussi houleuse que les vagues de l'océan. Certains matelots restaient à la rembarre pour aider les premiers naufragés à monter à bord, pendant que les autres réorganisaient l'agencement général prêté au navire jusqu'alors. La surprise les avait tous pris au dépourvu.

Dylan se trouvait elle aussi sur le pont. Assise sur son unique valise, elle regardait l'équipage s'activer et les autres passagers attendre tout comme elle les nouvelles instructions. Il ne lui avait fallu que deux minutes pour ranger les quelques affaires qu'elle possédait et libérer sa cabine. Cachée sous son chapeau de paille, le visage à moitié dissimulé derrière sa paire de lunettes aux verres opaques, elle appréciait d'assister à un spectacle si emprunt d'humanité, malgré la tragédie par lequel il était engendré. Le voyage de plaisance d'un bâtiment modeste, au nombre de passagers modestes, s'était transformé en mission de sauvetage lorsque la vigie découvrit, à l'horizon, l'épave fumante d'un paquebot malchanceux. Il sembla naturel de porter secours à ses occupants, malgré les protestations égoïstes de certains passagers. Un jeune couple en lune de miel ne voulait pas ternir leur confort pour autrui, et un groupe de vieux hommes désiraient par dessus tout éviter la présence d'un trop grand nombre d'étrangers à leurs côtés. Ils étaient tous là, près de l'Orpheline, à attendre leurs nouvelles cabines. On pouvait encore entendre leur mécontentement, qui par ailleurs pouvait se justifier : le voyage se terminerait avec des provisions strictement rationnées et un bouleversement dans le partage des cabines. D'autres se faisaient plus discrets, comme cette famille qui prenait soin d'expliquer la situation à leurs enfants, ou ce jeune homme isolé qui ne se mêlait à personne.

Pour ne rien arranger, le temps n'aidait personne. Il faisait très beau, pas un seul nuage ne se dressait à l'horizon. À cette période de l'année, et au cœur de l'océan Atlantique, cela était synonyme d'un froid mordant. Un vent humide et salé fouettait les visages et creusait des engelures sur les mains pendant qu'un soleil éblouissant brûlait la rétine en se reflétant sur l'azur de l'eau, à perte de vue. Dylan elle-même, qui eut toujours la chance d'être très peu sensible au froid, du se couvrir plus que de coutume pour ne pas trembler. Dans sa longue robe orangée, comme elle n'avait pas l'habitude d'en porter, qui laissait nus les bras et le dos, elle fumait une cigarette, une épaisse écharpe rouge déployée depuis ses épaules pour la confiner dans un minimum de chaleur et couvrir ce que son vêtement ne couvrait pas.

Elle n'était pas un passager désagréable, mais avait évité au maximum de se mêler aux autres. Toutes les cicatrices blafardes le long de ses bras ne rassuraient personne lorsque leurs regards se posaient dessus. Mais actuellement, elle portait également sur le visage des marques plus terribles encore qui laissaient présager du terrible sort que quelqu'un lui avait infligé. De nombreuses journées s'étaient écoulées depuis son départ de Central, et ses blessures s'étaient doucement refermées. Mais on voyait encore sur sa lèvre inférieure deux coupures rougeâtres, et derrière ses lunettes un œil cerné d'une peau violacée. Sa joue était encore rouge mais avait dégonflé. Les douleurs à la mâchoire s'étaient enfin éteintes.

Hormis une tenue vestimentaire colorée, Dylan Matthews n'avait plus rien de la séductrice fatale qu'elle fut autrefois. Elle paraissait bien plus fragile et lamentable. Ceux qui avaient croisé son visage l'avaient prise en pitié, pensant qu'elle fuyait un homme trop violent ou un mariage forcé. En réalité, elle retournait auprès d'un homme admirable, et d'une famille qu'elle s'était construite. Il lui arrivait de verser des larmes, lorsqu'elle se remémorait cette chance infinie qu'elle eut, alors qu'elle se voyait mourir dans sa geôle, battue à mort par un Inspecteur qu'elle s'était jurée de retrouver un jour.

Le pont se remplissait de personnes trempées et frigorifiées. Des personnes âgées, des personnes jeunes. Certaines semblaient très riches, et d'autres très pauvres. L'Orpheline les dévisageait d'un œil attristé. Depuis qu'elle s'était défaite de ses propres malheurs – bien qu'elle fut encore loin d'en être véritablement libérée – elle se découvrit une profonde empathie envers autrui. Quelque chose que Central lui avait pourtant retiré quelques années auparavant.

J'vais vous conduire à vot' cabine, mam'zelle, si vous v'lez bien m'suivre, annonça un matelot en approchant Dylan.

Elle le suivit, valise en main, après avoir esquissé un sourire réconfortant à un enfant rescapé du naufrage. Sa curiosité la poussait à demander plus d'informations quant aux événements qui les avaient conduits jusqu'ici, mais la décence et le respect le lui interdisaient plus encore.

C'un peu moins l'luxe qu'avant, nous en voyez désolé. On réunit tous l'naufragés ensemble, mais du coup vous vous réc'pérez les lits.

Il la laissa à la porte d'une chambrette à l'espace fortement réduit. Une odeur de viande faisandée flottait dans l'air, comme si le local avait servi à entreposer les provisions. Ce qui mettait la puce à l'oreille, c'était les bottes d'oignons accrochés au mur et un tonneau sur lequel on pouvait lire « provisions », dans un coin. De chaque côté de la porte, deux lits pour une personne longeaient les murs. Deux lits...

Elle se contenta de soupirer.

Alors qu'elle fouillait sa valise à la recherche de cette petite bouteille d'eau-de-vie française qu'elle avait embarquée avec elle, la voix du matelot qui l'avait accompagnée ici s'éleva de l'autre côté de la porte.

V'là, c'est ici pour vous m'sieur. Vot' nouvelle part'naire y est d'jà. D'solé mon gars, t'es tombée avec Quasimodo. C'comme ça qu'on l'appelle dans l'équipe. Sûr qu'c'est pas l'meilleur morceau du bâtiment.

Malgré sa tentative de discrétion sur ses derniers propos, Dylan écouta chacun des mots prononcés. Elle se fichait bien de ce que pouvait penser cette bande de gorilles ! Mais alors pourquoi était-elle aussi contrariée ?

La porte s'ouvre enfin. Elle tourne la tête et dessine, avec difficulté, un fin sourire sur son visage. Il restait de nombreux jours de voyage, elle espérait les passer dans l'ambiance la plus correcte qui soit.



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Re: Casse-toi d'ma cabine ! - Terry
Lun 31 Oct - 17:28
Il fallait forcément que quelque chose ne se passe pas comme convenu. Le jour où il peut enfin embarquer sur un rafiot sans trop de monde, il faut que le destin lui colle un naufrage dans les pattes. Ah, ce que ça peut être agaçant. Le voilà donc, sur le pont, à observer l'équipage s'affairer autour des rescapés, les femmes éplorées, ou encore les gosses qui regardent autour d'eux avec curiosité, inconscients de ce qu'ils viennent de traverser. Terry pousse un profond soupir, les bras croisés et son sac flanqué dans le dos ; toute cette agitation a fini par conduire le capitaine à procéder à une réorganisation des cabines.

Quelle plaie !

L'apprenti Bookman se retrouve donc au milieu de l'océan et sur le point de devoir partager sa chambre avec un parfait inconnu. C'est au-delà de sa tolérance. La seule personne avec qui il a pu partager une chambre, ce fut avec son mentor. Et bordel, ce qu'il pouvait ronfler l'animal ! Le brun finit par se pincer l'arrête du nez, laissant un nouveau soupir franchir ses lèvres. Pourquoi faut-il que ça tombe sur lui ? Comme s'il n'avait pas autre chose à faire !

Néanmoins, il n'omet pas de noter dans sa mémoire la date et l'heure estimée du naufrage. D'un rapide regard, il parvient à donner un nombre approximatif des rescapés ; Terry ignore ce qui a pu causer le naufrage de l'autre navire, mais l'information se doit d'être retenue. Chaque infime détail peut avoir son importance. Un matelot attentionné, un rescapé trop instable.

Ou encore cette passagère qui semble vouloir passer incognito malgré une robe de couleur criarde et des blessures ici et là.

Au bout de ce qui lui paraît être une interminable attente, on finit enfin par l'interpeller pour le conduire à sa nouvelle cabine. Terry suit docilement le matelot ; qu'ils en finissent une bonne fois pour toute afin qu'il puisse replonger le nez dans ses livres pour trouver des quelconques traces du 14ème. Et, alors que l'odeur trop présente de la nourriture commence à agacer Terry, le marin s'arrête devant une porte qu'il lui présente. Avant de lui faire part de son petit commentaire.

« V'là, c'est ici pour vous m'sieur. Vot' nouvelle part'naire y est d'jà. D'solé mon gars, t'es tombé avec Quasimodo. C'comme ça qu'on l'appelle dans l'équipe. Sûr qu'c'est pas l'meilleur morceau du bâtiment. »

L'apprenti Bookman toise alors son interlocuteur, ne lui répondant que par un soupir désintéressé ; peu importe qui se trouve derrière cette porte. Aristocrate ou clocharde, il s'en moque royalement. Du moment qu'on lui fout la paix, Terry ne demande rien d'autre. Alors, lorsque la porte s'ouvre, dévoilant une jeune femme dans une robe orange -celle du pont, tiens- Terry ne peut que voir ce sourire sur les lèvres de sa camarade de cabine. Lui ne sourit pas. Il la regarde de haut en bas sans s'en cacher avant de pousser un énième soupir.

De toutes les personnes à bord, pourquoi faut-il qu'il se retrouve avec une femme battue qui risque d'en profiter pour parler de sa vie, de ses déboires, et chouiner en espérant attirer sa pitié ? Et vêtue d'une robe qui frôle l'indécence tant sa couleur lui attaque la rétine, par dessus le marché ! L'apprenti tourne alors la tête vers le matelot.

« C'est une blague ? »
« Eh non, m'sieur ! C'est c'te cabine là. »
« C'est une femme. »

Le matelot affiche un sourire et, malgré les commentaires faits plut tôt -déplacés il est vrai, mais Terry s'en moque- le marin semble amusé par la situation et ne manque pas de placer une bonne tape dans l'épaule de l'apprenti qui, presque déstabilisé, pénètre dans la cabine en manquant perdre l'équilibre. Et la porte se referme sur le sourire étrange du matelot. Le genre de sourire plein de sous-entendus qui décrit aisément les pensées d'une personne. Terry pousse un nouveau soupir, se pinçant l'arrête du nez avant de relever la tête vers la jeune femme. Doit-il la saluer ? Il n'en a clairement pas envie. Entamer le dialogue serait lui laisser une chance de faire ce qu'il craint ; se plaindre et pleurer pour qu'il s’apitoie sur son sort.

Mais ne pas lui parler serait lui tendre la perche pour que son agressivité fasse surface. Alors elle le traiterait de goujat, ou de n'importe quel outre nom d'oiseau. Bref, elle deviendrait particulièrement bruyante. Et Terry a besoin de calme. Ah, comme les femmes sont bien compliquées. L'archiviste délaisse alors ses affaires sur l'un des deux lits ; la jeune femme ayant vraisemblablement déjà choisi le sien. Terry, lui, pourrait dormir par terre, il s'en moque bien. Et ce ne serait guère la première fois. Le brun finit par adresser un regard à sa voisine de lit.

« Désolé pour ça. »

Bien que Terry ne soit pas homme à profiter de ce genre d'opportunités du fait de sa condition -et de son désintéressement- il estime qu'une femme ne devrait pas se retrouver seule avec un homme dans une chambre s'ils ne sont pas mariés. Ou alors dans le cas où il s'agirait d'un homme souhaitant prendre un peu de bon temps avec une catin. Peu importe. Terry ne peut s'empêcher de fixer cette hideuse robe criarde, bon sang comme ça attire l'oeil. Foutues couleurs criardes. Finalement, ses yeux observateurs se calent sur son visage, sur la manière dont elle se tient, sur sa valise ; chaque infime petit détail.

Il finit par lui tourner le dos, sortant de son sac quelques livres et de quoi écrire.

« Pas la peine de vous inquiéter, il se passera rien. Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles. »

Et quelque chose lui dit que, de toute évidence, s'il voulait tenter quoi que ce soit, elle saurait se défendre. Ses yeux ne le trompent pas et il n'est pas réellement dupe ; une femme qui se fait battre par son époux a rarement le courage de quitter le foyer. Et encore moins dans une tenue aussi tape à l'oeil. De plus, il n'y a aucune alliance à son doigt, ou même de trace de sa présence. Conclusion, elle n'a jamais été mariée. Peut-être n'est-ce qu'une amante que l'on a voulu faire taire, mais là encore, une femme aurait choisi la discrétion vestimentaire.

Terry finit par s'installer en tailler sur son lit, ouvrant ses livres et attrapant une feuille et sa plume, prêt à y consigner la moindre information.

« Ne faites pas attention à moi, faites ce que vous voulez. Mais ne faites pas de bruit. »

S'il vous plaît et merci ? Non ? Bon, tant pis.
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Re: Casse-toi d'ma cabine ! - Terry
Lun 31 Oct - 19:01

CASSE-TOI D'MA CABINE !


Elle faisait face à cet homme vu plus tôt sur le pont. Seul et détaché de tout le monde, son visage fermé donnait une idée du personnage : solitaire et misanthrope. Dylan le savait, car c'était une expression que l'on croisait souvent à Central, et qu'elle avait longtemps pu admirer dans le reflet du miroir.

« C'est une blague ? » furent ses premiers propos, non pas en découvrant sa cabine attitrée, mais la camarade avec laquelle il allait la partager. Pour l'ambiance, on repasserait. La ''blague'' détourna le regard et se renfrogna, concentrant la colère qui l'envahissait sur le mur qui lui faisait face. Ses paupières devinrent lourdes derrière les lunettes qu'elle n'avait pas pris soin d'ôter, lasses des remarques faites à son égard, et un nouveau soupir s'échappa de ses lèvres fines.  

Quelques propos sexistes plus tard, le matelot les abandonna à leur sort. Dylan lança au coin de son lit le chapeau qui trônait sur sa tête et les lunettes sur son nez. Vraisemblablement plus vexée qu'elle ne le croyait, ses accessoires s'écrasèrent plutôt contre le mur avec force et tombèrent entre le pied du lit et un tonneau odorant. Elle n'avait étrangement plus tellement envie d'échanger avec son camarade, qui se donnait ce genre ténébreux. Sans doute pour paraître cool.

Pas la peine de vous inquiéter, il se passera rien. Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles, entendit-elle dans son dos.

Comment ça, il ne se passerait rien ? Pour qui la prenait-il, une putain de bas-étage ? Une femme insatisfaite, aux fantasmes étranges mêlant soute d'un navire et relents de nourriture renfermée ? Elle serra les poings et ne quitta pas son mur des yeux. Dylan n'avait que peu eu l'habitude des remarques désobligeantes à l'égard des femmes. Auparavant, son visage de glace suffisait à faire taire les bouches les plus lubriques. Alors quoi ? Une robe et quelques contusions la transformaient en une fragile chose sur laquelle on pouvait déblatérer les pires conneries ?

Au moins s'était-il excusé. Avant de la reluquer avec force. Elle était en effet certaine d'avoir senti un regard la toiser avec jugement. Mais il s'était excusé. Il s'était excusé. Peut-être était-ce une bonne personne, pour s'être excusé. Bien sûr, Dylan savait que mélanger homme et femme était encore mal vu. Il ne voulait certainement pas offenser sa décence. Voilà pourquoi il s'était excusé...

Ne faites pas attention à moi, faites ce que vous voulez. Mais ne faites pas de bruit.

Ah, non. C'était juste un abruti.

Elle était prête à faire volte-face pour lui coller un marron, quand la pensée de Jade vint immédiatement apaiser sa fureur. Souvent, lorsqu'elle perdait ses moyens, Dylan réfléchissait par les yeux de sa défunte amante. Comment aurait-elle réagi ? Elle serait sortie de la pièce pour aller pleurer dans un coin isolé. Non, mauvaise réaction. L'Orpheline ne voulait pas donner raison à un individu de cette espèce. Partager une chambre avec un inconnu, c'était un jeu de territoire. Mais elle n'était pas consentante à l'idée d'un combat. Et elle préférait ne pas avoir à uriner autour de son lit.

Elle n'appréciait pas l'adage qui voulait que l'on réponde à un imbécile par le silence. À ses yeux, on provoquait la provocation. Elle était plutôt douée pour cela. Et puis, si l'on insistait pour voir en elle une désagréable présence, autant se donner les moyens pour l'être au maximum.

Se laissant tomber lourdement sur le matelas aux ressorts grinçant, elle glisse dans le coin du mur et s'y adosse dans un long soupir de soulagement. Elle se redresse, fait résonner le cliquetis des ressorts rouillés de son lit, fouille dans sa valise sans retenue et s'installe à nouveau, sa flasque d'eau-de-vie à la main.

Je vous demanderais bien de ne pas faire attention à moi non plus, mais cela me paraît tardif. Par contre, il faudra payer si vous voulez me reluquer un peu plus longtemps.

Elle défait le bouchon de la petite bouteille et en boit une bonne gorgée. La liqueur lui brûle la gorge et explose dans son estomac, libérant un vent de chaleur dans tout son corps. Elle frissonne et grimace en secouant la tête.

Dites donc ! Ce n'est pas pour les lopettes, ça. Pardonnez le vacarme, mon bon seigneur. C'est à cause de ma bosse, vous comprenez ? Difficile de se faire discret quand on passe son temps à sonner les cloches.

Elle aurait voulu se féliciter, mais son esprit était trop échauffé par les mauvais propos qu'elle avait entendu. Elle détourna le visage pour perdre son regard étincelant dans le vide. Ses traits s'étaient déjà détendus. Non pas comme quelqu'un d'apaisé ou de détendu, mais en une moue de mélancolie.

Le sentiment de solitude ne lui réussissait guère, depuis quelques temps. Et peut-être qu'être désagréable ne lui plaisait plus tellement.

Puis de boire une nouvelle gorgée, et de grimacer en frissonnant.



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Re: Casse-toi d'ma cabine ! - Terry
Sam 5 Nov - 13:54
Terry il est déjà dans sa bulle, déjà plongé dans ses livres ; il nage à travers les mots, en cherche le sens, les secrets. Tenant un livre d'une main et écrivant de l'autre, le reste n'a pas d'importance pour lui. Même cette entêtante odeur de nourriture régnant dans la pièce ; il aurait pu tomber sur pire. Et puis le confort, pour lui, ce n'est qu'un détail. Dormir à même le sol ne le dérange pas, du moment qu'il a un coin à lui pour faire son travail et ses recherches, ça l'importe peu. Et quoi de mieux que le calme pour effectuer un travail efficace et approfondi ?

Oui, mais c'est sans compter sur sa nouvelle partenaire de chambre qui, sans aucune retenue visiblement, se laisse tomber lourdement sur son lit, en faisant grincer le bois. Allez, ce n'est pas grave Terry, elle doit être fatiguée pour s'être laissée tomber de la sorte ; comprendre avec la grâce d'un pachyderme au cerveau atrophié, dans le langage de l'archiviste. Il ne relève même pas le nez de son livre, poursuivant son ouvrage.

Sauf que, une nouvelle fois, la jeune femme ne se prive pas de mettre un soin particulier à faire du bruit en fouillant dans sa valise. Terry ferme les yeux, ses doigts se crispant sur sa plume ; il inspire puis expire. Allez, elle va vite se calmer et s'endormir, ou même allé faire un tour sur le pont pour jouer les saintes auprès des naufragés.

« Je vous demanderais bien de ne pas faire attention à moi non plus, mais cela me paraît tardif. Par contre, il faudra payer si vous voulez me reluquer un peu plus longtemps. »

Ah, là, il ne peut pas ne pas relever la tête. Il toise la jeune femme avec un tel regard de désintérêt et de perplexité qu'il ne lui faut pas bien longtemps pour replonger le nez dans son livre. Ce n'est décidément pas son genre de regarder les femmes avec de telles motivations. Ça ne l'intéresse pas, ne l'intéressera probablement jamais. Et, de toute évidence, si c'était réellement le cas, il aurait tantôt eu fait de se choisir une plus belle femme qu'une estropiée ignorant la signification de « ne faites pas de bruit ».

Bientôt, le bruit d'un liquide dans un récipient se fait entendre ; pas que ça le dérange à proprement parlé mais si elle continue à exagérer ses gestes pour faire le plus de bruit possible, il finirai par exploser.

« Dites donc ! Ce n'est pas pour les lopettes, ça. Pardonnez le vacarme, mon bon seigneur. C'est à cause de ma bosse, vous comprenez ? Difficile de se faire discret quand on passe son temps à sonner les cloches. »

Ah. Bon. Trop tard.
Terry pousse un profond soupir, quittant son ouvrage des yeux pour mieux les planter sur son interlocutrice. Son regard est sombre, furibond, comme les yeux d'une personne se levant du mauvais pied. Sauf que Terry a toujours cette gueule de mal luné. Surtout lorsqu'on trouble sa quiétude. Et bordel de merde qu'est-ce qu'elle pouvait déjà être emmerdante cette bonne femme là !

« Étonnant que vous sachiez la signification du mot discrétion alors que vous n'comprenez même pas ce que veut dire « ne faites pas de bruit ». »

Sa langue claque contre son palais lorsqu'il la voit détourner la tête, changeant d'expression ; ah bordel, il est tombé sur une alcoolique lunatique, c'est ça ? Elle va passer de l'agressivité à la bêtise sans oublier le chagrin et la joie. C'est bien sa veine à lui. Terry émet un petit grognement, attrapant une autre feuille, la précédente étant déjà intégralement remplie.

Soudain, on frappe à la porte. Aucun ne bouge et, finalement, au bout de la deuxième série de coups, Terry se pince l'arrête du nez, abandonnant ses ouvrages et sa plume pour aller ouvrir la porte à la volée, n'offrant à l'importun qu'un regard sombre et énervé.

« Quoi encore ? Vous avez ramassé un baleineau blessé et je dois lui laisser mon lit ? »

Et des paroles bien acerbes. Cela va de soit.
Le matelot, différent du précédent, balbutie ; il ne s'attendait certainement pas à un tel accueil sarcastique. Le regard de l'archiviste glisse vers ce qu'il tient dans ses deux mains ; deux bols d'une mixture sans nom. Probablement de la soupe. Terry soupire avant de tendre les mains pour réceptionner la nourriture ; service en cabine, quel luxe. Le brun lâche un remerciement avant de s'écarter de la porte et de la refermer à l'aide de son pied.

Le contenu des bols ne lui semble pas fameux mais il est loin d'être une fine bouche ; ça suffirait. De toute façon, il n'a pas vraiment faim. Il n'a jamais faim Terry. Faim de savoir uniquement. Ce que Renoir lui reprochait bien assez régulièrement. Le jeune apprenti s'approche alors de la couche de la jeune femme, lui tendant son bol sans lui adresser un regard.

Il s'attend à ce qu'elle ne le prenne pas, mais elle le fait tout de même. Surprenant, en réalité. Il ne comprendra décidément jamais les femmes et leurs sauts d'humeurs. L'archiviste va donc s'asseoir sur le rebord de son lit, prenant un soin particulièrement méticuleux à ne pas prendre le risque de salir ses livres ou ses écrits. C'est bien la seule chose dont il prenne soin.

Pendant son repas, Terry ne peut empêcher ses yeux de vagabonder ; déformation professionnelle, dirons-nous. Ses pupilles se posent sur la valise de la jeune femme puis sur la propriétaire, tout simplement. Quelque chose cloche chez elle, il n'a pas encore mis le doigt dessus. Il termine bien vite son bol avant de le déposer au sol, retournant à ses archives.

« Je n'aime pas me répéter mais merci de rester silencieuse pendant que je travaille. » Il marque une pause avant de réaliser que, ce genre de femme, ça aime la politesse. « Merci. »
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Re: Casse-toi d'ma cabine ! - Terry
Dim 6 Nov - 18:00

CASSE-TOI D'MA CABINE !

Ce n'était pas du remord. Encore moins de la culpabilité. Pourtant, Dylan n'était pas fière de son comportement. Cela ne concernait pas son compagnon de chambrée, qui méritait qu'on lui remette les idées en place. Elle était son unique problème. Depuis la disparition de Jade, l'Orpheline n'était plus capable de contempler son reflet dans un miroir. Elle était en perpétuelle guerre contre elle-même. Les nombreuses cicatrices qui courraient le long de ses bras en attestaient. Mais avec Ethan et sa fille, ces sentiments douloureux s'étaient atténués, car elle avait dévoilé une lumière enfouie en elle, une bonté insoupçonnée jusqu'alors. Elle aimait cette Dylan douce et sensible, car ce n'était pas l'Âme de Pierre qui avait planté un couteau dans le cœur de son amante. Elle était devenue autre chose, qui se détachait d'un passé sanglant. En agissant de la sorte avec le brun ténébreux, elle renouait un sinistre lien avec la femme qu'elle fut auparavant. Celle qu'elle ne voulait plus voir, qu'elle ne pouvait plus supporter.

Elle ignora la remarque faite à son égard. Il avait bien eu raison de riposter. Les caractères forts étaient les plus appréciés. Néanmoins, il ne semblait pas comprendre qu'un peu de respect dans ses propos pouvaient changer cette charmante relation installée entre eux. On ne commandait pas à une inconnue de se taire. On demandait, avec un soupçon de politesse, de ne pas le déranger. Et si Dylan tenait à ce respect, duquel elle ne s'était aucunement encombrée ces deux dernières années, c'était pour la même raison que la désagréable impression que son comportement lui faisait ressentir : pour ne pas renouer avec l'Âme de Pierre. Son échec à Central lui avait prouvé combien elle n'avait plus la force de supporter sa propre cruauté. Sa carapace cédait au moindre souffle de vent.

Recroquevillée, à gober régulièrement le goulot de sa flasque pour avaler un peu d'eau-de-vie, elle restait silencieuse et ne réagit point lorsqu'on cogna à la porte. C'était à peine si elle remarqua l'agitation produite par la visite impromptue d'un matelot, qui força le jeune homme sur son lit à prendre sur lui pour ouvrir la porte. Elle n'entendit ni les propos acerbes lancés ni la raison de cette venue.

C'est un mouvement dans son champ de vision qui l'extirpa de ses pensées et la fit revenir sur terre. L'inconnu, avec qui elle partageait malgré elle une certaine intimité, lui tendait un bol de soupe fumante. Elle lui jeta un œil, mais lui ne daignait même pas la regarder. Elle se contenta de prendre le breuvage.

Merci... souffla-t-elle, d'une voix brisée, imperceptible.

Elle venait de comprendre. C'était la honte qui l'accablait ainsi. Elle avait honte de l'immaturité avec laquelle elle avait engagée une conversation qui se terminait maintenant. Bien sûr, son compagnon de cabine n'était pas sans tort. Il faisait preuve d'un cruel manque de capacité relationnel, et d'une subtilité toute bénéfique dans des situations telles que celle dans laquelle ils se retrouvaient prisonniers.

Durant la dégustation d'une eau chaude vaguement assaisonnée et infusée de légumes et de lard de viande, l'atmosphère dans la pièce se fit plus morne que jamais. Dylan n'osait pas relever les yeux, et lorsqu'elle s'y risquait, elle était certaine de voir le crétin de l'autre côté l'observer. Elle n'en pipa mot pourtant, car elle ne voulait pas paraître paranoïaque. Ne manquait plus qu'à lui donner plus matière encore à la juger.

Je n'aime pas me répéter mais merci de rester silencieuse pendant que je travaille. Merci. 

Quand les formes y étaient mises, la pilule passait bien plus facilement. Elle vida son bol et le posa doucement par terre. D'un air timide mais curieux, ses yeux osèrent se perdre dans les papiers que le... l'écrivain ? remplissait à vive allure d'une manière confuse et brouillonne. Une seconde à peine l'admira-t-elle à l’œuvre, pour ne pas se faire repérer ni paraître déplacée. Néanmoins, il resterait toujours plus déplacé qu'elle. Elle en était persuadée. Il ne leur avait même pas laissé le temps de se présenter. Quand bien même aucun lien n'allait être créé – ce qui ne la dérangeait pas le moins du monde – Dylan insistait pour que règne dans la cabine une entente appréciable et un respect mutuel.

Elle leva ses yeux d'émeraude vers lui, pleine de bonne volonté.

Je... commença-t-elle.

Le nez dans sa plume, il grattait le papier comme si sa vie en dépendait. Il paraissait ne plus respirer, retenir son souffle jusqu'au point final. Ses yeux bougeaient très vite, pour se relire, chercher une chose ou une autre dans d'autres écrits. Il était parti dans un monde en dehors de la réalité.

Je m... reprit-elle, sans qu'elle ne parvienne à imposer sa voix.

Oh, et puis merde. Il n'en avait rien à fiche de son prénom. Quand bien même il s'y serait intéressé, Dylan était morte, et elle se devait de le rester. À quoi bon forcer la conversation si c'est pour en faire une simple comédie, où les premiers mots porteraient l'odeur du mensonge, à travers un faux nom ?

Une dernière gorgée d'eau-de-vie, avant de poser sa valise par terre, sans prendre soin de la fermer, puis de jeter sa flasque sur le matelas voisin, aux pieds de son compagnon d'infortune. Glissée sous la couverture dont elle n'était pas capable de deviner la matière – une laine particulièrement urticante ou des orties tressés ensemble – elle lui tourna alors le dos. Il ne lui fallut que quelques minutes pour s'endormir. Après de très longues semaines d'insomnies, le sommeil était revenu en force et lui accordait un repos lourd dès lors qu'elle fermait les yeux. Parfois en pleine journée, parfois en pleine nuit. Son horloge interne avait beaucoup de mal à retrouver un rythme correct. Dans cette cabine, elle n'avait aucune idée de l'heure à laquelle elle s'endormit.

Une seule constante : chaque fois que ses paupières étaient closes, Dylan murmurait quelques mots à elle-même. Un souhait... pour ne pas être agressée par les fantômes du passé.

Parfois, cela fonctionnait. Mais parfois...

______________


Le souffle saccadé et le cœur battant à un rythme effréné, Dylan s'éveilla en sursaut, une vive douleur dans le bras. Elle se redressa et quelques secondes durent passer avant qu'elle ne se rappelle pourquoi elle se trouvait dans une cabine inconnue. Ses joues humides lui montraient qu'elle avait pleuré, sa main encore crispée, qu'elle s'était sans doute agitée. Et le sang sur ses draps, d'où venait-il ? Au milieu de ses cicatrices, les traces d'ongles profondément enfoncés dans sa peau saignaient encore en abondance. Elle prit une minute, assise, pour calmer sa respiration.

Après un juron murmuré, elle se leva et essuya le sang de son bras avec sa robe, qu'elle ôta le plus silencieusement qu'elle put. Impossible de reprendre son souffle dans une cabine aussi étroite et à l'odeur aussi tenace. Sans prêter attention au lit voisin, elle fouilla dans sa valise et en tira son vieil uniforme, un pantalon noir et une veste carmin. Elle enfila le tout rapidement, glissa les pieds dans ses bottes rapiécées et disparut dans le couloir, un paquet de cigarettes dans une main et des bandages tirés de ses bagages dans l'autre.



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Re: Casse-toi d'ma cabine ! - Terry
Jeu 17 Nov - 14:51
Il entend des mots, mais aucune phrase concrète ne sort de la bouche de sa comparse de chambre. Pas qu'il ait été réellement curieux de savoir ce qu'elle avait à dire, mais pour qu'elle n'aille pas jusqu'au bout de sa pensée, c'est que quelque chose devait la déranger. Bah. Peu importe. Terry n'est pas là pour jouer les psychologues. Il n'est, de toute évidence, pas très diplomate et patient, alors inutile de vous faire un dessin.

Le silence devient alors maître, uniquement troublé par le paisible bruit de la plume de Terry sur le papier ; c'était un son apaisant pour lui, rassurant. Car, lorsque la fatigue était trop lourde pour lui et qu'il se laissait aller dans les bras de Morphée, Renoir, lui, continuait d'écrire. C'était, en quelque sorte, une berceuse sans paroles. Une musique sans instruments mais semblant suivre une régularité comme les notes d'une partition.

Terry est concentré, les yeux faisant l'aller-retour entre ses ouvrages, les notes laissées par son maître et ses propres écrits. Enfin, tout allait bien. Jusqu'à ce qu'un bruit vienne le tirer de cette quiétude studieuse. Si, la première fois, il crut rêver, il s'avéra rapidement que ce n'était pas le cas. Et la nuit fut longue. Très longue.

****

Quand les premières lueurs du jour traversent le hublot, Terry réalise qu'il aura encore une fois de plus passé la nuit sur son travail. Non pas que ça le dérange, loin de là ; son esprit en est satisfait, mais son corps le rappelle vite à l'ordre. Parfois, Terry s'étonne de voir à quel point l'un et l'autre sont en totale contradiction. Il a l'impression de n'être que spectateur de la dispute entre son corps et son esprit ; c'est un sentiment à la fois déroutant et amusant.

Il se dit qu'il aimerait volontiers un café pour pouvoir continuer mais, à sa connaissance, on ne sert pas de café sur un rafiot de ce type. Terry allait donc devoir dormir, quelle perte de temps. Le voilà qui s'allonge comme une loque sur son lit après avoir mis à l'abri ses écrits dans son sac. Le bras pendant hors du lit, face contre un oreiller à l'odeur douteuse, Terry s'endort rapidement, gagné par la fatigue.

Il n'est réveillé que deux ou trois heures plus tard par le réveil en sursaut de sa camarade. Terry la fixe avec des petits yeux encore endormis et une moue passablement contrariée ; il n'a jamais été du matin. Ni de la journée en fait. Bref, c'est Terry. Elle semble presque affolée, perdue ; son cauchemar a du être particulièrement réaliste puisque, à voir le sang sur son bras. Finalement, elle était du genre à se mutiler ? Sans compter ses sanglots et murmures incompréhensibles durant son sommeil ; manifestations qui l'ont troublé maintes fois durant son travail. Terry se dit alors qu'il a réellement le chic pour se retrouver avec des personnes étranges.

Elle finit par se lever après quelques instants, sans lui adresser un regard ; elle n'a probablement pas vu qu'il était réveillé. Peu importe, il retournerait sans doute rapidement dans les bras de Morphée, lui. Sauf que la demoiselle, non contente de l'avoir partiellement dérangé durant son étude, finit par aller plus loin. Trop loin, au goût de Terry. Et bien qu'elle ait la décence, ou la pudeur, ou quoi que ce soit d'autre, de lui tourner le dos, rien ne l'empêche de retirer sa robe.

Le visage de Terry vire alors de l'endormi à l'atterré. Elle est VRAIMENT sérieuse ? Loin de lui l'envie de la regarder se changer, il s'en moque éperdument. Mais bordel, la pudeur, chez les femmes, ça va de pair comme un chat et sa fourrure. Non ? Ah, quel bordel. Il s'apprête à détourner la tête lorsqu'il la voit sortir une veste qui le fait tiquer. La couleur, même dans cette pénombre, ainsi que les décorations sur le veston ; il sait d'où ça vient.

Une envoyée de Central, ici ? Sur ce rafiot de misère ? Perplexe, il la regarde sortir avec des bandages dans une main, des cigarettes dans l'autre, puis il se redresse, se massant la nuque. Les yeux plissés et les sourcils froncés, Terry fixe la porte, partagé entre la surprise et la curiosité. Central est une sorte d'organisation secrète, liée à la Congrégation. Techniquement parlant, il n'y a aucune trace d'eux, ils sont des ombres parmi les ombres. Il n'est au courant que de simples détails que Renoir a partagé avec lui ; tout ce qu'il sait, c'est qu'un des hauts gradés serait vraisemblablement un des disciples du 14ème. Mais Renoir n'a jamais pu réellement confirmer cette hypothèse ; Central est difficile à approcher. Voir impossible puisque le Vatican considère le 14ème comme un ennemi, aux dernières nouvelles. Alors quoi ?

Terry soupire et attrape son manteau, l'enfilant rapidement avant de mettre les pieds dans ses chaussures sans prendre le temps de faire ses lacets. Il sort de la cabine puis se dirige vers le pont tout en sortant une cigarette qu'il glisse entre ses lèvres. En arrivant dehors, il cherche sa voisine de lit du regard, la trouvant rapidement du fait de son nouvel accoutrement. Il hésite un moment avant de se masser la nuque et de se diriger vers elle, craquant une allumette pour enflammer le bout de sa cigarette avant de jeter l'allumette par dessus bord.

Il prend une bonne bouffée de tabac avant d'en expirer, après un moment, une volute de fumée qui se laisse emporter par la brise du matin. Une main dans la poche, il vient se caler contre la rambarde, à quelques pas d'elle, sans la regarder.

« Plutôt bruyante la nuit, pour une élite de Central. » Il la regarde du coin de l'oeil. « Enfin, je suppose que ceci explique cela. »

D'un mouvement de tête, il la désigne ; il veut parler des blessures, mais son geste n'est pas forcément adéquat pour ça. De nouveau, il extrait la cigarette de sa bouche pour en laisser échapper la fumée d'entre ses lèvres ; rien à dire, ça l'apaise encore mieux que le café.

« Que faites-vous ici, au juste ? »

Après tout, d'après leurs recherches, à lui et Renoir, il semblerait que la Congrégation ait, à disposition, un moyen de locomotion fort pratique pour aller d'un point A à un point B sans se fouler. Un héritage du 14ème que Terry aurait adoré pouvoir étudier. Mais ils n'en ont jamais su davantage. Pour le moment. Or, une élite de Central, ici, c'est presque comme voir un coquelicot dans un champ de marguerites ; improbable.
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Re: Casse-toi d'ma cabine ! - Terry
Ven 18 Nov - 11:10

CASSE-TOI D'MA CABINE !

Ses jambes la conduisaient inexorablement vers la source d'air frais la plus proche. Elle réfléchissait à peine aux couloirs empruntés. Ses talonnettes martelaient le bois à un rythme effréné. Ses joues encore humides rougissaient et sa respiration prenait de l'ampleur, comme si elle s'était élancée dans une course endiablée. Elle se concentrait sur le bandage qu'elle appliquait autour de sa nouvelle blessure. Avait-elle besoin d'une nouvelle cicatrice ? Ses bras en étaient déjà couverts.

Lorsqu'elle ouvrit la porte qui donnait sur l'extérieur, son souffle devint une épaisse fumée vaporeuse et un froid mordant la saisit toute entière. Ses bronches se frigorifièrent. Ces sensations, elle les appréciait énormément. Elles étaient ce qui la ramenaient à la réalité. Elle ressentait le froid et profitait de sa présence. Dylan aimait avoir froid, elle qui n'y était que peu sensible.

Elle avança jusqu'à la rembarre sur laquelle elle s'accouda, penchée en avant. La nuit se terminait aussi paisiblement qu'elle s'était écoulée. Une lune pleine commençait à s'effacer, emportant avec elle les milliers d'éclats qu'elle avait déposé sur l'eau. Celle-ci était calme, endormie. Aucun vent ne venait la perturber, comme aucun nuage ne venait cacher des yeux de l'Orpheline un océan d'étoiles qui se dissipait au-dessus d'elle, laissant la place à leur roi. Il se levait à l'horizon, embrasait le ciel d'encre de flammes orange et rosées. Elle aurait aimé être pareille à ce monde qu'elle contemplait : calme, paisible. Mais en elle s'était déchaînée une tempête qu'elle ne parvenait pas à maîtriser.

Elle n'eut aucune idée du temps passé à ne rien faire d'autre qu'observer l'aurore. Lorsqu'elle grilla enfin l'extrémité de sa cigarette, elle discerna dans son dos les échos d'un souffle, et les odeurs d'un tabac qui n'était pas le sien. Elle soupire imperceptiblement entre ses lèvres et ne prend pas la peine de se retourner. Le pont ne lui appartenait pas, elle n'était en aucun cas seul maître des lieux. Mais l'espace était suffisamment large pour que quiconque n'ait pas à venir s'adosser juste à côté d'elle.

En réalité, elle pensait avoir affaire à un marin, profitant des dernières minutes de calme avant de s'atteler à ses obligations, ou peut-être à un rescapé sauvé la veille, venant admirer l'aube d'un nouveau jour qu'il a la chance de pouvoir vivre. Mais le timbre d'une voix lasse et nonchalante détruisit les quelques tableaux optimistes qu'elle s'efforçait d'imaginer. Ce n'était ni un marin solitaire ni un naufragé reconnaissant.

C'était lui.

Plutôt bruyante la nuit, pour une élite de Central.

La concernée écarquilla ses yeux d'émeraude. Elle crut, une demi-seconde, avoir mal saisi les mots qu'on lui adressait. Pourtant, ils étaient plus clairs que l'eau sur laquelle ils naviguaient. Central. Il connaissait son existence. Il faisait partie de la Guerre Sainte. C'était à croire qu'elle avait bien plus d'importance qu'on ne l'imaginait, tant les rencontres que Dylan faisait y étaient liées. Elle s'efforçait de ne pas le regarder, et de reprendre un visage impassible.

Enfin, je suppose que ceci explique cela.

Il parlait très certainement de la veste qu'elle portait, ou bien de ses blessures. Elle n'en savait rien, car elle avait ignoré le geste dédaigneux qu'il lui avait adressé.

Ne pouvait-elle donc pas faire une pause ? Une simple pause, sans qu'on vienne s'intéresser à elle, sans qu'on essaie de la tuer, sans qu'on ne cherche à la menacer. Son seul désir était de rentrer pour prendre la toute petite Jade dans ses bras, et expliquer au père de cette dernière tout ce qu'elle avait vécu. Au lieu de cela, elle devait se battre jour après jour pour cesser d'exister. Même au beau milieu de l'océan Atlantique, son existence était un problème.

Que faites-vous ici, au juste ?

Elle tira une bouffée de tabac incandescent et prit le temps d'en souffler toute la fumée avant de répondre. Un geste détaché qui ne cherchait en vérité qu'à gagner quelques précieuses secondes qu'elle utilisait pour se calmer. Il lui fallait rester en parfait contrôle d'elle-même.

Je fume une cigarette et je parle à un crétin, rétorqua-t-elle finalement d'une voix grave.

Ses yeux se posèrent finalement sur lui. Il avait une main dans la poche et l'autre occupée à tenir une cigarette. Il n'avait vraisemblablement rien de menaçant ou de dangereux, mais restait pourtant quelqu'un de très curieux. Qui était-il donc ?

Elle porta à nouveau sa cigarette aux lèvres.

J'ai acheté cette veste pour trois fois rien à un clochard, à Paris, car je me suis faite voler la plupart de mes affaires. Il m'a dit l'avoir trouvée dans une ruelle où les bruits d'une bagarre ou d'une agression l'avaient attiré. C'est tout ce qui restait. Ça et quelques traces de sang.

Elle marqua une pause pour baisser les yeux sur son vêtement, comme pour l'analyser.

J'aime bien la couleur.

Elle porta de nouveau son regard sur cet indiscret compagnon, espérant qu'un si gros mensonge restait plausible. Après tout, elle n'avait plus rien d'un agent de Central. Ce fut bien la première fois qu'elle espéra que ces derniers mois de désespoir et de fuite lui seraient favorables, car ils avaient pu la rendre méconnaissable. Elle dessine un sourire moqueur sur son visage.

Ai-je vraiment l'air d'une élite, l'ami ? dit-elle en pointant du doigt différentes blessures. Désolée de vous décevoir, mais je ne sais même pas ce qu'est Central.

Mentir était peut-être la meilleure décision qu'elle prit. Car se confesser sur son identité, c'était se condamner. Se condamner par la main de son interlocuteur, ou se condamner à porter la sienne sur lui, afin d'assurer son silence.

Qui était-il ? Dylan n'avait aucune information à son sujet, hormis sa passion pour l'écriture et la lecture. Était-il le plus ennuyeux des Exorcistes ? Ou le descendant de Noé incarnant l'Irrespect ? Un agent de Central sous couverture ? C'était idiot... tous ces individus avaient les Arches pour se déplacer, pourquoi voyager en bateau alors ? Surtout lorsqu'on détestait vraisemblablement tout contact humain.

Il ne restait que trop peu d'options, pourtant Dylan n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.


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Re: Casse-toi d'ma cabine ! - Terry
Ven 18 Nov - 18:42
« Je fume une cigarette et je parle à un crétin. »

Terry hausse un sourcil, plus surpris par la puérilité des mots de la jeune femme que par leur sens. Il s'attendait à une réponse plus acerbe, plus sarcastique. Ah, il est déçu. Il la quitte alors du regard, ne cherchant pas à commenter des mots aussi enfantins ; y répondre serait encore plus puéril. Ce genre d'enfantillages ne l'atteint plus depuis longtemps. Gardant une main bien au chaud dans sa poche -la droite-, il extirpe sa cigarette un instant d'entre ses lèvres avec l'autre, laissant une fine traînée de fumée sortir de sa bouche, comme un ectoplasme d'un manoir lugubre.

« J'ai acheté cette veste pour trois fois rien à un clochard, à Paris, car je me suis faite voler la plupart de mes affaires. Il m'a dit l'avoir trouvée dans une ruelle où les bruits d'une bagarre ou d'une agression l'avaient attiré. C'est tout ce qui restait. Ça et quelques traces de sang. »

Terry laisse son regard se reposer sur son interlocutrice ; pourquoi les plus mauvais menteurs sont ceux qui tentent vainement de faire croire systématiquement n'importe quoi aux autres ? Le mensonge on l'a dans le sang ou on l'a pas. Et il évident que, à cet instant précis, le mensonge est absent de son sang. Il la laisse poursuivre, se retournant pour venir appuyer ses deux coudes contre la rambarde, ses prunelles vertes se perdant dans un horizon qu'il ne contemple que trop rarement.

« Ai-je vraiment l'air d'une élite, l'ami ? » 
« Je suis un ami maintenant ? »

Non pas que le « crétin » lui convienne mieux mais il n'a nullement l'intention de devenir l'ami de cette fille là. Ni d'aucune autre personne, de toute manière. Alors, oui, dans un sens, « crétin » a cette saveur de distance entre eux, donc c'est toujours mieux que « l'ami ».

« Désolée de vous décevoir, mais je ne sais même pas ce qu'est Central. » 

Terry soupire, terminant sa cigarette avant d'en jeter mécaniquement le résidu dans la mer ; mauvais exemple que voilà, mais on parle toujours de Terry. Donc rien d'étonnant jusqu'ici. Cette fausse plaisanterie n'a rien d'amusant pour lui, et il n'aime pas jouer au con en rentrant dans les rangs pour faire plaisir aux autres. Alors, tout en extirpant une nouvelle cigarette de son paquet avant de la porter à ses lèvres et de l'allumer, l'archiviste finit par laisser échapper ce qui s'apparente à un rire. Très bref mais surtout ironique.

« Vous mentez mal. » De nouveau, il se retourne, calant son dos contre le bois de la rambarde, laissant, cette fois, ses coudes appuyés dessus, et sa tête basculer en arrière, lui laissant le loisir d'observer la voûte céleste. « Je ne suis pas familier de ces gens-là. Mais une chose est sûre : en aucun cas ils seraient assez bêtes pour oublier l'une de leur veste sur les lieux d'un combat. » Légère pause, le temps de laisser la cigarette se nicher entre son index et son majeur. « Mais admettons. Je doute que le clochard vous l'aurait cédé pour si peu ; c'est un tissu de qualité qui se vend à bon prix. Et n'importe qui peut le voir, même le plus idiot des pochards parisiens. »

Terry n'aime pas se justifier, n'aime pas détailler ses hypothèses ; c'est une perte de temps trop conséquente. Mais, compte tenu de la situation, il n'a guère le choix ; il va passer un moment avec elle, dans cette cabine. Alors autant mettre les choses à plat. Il n'est pas particulièrement paranoïaque, loin de là, mais s'il venait à apprendre qu'il a été placé sous surveillance par le Vatican, ça l'énerverait un peu. Beaucoup. Car il ne veut foutrement rien avoir à faire avec ces culs-bénis par un soit-disant dieu. Rien que d'y penser, ça le fait soupirer. Il se pince l'arrête du nez puis poursuit sur sa lancée.

« Votre veste est pliée trop méthodiquement pour n'être qu'un simple vêtement acheté à un clochard. Vous en prenez soin par habitude, malgré vous. Je me trompe ? » Simple question rhétorique. « Et puis, dans l'fond, si vous ignorez ce qu'est Central, comment pourriez-vous savoir à quoi ressemble leur élite ? »

Terry n'esquisse aucun sourire de satisfaction ; c'est inutile. Renoir a été particulièrement sévère durant son apprentissage concernant l'observation et l'interprétation du moindre détail. Ce n'est plus simplement regarder, observer, c'est analyser. Il finit par hausser les épaules, fourrant, cette fois, ses deux mains dans ses poches. Sa tête redressée, il fixe les quelques marins qui commencent à s'affairer sur le pont.

« J'ai pas l'intention d'vous nuire d'une quelconque façon que ce soit, alors détendez-vous. Je n'suis ni Noé ni Akuma ni partisan. »

Il n'est qu'une ombre Terry, comme tous les autres Bookmen, mentors ou apprentis.
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Re: Casse-toi d'ma cabine ! - Terry
Mar 22 Nov - 18:51

CASSE-TOI D'MA CABINE !

Vous mentez mal.

Fut un temps où l'Âme de Pierre pouvait faire croire n'importe quoi. Un visage dénué d'émotion, sévère et rude, une voix froide et monocorde. Chaque idée franchissant ses lèvres pincées sonnait comme une vérité ; ou plutôt ne sonnait pas, mais rien ne poussait à remettre en question le propos tenu, quel qu'il fut. Ce passé maintenant révolu, Dylan put constater toute l'inefficacité de ses compétences. Quelque chose en elle était presque soulagé, car c'était le signe qu'elle n'était plus rien de ce qu'elle fut autrefois. Mais bien sûr, elle avait principalement honte. Ce sentiment, même, tomba sur ses épaules et l'écrasa d'un poids monumental. Il n'avait même pas hésité une seule seconde sur le contenu de son histoire. Malgré tous les efforts qu'elle fournit pour sembler crédible, elle ne le fut aucunement.

Ce type avait vraiment de quoi l'énerver.

Il s'expliqua alors. Arguments après arguments, il détruisait la tentative désespérée d'une femme pour qu'on lui fiche la paix. Il lui aurait été sans aucun doute possible de rétorquer à chacun desdits arguments, mais le visage déconfit de l'américaine suffisait désormais à la discréditer. La vérité se lisait sur elle comme les pages d'un livre ouvert.

Il prit une pause, durant laquelle Dylan tourna le visage vers lui. Plus rien ne servait à cacher la vérité. Dans ses yeux pouvaient se lire une pitoyable imploration, pour que l'homme à son côté se taise et cesse de tourner le couteau dans sa chair.

Votre veste est pliée trop méthodiquement pour n'être qu'un simple vêtement acheté à un clochard. Vous en prenez soin par habitude, malgré vous. Je me trompe ?

Une question qui n'attendait pas de réponse : il se complaisait beaucoup trop à écouter le son de sa propre voix. Certainement le genre d'homme à admirer sa propre intelligence. Le narcissisme et la paluche intellectuelle n'étaient pas aux goûts de l'Orpheline. Ils définissaient des individus condescendants et ronflants. Cependant, elle fit réagir l'interrogée, qui baissa les yeux. Et si ce n'était pas par habitude ? Et si c'était parce qu'elle l'attachait à un passé qu'elle regrettait malgré tout ? Une époque où elle ne se détestait pas, où elle n'avait ni jugement ni sentiment sur rien. Une époque où elle agissait selon les directives, elle n'avait aucune décision à prendre. Une époque où la guerre avait un sens et où elle y avait trouvé sa place.

Et si la plus importante de ses émotions, ce n'était pas le soulagement de ne plus être l'Âme de Pierre, mais la honte de ne plus être à la hauteur de cette dernière ?

Le bruit de tout un navire en éveil commençait à s'amplifier derrière elle et sous leurs pieds. Elle releva les yeux lorsqu'il marqua une pause, rêvant de le voir s'éloigner d'elle. Mais ce n'était pas le cas, et il reprit même la parole. Il venait de trouver un sujet qui l'intéressait au plus haut point, au grand dam de son interlocutrice.

J'ai pas l'intention d'vous nuire d'une quelconque façon que ce soit, alors détendez-vous. Je n'suis ni Noé ni Akuma ni partisan.

Cette seule indication suffit à éclaircir l'esprit de Dylan. Elle venait de mettre le doigt sur ce qui lui trottait en tête sans qu'elle ne parvienne à en déchiffrer le sens. Il n'est ni Noé, ni Akuma, ni partisan. Il voyage par le chemin le plus long. Il a le nez plongé dans les notes et fait montre d'une certaine capacité d'analyse. Sa neutralité seule suffisait pourtant à afficher son appartenance. L'unique question qui lui resta en tête fut alors celle-ci : rencontrer un bookman était-il une bénédiction ou une malédiction ?

Elle jeta son mégot par dessus bord, et dut se contrôler de manière surhumaine pour ne pas réitérer le geste avec le corps de son compagnon de chambrée. Toujours accoudée à la rembarre du navire, elle fit tomber sa tête entre ses mains et prit une profonde inspiration. Se cacher n'était plus utile. Elle se redressa alors et se mit à faire les cent pas du bord du navire au centre du pont, jusqu'à s'arrêter à hauteur du gêneur. D'un mouvement sec et maîtrisé, elle colla alors son poing directement dans son nez. Le coup ne fut pas suffisamment puissant pour casser l'os ni même marquer le visage du jeune homme, mais assez pour qu'il se souvienne, Dylan l'espérait, de la femme qui lui faisait face.

Quelques murmures se firent entendre derrière elle, sur le pont.

Un cadeau de Quasimodo, messieurs ! lança-t-elle d'un ton froid, ses yeux d'émeraude étincelant dévisageant chacun des marins présents.

Puis de se retourner vers l'élément perturbateur, qui avait réussi à créer une violente tempête en elle. Voilà longtemps que Dylan n'avait pas ressenti une telle colère. Et celle-ci se focalisait autant sur le bookman que sur elle-même. Elle pointa son doigt vers lui et parla doucement, les dents serrées par cette hargne nouvelle.

Remerciez-moi de n'être que moi, crétin ! Un autre aurait jeté ton cadavre par-dessus bord pour moins que ça.

Elle soupira et s'adossa à côté de lui, submergée par des sentiments qu'elle ne contrôlait pas. La colère, la nostalgie, la tristesse, la colère, le désemparement ou bien encore la colère.

Si c'est une médaille que vous voulez, je les ai déjà toutes distribuées aux autres imbéciles qui ont pu me dire ce que je savais déjà. Et oui, c'était bien ma veste.

Elle espérait que l'emploi de l'imparfait fasse suffisamment sens auprès de son interlocuteur, puisque celui-ci se plaisait à analyser chaque chose offerte à sa portée. Dylan prit une nouvelle cigarette entre ses lèvres tremblantes avant de soupirer gravement.

Merde...

Elle prit le tube de tabac entre ses doigts.

Vous savez quoi ? Prenez-la, votre médaille, siffla-t-elle en enlevant violemment sa veste avant de la fourrer dans les bras du jeune homme. Une preuve pour vos supérieurs, concernant la femme que vous condamnerez en inscrivant son existence dans vos foutus registres.

Puis de lui tourner le dos et de s'éloigner à grands pas, en allumant sa cigarette. Elle ne quitta pas le pont. De toutes les façons, elle n'avait aucun moyen d'éviter le prétendu bookman avant de longs jours. Elle préférait simplement prendre quelques minutes pour calmer ses émotions. Des larmes avaient commencé à couler le long de ses joues. Le froid de l'hiver faisait frissonner ses bras désormais nus. Dylan naviguait vers un nouvel enfer. Machinalement, ses ongles commencèrent à gratter le dos de son autre main.


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Re: Casse-toi d'ma cabine ! - Terry
Ven 23 Déc - 23:24
S'il avait pu anticipé sa réaction, il aurait naturellement esquivé, ou ne serait pas resté, tout simplement. Il aurait jeté son mégot à son tour et aurait regagné la cabine pour se replonger dans ses recherches et les notes laissées par Renoir. Mais le destin en a voulu autrement. Terry ignore lui-même pour quelle raison il s'est attardé, toujours est-il qu'il aurait clairement mieux valu pour lui partir et ne pas se retourner.

Voilà donc l'ancienne Corbeau -car c'est ce qu'elle est- se planter devant lui. Il baisse le regard vers elle, non pas pour la toiser ou la regarder de haut, simplement pour la fixer. Mais aucun mot ne sort de la bouche de la brune qui, à la place de paroles, se contente d'un coup de poing bien placé dans son nez. L'archiviste pousse un juron que la morale voudra taire, portant sa main à son nez sans se préoccupé de sa cigarette tombée sur le pont.

La douleur est vive, sonnante ; bon dieu c'est quoi son problème à celle-là ?! Alors, oui, Terry n'est pas le plus plaisant des hommes, il n'ira pas vous dire le contraire. Oui, il est cru dans ses paroles. Oui, il est énervant. Mais de là à lui flanquer un coup de poing après un échange de quelques mots sans aucune insulte ou remarque acerbe ? C'est quelque peu exagéré. Terry ne comprendra décidément pas les femmes, et encore moins la violence. C'est la réponse des faibles, disait Renoir. Terry, lui, pense plutôt que c'est le témoignage d'un petit esprit. Le genre d'esprit qui agit avant de réfléchir.

« Remerciez-moi de n'être que moi, crétin ! Un autre aurait jeté ton cadavre par-dessus bord pour moins que ça. »

Il ne la regarde pas, se contentant de regarder sa paume après l'avoir retiré de devant son nez. Un peu de sang, mais pas grand-chose non plus. Juste le choc, certainement. Pas de quoi en faire une montagne non plus. La douleur est néanmoins toujours présente. Peut-être pas aussi vive que pourrait l'être celle causée par un os brisé ; le brun en conclut donc que son nez est en parfait état malgré le coup reçu.

« Si c'est une médaille que vous voulez, je les ai déjà toutes distribuées aux autres imbéciles qui ont pu me dire ce que je savais déjà. Et oui, c'était bien ma veste. »

Et c'est ça qui la met dans un état pareil ? Elle te frappe parce que tu as raison ? C'est clairement ridicule. Elle, et sa réaction. Parfaitement stupide. Si on devait le frapper à chaque fois qu'il a raison, il aurait une chambre permanente à l'hôpital. Il n'a pas la science infuse et ne prétendra jamais tout savoir sur tout, mais on lui a simplement appris à observer et à tirer des conclusions de ses observations. Terry finit par toiser la jeune femme en face de lui qui tire une nouvelle cigarette de son paquet.

Et de nouveau, elle a une réaction des plus absurdes.

« Vous savez quoi ? Prenez-la, votre médaille. Une preuve pour vos supérieurs, concernant la femme que vous condamnerez en inscrivant son existence dans vos foutus registres. »

Il se retrouve donc avec cette veste disgracieuse -à ses yeux- tandis que sa propriétaire s'éloigne de lui. Il la regarde partir, affichant un air parfaitement blasé ; il pousse un soupir. L'énervement causé par le coup reçu s'est vite dissipé au profit d'une lassitude devenue presque monotone. Terry il tombe toujours sur des drôles de cas, tout de même. Il se masse la nuque, le regard vrillé sur la veste dans ses bras. Que voulez-vous qu'il en fasse, de ce torchon ? Le balancer à la mer ? Même les poissons n'en voudrait pas.

Sa tête bascule en arrière avant de se redresser. Il grogne et soupire avant d'emprunter le chemin pris par l'autre dérangée. A quelques pas d'elle, il s'arrête, observant sa réaction ; des troubles compulsifs ? Mutilation volontaire ? Bah, peu importe, ça ne le regarde pas. Il reprend sa marche et s'arrête une nouvelle fois, un peu plus proche d'elle, mais à distance respectable. Il n'a guère envie de se faire frapper une nouvelle fois, et de façon totalement gratuite et injustifée. Terry lui balance sa veste qui atterrit sur la tête de la brune.

« J'suis pas vot' porte-manteau. Si vous en voulez plus, balancez-le à la mer. Ne refilez pas vos responsabilités à un autre. » Il tourne les talons, fourrant ses mains dans ses poches. « J'consigne les événements, les guerres, l'Histoire, pour faire simple. J'dresse pas les fiches d'identité des larbins de vot' dieu. »

Oh, Terry a parfaitement conscience que Central est très proche -pour ce que Renoir lui en a dit- du Vatican. Et il sait aussi que les Bookmen dépende de ce fameux Vatican. Mais lui, il s'en moque royalement. Il n'y aura jamais personne qui pourra lui faire croire à l'existence d'un être supérieur, d'une divinité miséricordieuse, ou autres racontars religieux. Et le voilà donc qui s'éloigne sans en attendre plus de la jeune femme. Il n'en a jamais rien attendu, de toute évidence.

Il retrouve alors le confort presque précaire -mais étrangement suffisant pour lui- de la cabine qu'il partage avec l'autre dérangée. Il s'éloigne assez rarement de ses notes et il ne tarde pas à inspecter les lieux ; aucun signe de visite, rien n'a changé de place. Il ôte son manteau, le balançant sur le lit avant de s'installer, reprenant son livre, sa plume et ses notes.

Après quelques instants, il pousse un soupir, stoppant son activité ; il n'arrive pas à se concentrer. A cause de la douleur à son nez qui s'estompe trop lentement à son goût. Et à cause de l'autre enragée. Dire qu'il doit partager sa cabine avec ça. Bordel de merde. Il se laisse tomber sur son matelas, fixant alors le plafond.

« Keh… l'humanité est bien pitoyable. »

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Casse-toi d'ma cabine ! - Terry
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