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Fin d'un XIXème siècle futuriste...
Le monde vit des heures sombres. Peuplé d'Akumas, machines meurtrières créées par le Comte Millénaire, l'Humanité touche à sa fin. C'est là qu'entrent en scène les Exorcistes : combattant au service du Vatican, ils se dressent sur la route du Comte et du Clan Noé dans le but de ramener la Paix dans le monde grâce à l'Innocence, une arme céleste. Cette Guerre Sainte est tenue secrète aux yeux du Monde : pour la comprendre, il faut prendre part au combat...Lire le contexte complet
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 Everybody knows the good guys lost || Angus

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Everybody knows the good guys lost || Angus
Dim 26 Mai - 2:58
Nostalgie

L’air rêveur, bien à l'abri sous un parapluie, tu flânes dans les rues de Londres. Te voilà de retour dans la capitale anglaise, à peine un mois après ta première visite. Une matinée hors du temps, loin de la Congrégation et de son quotidien macabre. Une matinée en compagnie d’un vieil homme de la mer, une matinée pour apprendre à pêcher. Si tu fermes les yeux, tu peux encore te souvenir des moindres sensations, Jean-Jean. Le froid hivernal qui te mordait les joues, la canne rugueuse entre tes mains, l’odeur du tabac dans sa pipe. Un souvenir précieux que tu chéries énormément.

Et alors que tu vagabondes de ruelles en ruelles, oubliant presque la raison de ta venue ici, tu ne peux t’empêcher de te demander si vos routes vont se recroiser. Et si ce n’est pas le cas, quelle surprise va bien te réserver la grande ville cette fois-ci ?

Tu n’es que rarement sorti de la Congrégation, Jean-Jean, préférant le confort rassurant de ce bâtiment austère dont tu connais les moindres recoins à l’inconnu effrayant d’une aventure. Partir avec un balluchon et une carte, très peu pour toi. Tu sais pertinemment que tu te ferais tuer en quelques jours à peine – quelques heures, même. Après tout, tu n’es ni fort, ni courageux, ni même débrouillard. Certes tu sais bricoler, et tu connais quelques faits sur les étoiles grâce à Xin-Yao. Mais ce n’est pas bien utile lorsqu’on doit survivre.

Concentré sur tes pensées et toutes ces images d’aventuriers qui te reviennent – pour avoir lu leurs histoires si souvent – tu ne te rends compte que trop tard que tes pas t’ont mené plus loin que prévu. Comme la première fois, tu t’arrêtes alors pour observer ce qui t’entoure et y chercher un indice pouvant t’indiquer la direction à suivre. Mais, où que se pose ton regard, ce ne sont que des portes ou des murs de pierres. Te voilà atrocement perdu, Jean-Jean, et comme si ce n’était pas assez tu peux voir au loin un groupe d’hommes encapuchonnés venir vers toi.

Ils ne l’ont sûrement pas encore vu, te répètes tu en boucle pour tenter vainement de te rassurer. Impossible, à une telle distance, qu’ils aient pu discerner autre chose que ta tignasse rousse et ta silhouette élancée. Et puis, ce ne sont que des hommes. Ils vont sans aucun doute passer leur chemin sans te prêter la moindre attention, comme tout le monde le fait sans cesse. Personne ne voit Jean-Jean. Il est invisible, Jean-Jean.

Pourtant, malgré ces pensées rassurantes – bien que terriblement triste, tu le reconnais – tes mains se mettent à trembler et ton souffle s’accélère doucement. Cette situation, pourtant anodine, te rappelles à de mauvais souvenirs datant d’il y a plusieurs années maintenant. Lorsqu’Elle était partie pour de bon. Lorsque tu avais failli mourir à ton tour.

Les hommes se rapprochent rapidement et tu dois prendre une décision. Ça n’a jamais été ton fort, mais tu n’as pas le choix. Il faut que tu agisses, que tu prennes la fuite, ce mauvais sentiment ne te lâchant pas. Il est vrai que tu as souvent des mauvais sentiments. Mais plus d’un s’est avéré exact, alors tu ne peux pas prendre ce risque.

Sans un mot ni un regard pour le petit groupe qui est maintenant presque à ta hauteur, tu te retournes et commences à rebrousser chemin, d’un pas rapide. C’est, après tout, le meilleur moyen de mettre de la distance entre eux et toi, et surtout de retrouver la porte de l’Ordre Noir où tu es censé te rendre. Ton supérieur est sûrement en train de t’attendre et tu peux déjà imaginer les remontrances qui t’accueilleront. Il n’est pas le dernier pour te faire des remarques et tu es sorti pour affaires, non pas pour visiter la ville.
« Il est désolé, Jean-Jean » murmures tu par réflexe, sans même t’en rendre compte. Cette phrase tu la prononces si souvent que tu devrais t’en faire un pull.
« Désolé ? Déjà ? » t’interpelle alors une voix inconnue.
Surpris, tu te retournes en direction des hommes qui sont à tes côtés, avant d’accélérer le pas. Mais il est trop tard, mon pauvre. Tu as beau être grand et marcher vite, ils sont maintenant devant toi et te bloquent la route. À quel moment sont ils arrivés ici ? Es-tu assez stupide pour avoir laissé tes pensées prendre le dessus une nouvelle fois, alors que tu étais censé t’enfuir ? Bien joué, Jean-Jean. Toujours là pour échouer, Jean-Jean.

Les inconnus te parlent, te posent des questions et attendent quelque chose de toi mais tu ne les comprends pas. Ce n’est pas la faute à la barrière de la langue, puisque tu parles un anglais – presque – parfait, mais plutôt à leur accent. Sans oublier la situation qui te fait perdre tous tes moyens. Tes mains se nouent et dénouent avec vitesse et douleur, alors que ton visage a perdu de ses couleurs. Tu es terrifié Jean-Jean, sachant mieux que quiconque ce qui va suivre : tu reconnais sans l’ombre d’un doute l’envie de violence dans leurs regards, pour l’avoir aperçue plusieurs fois.

Sans surprise, un premier coup survient. Puis un autre, et encore un. Tu ne cherches pas à te défendre, n’ayant jamais appris, et te contentes simplement de les compter. Un. Deux. Trois. Quatre. Vont-ils s’arrêter à cinq ? Vont-ils te tuer.
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Re: Everybody knows the good guys lost || Angus
Lun 27 Mai - 0:43



MENACE

Une pluie austère tombe sur les sols crasseux de la basse Londres où la boue et la vermine se confondent dans le paysage morne. Les rues étroites résonnent du bruit de l’averse et des voix de ceux qui y résident. Car si en de telles conditions le reste des habitants de la ville cherche à fuir l’intempérie, ici, c’est la pluie qui ferait mieux de les fuir eux. Les visages sont sales, les mains tout autant et l’argent encore plus. Une odeur âcre déferle dans les allées crottées tandis que, sous le ciel livide, crapules et scélérats complotent.

Angus navigue entre eux, en silence, progressant au milieu des flaque d’eau trouble ; ses pas se font pesants et les éclaboussures encrassent peu-à-peu ses bas de pantalon. Parfois, il y a un bruit de succion ou deux lorsque ses lourdes bottes s’écrasent dans cet espèce de limon étrange et sombre. L’étoffe de son manteau est alourdie par la pluie ; elle pèse sur ses épaules comme la misère du monde – de son monde – et pénètre l’étoffe rouge. Il frissonne un peu lorsque l’humidité entre finalement en contact avec sa peau. Mais ce n’est pas son allure malpropre qui pousse les gens à s’écarter de son chemin. Non. C’est le fait que de larges tâches de sang ressortent malgré tout sur son habit et qu’il tient toujours fermement son épée en main. Alors oui, chacun évite comme il peut de lui couper la route, soit en se tournant un peu, soit en reculant carrément hors de sa trajectoire. Car chacun peut voir la pâleur morbide de son visage à découvert, sa peau luisante et ses cheveux que le crachin plaque sur son crâne. Ses yeux gris passent d’un type à un autre, s’arrêtent brièvement sur l’un de ces pauvres gosses qui trainent parmi les adultes pour repartir aussitôt.

Et tandis qu’on le laisse traverser cette rue miséreuse et malfamée sans encombre, car l’on sait qu’il revient d’une de ses noires offices, l’on souffle son nom à la manière d’une malédiction.

Toutefois, il disparait bien vite dans une petite ruelle adjacente. Une impasse, dirait-on, mais en y regardant de plus près il est aisé de voir qu’un passage minuscule, à peine plus large qu’un homme, la relie à un vieux bâtiment tordu situé un peu en retrait derrière les murets d’une petite cour. Devant l’entrée, dont la porte branlante grince au moindre coup de vent, un homme fume une pipe à l’abri sous le porche tordu. Il hausse un sourcil en direction de l’Assassin lorsque ce dernier s’extirpe de la petite allée. La vue de Martin déplait à Angus qui ne lui adresse pas un regard lorsqu’il passe à côté de lui pour rejoindre le couvert de la vieille bâtisse.

La porte claque bientôt dans son dos ; les ombres et le calme du pensionnat abandonné l’accueillent comme deux vieilles amies. Elles l’accompagnent alors qu’il traverse les salles délabrées dont quelques bruits émanent parfois car le reste du groupe vit pendant qu’Angus crève lentement. Son estomac lui fait un mal de chien en se tordant. Il a la nausée. Il a besoin de respirer autre chose que l’effluve du bois humide ou la puanteur du sang. Aussi, à peine atteint-il la pièce qu’il s’est approprié et qu’il a changé en ses quartiers qu’il se débarrasse de son manteau et de son arme. Il les jette dans un coin, fébrile, et défait la chemise qu’il porte ; non, en vérité, il l’arrache presque. Il se retrouve torse-nu dans le froid de sa bien modeste demeure et, dans le reflet du vieux miroir, observe les différentes tâches de bleu, de jaune et de violet dont son torse est piqueté. Une ligne rouge lui traverse également le flanc mais il sait qu’il ne doit pas la toucher. Il la laisse tranquille et se détourne de la vision navrante qu’est son corps et, d’un pas lourd, rejoint le lit miteux qui se trouve non-loin, posé sous une fenêtre obstruée. Les quelques planches de bois qui la bloquent laissent passer un peu de lumière par leur interstices, et la poussière flotte dans les quelques rayons du jour qui parviennent à atteindre cet endroit damné où l’une des plus grands démons de Londres parvient à trouver le repos.

Angus s’effondre sur les draps, la peau moite. Epuisé.


Un drôle de fracas le tire des bras de Morphée quelques heures plus tard. Il a à peine le temps d’ouvrir les yeux que Martin apparait, catastrophé, dans l’embrasure de sa porte. L’homme n’a pas besoin de prononcer le moindre mot : son expression parle pour lui. Il y a un problème. Il y a toujours des problèmes, de toute façon, se dit Angus en se levant et en attrapant une chemise au hasard dans la vieille armoire. Il l’enfile en vitesse, revêt son manteau rouge et attrape son épée qui traine toujours sur le sol. Il se frotte vaguement le visage. Sa peau est poisseuse. Il le voit à la fine pellicule luisante qui se fixe sur ses gants.  

L’Assassin retraverse tout le bâtiment. Martin le suit pareil à son ombre, inquiet, la main bien trop proche du revolver qu’il tente tant bien que mal de cacher dans son pantalon, au niveau de sa hanche droite, et dont Angus a parfaitement conscience de la présence.

Finalement, son ‘‘acolyte’’ le conduit dans la rue derrière leur repaire. Il ne lui faut pas plus de quelques secondes pour faire état de la situation. Il y a un type et puis il y a quelques membres de sa bande autoproclamée qui tabasse le type en question. C’est surtout une jolie brochette de raclures. Enfin, il peut parler. Il tue des gens pour de l’argent. Chacun sa spécialité ; il n’y a pas de sous-métier, comme on dit dans le coin.

Mais, comme toujours, il y a les règles. Ses règles.

D’un geste, il tend la lame se son épée vers le mur le plus proche. Il la fait tinter contre la pierre. Durement. Et avec beaucoup d’insistance. Finalement, le bruit parvient aux oreilles de ses ‘collègues’ ; ils abandonnent leur pauvre victime pour se tourner vers lui. Leurs rictus moqueurs disparaissent bien vite quand ils constatent qui ils ont face à eux. Martin, lui, s’est éclipsé. Le sale rat.

Parmi les malfrats, Angus reconnait les jumeaux Bright. Ceux-ci se tiennent à l’affût, pareils à deux bêtes sauvages, mais leur apparence les fait davantage passer pour de gros chiens hirsutes que pour deux félins. Ils posent des yeux écarquillés sur l’Assassin qui s’avance. Celui-ci trouve difficile de résister à l’envie de leur planter sa lame dans la gorge car, une fois de plus, ils ont troublé la paix relative des environs proches de l’antre d’Angus. Une chose qu’il ne supporte pas. Il a besoin de rester discret s’il ne veut pas attirer trop d’attention. Moins des gens s’arrêtent (ou sont arrêtés) dans le coin, moins il y en a pour raconter ce qu’il s’y passe et qui s’y promène. Il n’arrive pas à comprendre pourquoi personne ne pense comme lui. Oh, bien sûr qu’il aime tabasser de parfaits inconnus. Mais lui, il le fait dans des arènes. Ca fait moins désordre, c’est plus propre et aussi plus festif.

Il s’arrête en face de la petite bande et jette un vague coup d’œil au pauvre bougre qu’ils ont passé à tabac, suffisamment longtemps pour remarquer une tignasse rousse qui ressort sur le sol sali. Puis il se penche doucement vers les autres hommes.

« La prochaine fois – s’il y a une prochaine fois, » profère-t-il avec lenteur, d’une voix basse et mauvaise « je vous cognerai si fort que même l’Eglise vous refusera la charité. »

Il se passe quelques secondes, le temps, peut-être, qu’ils se rendent compte de la menace sous-jacente. Puis ils reculent enfin. Angus les regarde quitter les lieux, impavide, avant de simplement rengainer son épée. Il embrasse rapidement l’endroit du regard pour voir si Martin ne se cache pas quelque part et quand il lui apparait que non, il s’accroupit près de l’homme au sol. Il lève une main et lui tapote durement l’épaule.  

« Debout. » lâche-t-il sans réelle délicatesse.




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Re: Everybody knows the good guys lost || Angus
Mer 10 Juil - 19:22
Douleur

Recroquevillé, passif, tu attends que les coups prennent fin. Même en y mettant de ta meilleure volonté, tu sais pertinemment que tu ne feras pas le poids contre eux alors à quoi bon essayer ? Te battre n'a jamais été – et ne seras jamais – ton fort, ni même un trait de ta personnalité. Toi tu es le gentil Jean-Jean, celui qui sourit en attendant que la tempête passe ou, en l'occurrence, que la mort vienne.

Sauf que heureusement pour toi, ce n'est pas la mort qui fait son apparition mais le Brouillard. Encore ratatiné sur le sol ne le vois pas, n'apercevant qu'une paire de bottes durant un instant. Tout ce que tu perçois c'est sa voix. Une voix dure et froide, une voix d'orage qui effraie et tyrannise. D'ailleurs, la voix te terrifie, même si tu comprends sans mal qu'elle vient à ton secours. Enfin tu crois. Tu espères. Car tu n'oses toujours pas bouger d'un pouce, espérant qu'on t'oubliera peut être si tu ne fais plus qu'un avec le sol. C'est ce que tu as toujours fait et jusque là ça avait plutôt bien fonctionné.

Des bruits de pas sur les pavés humides te font comprendre qu tes agresseurs ont disparu et enfin tu oses ouvrir les yeux pour de bon. Face à toi, l'homme qui t'a sauvé la vie et qui maintenant te fixe sans aucune tendresse. Sa main vient tapoter ton épaule et tu te tasses, dans un réflexe craintif. Ce n'était ni douloureux mais agressif, mais c'est plus fort que toi Jean-Jean. Tu n'es qu'un bébé chat que la vie a bien trop maltraité pour que tu aies encore confiance en qui que ce soit. Il faut t'apprivoiser et t'adopter avant d'espérer pouvoir te surprendre sans que tu ne meurs d'une crise cardiaque, ou tout simplement pour qu'on puisse te toucher sans crainte de te faire pleurer.
« Debout »
L'ordre claque et tu t'exécutes maladroitement. En vérité, tu dois t'y reprendre plusieurs fois, n'arrivant pas à trouver ton équilibre ni même à te déplier complètement à cause de la douleur des coups. Tu vas encore voir de magnifiques bleus apparaître sur ta peau claire et jurer avec le roux de tes cheveux. Tant pis. Encore une fois, ce n'est pas comme si tu n'avais pas l'habitude Heureusement que le bleu est une jolie couleur.
« Merci » murmures tu, le regard toujours ancré sur le sol.
Dans un geste sans grâce ni délicatesse, tu viens essuyer le sang perlant à tes lèvres avec ta manche. Tes vêtements sont dans un état lamentables, couverts d'eau, de boue et maintenant de sang et tu imagines déjà les réactions à la Congrégation. Les questions vont fuser, puis viendront les regards de pitié ou les rires moqueurs cachés.  C'est toujours comme ça. Les émissaires de Dieu sont les plus cruels, aussi étrange que cela puisse paraître.

Tu te rends compte que l'homme est toujours là et essaies de savoir s'il s'est adressé à toi. Mais ton esprit bourdonne – à moins que ce ne soient tes tympans – et tu as un mal de chien à te concentrer. La douleur fuse dans tous tes membres, comme les vagues claquent contre une falaise, et tu as déjà du mal à retenir ta nausée – ce serait si dommage de vider ton estomac sur les chaussures de ton sauveur. Tu as l'impression que tout bouge, à commencer par le sol, qui tangue dangereusement. Ils n'y sont pas allés de main morte.
« Est-ce qu'il …. il vous doit quelque chose, Jean-Jean ? » demandes tu finalement, à bout de souffle.
Il commence à perdre pied, Jean-Jean. Il voudrait s'endormir et ne plus se réveiller, Jean-Jean.
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Re: Everybody knows the good guys lost || Angus
Jeu 29 Aoû - 16:59



PROMESSE

Il ne se passe pas un jour sans qu'Angus ne se demande quel pauvre hère s'échouera au milieu de ce nid de vipères. Lequel de ces visiteurs, bien souvent venus de la ville haute, passera sous les poings des Bright et s'ajoutera à leur tableau de chasse. Les jumeaux pensent que c'est un jeu, une distraction morbide à laquelle, d'ailleurs, ils se prêtent avec une joie aberrante dès qu'il a le dos tourné. Ils savent, oh ils savent que l'Assassin déteste qu'ils fassent ça, surtout aux abords de sa triste demeure. (Qu'il aime bien le radoter.) Qu'il les guette — ou Martin — et qu'il cherche une occasion de leur régler leur compte une bonne fois pour toutes, quoique dans les règles de son Art. Mais ces chiens galeux arpentent les rues des bas-fonds à toute heure et échappent sans cesse à sa vigilance. Alors il se le promet : un jour ils passeront sous le fil de sa lame. Elle a soif de leur sang et lui de paix. Il n'est qu'un vieil homme, après tout, encore un de ceux qui n'aiment pas être dérangés, encore un de ceux qui ne veulent que se reposer.

Le Brouillard souffle doucement et reporte son attention sur la personne à ses pieds, dont le grand corps se déroule tandis qu'elle se remet maladroitement debout. L'Assassin l'imite, et recule d'un pas ou deux.

La victime du jour est un jeune homme. Angus ne se dérange pas pour lui et reste planté là à la manière d'une statue, l'observant s'y reprendre plusieurs fois sans ne rien laisser transparaitre, toujours plus austère que la minute précédente. Il ne lui propose pas sa main pour l'aider. Trop sale. Il se permet néanmoins de dévisager cet inconnu, cet étrange vagabond. Cet ... enfant.

« Merci. »

Sa voix n'est qu'un murmure, un souffle à peine ; le vieil Ecossais a du mal à l'entendre. Pas que la rue soit particulièrement bruyante maintenant que les Bright et leur bande ont foutu le camp, c'est juste que le garçon semble accuser le coup. Ou plutôt : les coups. Du sang perle de sa lèvre ouverte. Chanceux, songe Angus. En voilà un qui aura le droit de vivre un jour de plus. (L'Assassin refuse toutefois de se laisser dire que c'est grâce à lui.) Et même si ce pauvre gisse n'a pas l'air plus propre que le sol dégoûtant qu'il fixe, ou presque aussi misérable que les habitants du quartier, il peut néanmoins se targuer d'avoir survécu. Et comme si peu d'entre eux avant lui, il s'en vient essuyer le sang perlant de sa bouche à l'aide de sa manche.

« Est-ce qu'il ... il vous doit quelque chose, Jean-Jean ? » reprend-t-il entre deux courtes respirations.

Pas de réponse. Juste un froncement de sourcils. Jean-Jean. C'est vraiment son nom ? Pas anglais, français. Pas d'ici. Au sens large du terme. Peut-être qu'il l'a pris, justement, le large. Ou qu'il s'en allait le prendre. Et qu'il s'est perdu en cours de route. Et cette manière de parler ... Angus la connait, bizarrement. Il a croisé la route d'une femme qui s'exprimait de la même manière, une fois. Puis elle a disparu, elle et ses paroles. Bien sûr, il ne se souvient plus de son nom. Car les noms, ici, c'est comme la vie : ça se perd facilement et ça ne revient jamais.

« Non. » répond Angus. « Enfin si. » se ravise-t-il brutalement, tranchant. « Une promesse. Jure tu ne reviendras plus jamais ici. »  

Parce que les Bright, eux, ne vont pas bouger.
Angus non-plus.
Il les aura. Un jour.

« D'où tu viens ? » reprend le Brouillard qui n'a toujours pas l'air enchanté. Cependant, c'est toujours mieux que de se faire rouer de coups, non ? « Et où est-ce que tu vas ? »




Spoiler:
 


i’d say i am being punished, but i know the world doesn’t punish wicked people
Everybody knows the good guys lost || Angus 703b6db0-24d4-4805-89b5-9d98c8494d9f
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Re: Everybody knows the good guys lost || Angus
Dim 27 Oct - 22:38
Promesse

Pour simple réponse, l’homme se contente de froncer les sourcils – comme deux traits noirs sur son visage sévère. Heureusement, Jean-Jean ne le voit pas, bien trop concentré sur son estomac qui tente de s’enfuir ou, au moins, de se vider là sur le sol. Bien trop concentré, aussi, sur ce sol qui tangue et veut le faire tomber. Mais Jean-Jean ne peut être de nouveau sur le sol, car l’homme lui a ordonné d’être debout – et Jean-Jean obéit toujours aux ordres (et Jean-Jean peur).
« Non. » un soupire de soulagement traverse tes lèvres (car, au fond, tu n’as rien à lui offrir), avant que ton souffle ne se coupe lorsqu’il se ravise. « Enfin si. Une promesse. Jure tu ne reviendras plus jamais ici. »
Tu relèves la tête et le fixes, sans comprendre ce qu’il veut dire par là. Bien sûr que tu ne reviendras plus jamais ici, tu es bien trop terrifiée pour prendre un tel risque une seconde fois. De toute façon, ce n’est pas comme si tu avais le droit de sortir de la Congrégation souvent alors, toutes ces choses mises à bout, la probabilité pour que tu te retrouves de nouveau dans cette ruelle est bien faible. Pourquoi la promettre, donc ? Une promesse est quelque chose d’important, quelque chose qui a du sens, car elle lie les deux partis. Et, pour l’instant, même si tu es reconnaissant vis à vis de ton sauveur, tu ne peux lui promettre quoi que ce soit – tu n’es pas encore lié (tu n’es pas encore apprivoisé).
« D'où tu viens ? Et où est-ce que tu vas ? »
Et là, aussi simplement, voilà que tu paniques Jean-Jean. Tu ne peux lui dire la vérité, ne peux lui répondre comme il faudrait. Mais tu ne peux lui mentir non plus, car tu as vu ce dont il était capable – car tu as lu la mort dans son regard. Son regard qui s’est calmé, maintenant que tu le croises à nouveau. Ce ne sont plus deux puits noirs sans fonds, ne sont plus deux orages en pleine explosion. Ils te font plus penser au ciel gris d’une tempête qui gronde au loin. Elle est toujours là mais est moins menaçante – mais elle est toujours là.

Heureusement (enfin, peut on vraiment dire heureusement) ton trouble prend bien vite fin, alors que tu perds ton combat contre ton corps. Avec une rapidité étonnante pour une personne dans ton état, tu te détournes du Brouillard et abandonne ton estomac sur le pavé mouillé. Tu suffoques et de nouvelles larmes s’installent dans tes yeux, mais ton mal prend vite fin.

Il faut maintenant répondre – il faut maintenant mentir. Ou simplement te taire sur ce que tu ne peux dire. C’est comme ça que font ceux qui dirigent la Congrégation, non ? Ils vous cachent les faits et continuent comme si de rien n’était et, lorsqu’on demande des comptes, ils s’en sortent en souriant – puisqu’ils n’ont jamais menti.
« Il arrive d’un bâtiment loin de Londres, Jean-Jean. C’est là qu’il travaille. Et il devait se rendre dans des ateliers un peu plus loin. Dans ... » Oh non, Jean-Jean, voilà que ton esprit embrumé n’arrive plus à se souvenir de la rue. « C’était près d’une grande usine qu’ils lui ont dit. Il ne pourrait pas la louper, qu’ils ont ajouté. »
Peut être que si tu disais simplement ce que tu venais acheter, l’homme pourrait t’aider. Mais comment expliquer que tu es là pour tout un tas de raisons, tout un tas de courses, mais surtout pour trouver des métaux dont le nom t’échappe, pour construire des armes dont il ne peut entendre parler.
« Quant à cette promesse » en changeant de sujet, peut être, tout simplement ? « Il ne peut la faire, Jean-Jean. C’est compliqué, trop compliqué pour lui, mais il ne peut promettre sans vous connaître. Mais ne vous faites pas de soucis, jamais il ne reviendra, Jean-Jean. Il est bête, oui, mais il n’est pas si bête. »
Il est bête, Jean-Jean, et parfois il ne voudrait plus rien. Mais il a promis, Jean-Jean, et – peut être le saurez vous un jour – il tient toujours ses promesses, Jean-Jean.
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C'est comme si le texte de tous les humains avait été écrit dans le marbre (et alors le tien dirait quelque chose de bien triste, quelque chose comme il est simplement simple, Jean-Jean, et c’est ainsi)

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