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Khrysalis est une grande école fondé quelque temps après la seconde guerre mondiale. Construite sur une île dans les caraïbes, elle accueille les humains et les Enigma, des êtres vivant possédant des pouvoirs ou ayant une race différente des humains. Les deux races ont encore du mal à se cotoyer sans méfiance mais la directrice est bien décidé de les faire cohabiter et les aider à se respecter les uns des autres. KHRYSALIS ACADEMY
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Fin d'un XIXème siècle futuriste...
Le monde vit des heures sombres. Peuplé d'Akumas, machines meurtrières créées par le Comte Millénaire, l'Humanité touche à sa fin. C'est là qu'entrent en scène les Exorcistes : combattant au service du Vatican, ils se dressent sur la route du Comte et du Clan Noé dans le but de ramener la Paix dans le monde grâce à l'Innocence, une arme céleste. Cette Guerre Sainte est tenue secrète aux yeux du Monde : pour la comprendre, il faut prendre part au combat...Lire le contexte complet
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 L'éveil, enfin [Bonnie]

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L'éveil, enfin [Bonnie]
Lun 4 Aoû - 17:20
    Les notes d'une petite valse sans prétention s'élèvent dans la pièce. Elle est jouée lentement, avec soin, comme si c'était difficile de la maintenir. Très doucement, avec précautions, comme si elle pouvait soudainement bondir et mordre. Et de temps en temps, elle s'arrêtait, hésitait, puis reprenais encore plus doucement. Plus bas.
    Leandre avait l'impression qu'une pression constante lui martelait les tempes. Cette migraine qui ne semblait pas vouloir le lâcher... Il avait prit un nombre incalculables de remèdes de grand-mère, vu deux médecins. Mais elle ne partait pas. Incapable de supporter le moindre bruit trop fort ou la moindre lumière trop vive, il avait tiré les rideaux et ne jouait plus que tout, tout doucement... Il ne savait plus trop quelle heure il était. Depuis qu'il était rentré à Vienne, il vivait dans une sorte de rêve douloureux. La chaleur de l'été lui était de plus en plus difficile à supporter, et cette migraine constante, toujours pire, ne l'aidait vraiment pas.

    Les notes vacillaient, instables. Un moment, elles s'arrêtèrent. L'air se figea, comme attendant la suite. Et brusquement, un accord discordant, un crissement de souffrance, arracha au piano une plainte hérissée.
    Leander tomba au sol, sa tête explosa, son crâne se libérait de sa peau, il vissait dans son front des clous de fer, c'était comme... Comme si soudainement, une main griffait sa boîte crânienne de l'intérieur pour se libérer. Oubliant voisins et bienséance, il hurla, comme si s'arracher les cordes vocales pouvait arranger les choses. Compenser l'explosion insoutenable qui gangrenait son esprit. Il ne pouvait plus rien faire d'autre, ses mains étaient parcourues de spasmes. Et ça ne semblait jamais vouloir s'arrêter, jamais jamais jamais... Spectacle pathétique que d'un homme qui souffrait assez pour rouler à terre sans honte...

    Respirer. Reprendre son souffle pour la première fois depuis très, très longtemps... Un rire incontrôlable racla sa gorge toute neuve. Sa voix sonne bizarrement à ses oreilles. Il n'a plus de souffle. Il sent le corps trembler, choqué encore. Alors il rit à nouveau, hoquetant pour respirer, prit d'une hilarité irrépressible.

    Leander se relève, laborieusement. Son nouveau corps est plus fragile, et plus petit que le précédent. Il ne semble pas avoir très bien vécu sa venue. Oh soit ! Il marche lentement, tourne sur lui-même. Le miroir lui renvoie l'image d'un homme encore relativement jeune, blond et frêle, stigmates noirs sur le front. Un physique seyant pour un caractère aussi faible. Eifersucht compatirait presque, mais non, il s'amuse surtout. Il sourit à son reflet. Il a l'impression que ça fait des années qu'il n'a pas vu lumière du soleil. C'est peut-être le cas...
    Il visite son nouvel appartement. Bien orienté, meublé avec bon goût. Il s'y sent déjà chez lui. Il se promène dans l'appartement avec une insouciance posée, ouvre grandes les fenêtres, parle tout seul pour le plaisir d'entendre sa voix. Il se sent bien, tant qu'il ignore l'angoisse de son apôtre actuel. Quelle importance. Il allait vite s'habituer à sa présence.

    Soudainement, un bruit l'arrête. Un bruit odieux. Son sourire se fane, alors qu'il retourne lentement vers le petit hall. Quelqu'un, à la porte. A peine revenu, voilà qu'on vient le harceler. Il était bien naïf, de toute façon, si il croyait que sa grande famille allait le laisser tranquille.
    Silencieusement, il jette un coup d’œil par la lentille. Derrière la porte, une femme blonde inconnue. Il l'observe un instant, puis finit par se rendre à l'évidence. Si il ne les envoie pas paître comme il se doit, ils ne le laisseraient jamais tranquille. Alors, soupirant, il ouvre la porte avec mauvaise humeur, toisant la jeune femme.

    - Qu'est ce qu'il y a ?

    Pas une trace de chaleur dans le timbre de sa voix. A peine, vaguement, une trace d'ironie. Il a une assez bonne idée de ce qu'il y avait, en vérité. Mais il voulait l'entendre dire, pour mieux exprimer que ça ne l'intéressait pas. Relâcher un peu ses instincts de langue de vipère, ça faisait longtemps qu'il ne s'y était pas essayé...
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Re: L'éveil, enfin [Bonnie]
Jeu 7 Aoû - 3:16


Fin Juin 18xx, 2 mois après la fuite d'Allen Walker.

Bonnie ne savait pas vraiment où elle allait. Elle savait où elle devait aller, mais dans les rues sans fin de l'immense ville qu'était Vienne — bien plus grande que son petit village perdu d'Irlande — elle était perdue. Pas au sens littéral, heureusement pour elle ; car Amorem, qui prenait ici le nom « d'instinct » lui dictait la route et les chemins à emprunter. Mais elle était perdue et avait le vertige entre ces hauts édifices de pierre, ces sols pavés et ces murs trop gris ; perdue loin des prairies verdoyantes et des horizons dégagés du pays qui avait bercé son enfance. Elle était perdue entre cette foule de gens plus pressés les uns que les autres ; elle pour qui le Temps ne signifiait plus rien désormais ; sinon par le sable qui continuait de s'échapper du sablier pour ses parents. Ils étaient son dernier rempart qui la retenait du côté des hommes, son ultime point de repère dans un monde qui avançait trop vite pour ceux qu'elle aimait et trop lentement pour elle. Elle était prisonnière d'un monde où les « tic tac » de l'Horloge ne voulaient plus rien dire ; ou l'Heure n'était plus cette donnée immuable derrière ou devant laquelle chacun courrait. D'ailleurs, depuis la nuit maudite de sa transformation, elle n'avait plus jamais regardé sa montre, ni même l'horloge de sa petite maisonnée : elle se levait, vivait et se couchait avec le soleil ; le seul Astre qui poursuivait son chemin, hors de tout le reste : le temps, la guerre, l'Innocence, et même les Noés ; rien n'avait d'influence sur lui. Il continuait d'éclairer les hommes, comme pour leur montrer le chemin, comme pour chasser leurs démons, un peu comme pour chasser l'ombre des Noés. Bonnie enviait le Soleil, et c'était peut-être parce qu'elle l'avait envié si fort qu'il avait fait de ses cheveux une copie de ses rayons, leur donnant un peu de son éclat, et peu de sa lumière bienfaitrice. Une lumière qu'il manquait à Vienne, songea t-elle, tandis qu'elle finissait de parcourir les derniers mètres la séparant de l'appartement qu'elle convoitait.

Au fur et à mesure que ses pas la rapprochaient de son but, le malaise naissant en elle s'intensifiait. Adam, dans son malice et sa perfidie, avait tout spécialement tenu à ce que ce soit elle qui aille chercher le nouvel apôtre, à ce que ce soit l'Amour qui aille cueillir la Jalousie. Pour bien des fois les deux s'étaient avérés indissociables, et Eifersucht avait manqué à Amorem. Elle trépignait d'impatience à l'idée de le revoir, et en apprenant qu'Adam l'avait désignée pour être la première à fêter les retrouvailles de leur si cher frère ; elle avait tenue son hôte en éveil toute une nuit tant son cœur battait fort par l'excitation et l'euphorie. Pourtant, derrière ce qui semblait être une décision aussi logique qu'innée ; Adam avait tenu à faire savoir à Bonnie qu'elle devait un peu plus prendre le temps de se familiariser avec sa nouvelle famille, et de prendre davantage part à leur combat. Car si le Comte Millénaire tolérait les doubles-vie de ses apôtres, il supportait néanmoins beaucoup moins que la vie humaine prenne le pas sur leur mission. Passer trop de temps auprès des hommes affaiblissait les Entités et les rendait plus pacifiques, moins aptes à servir les desseins qui mèneraient au nouveau monde : il pouvait même arriver que l'Entité finisse par s'éteindre, s'effacer complètement ; et même si le cas de figure ne s'était encore jamais présenté, il ne voulait pas prendre le risque que Bonnie soit la première : avec un Souvenir comme Amorem, qui s'évertuait parfois à aimer un peu trop, et un peu trop de choses, il fallait être prudent.


Alors il l'avait envoyée elle. Et elle était arrivée.

Debout devant la porte qui la séparait encore de son frère, mais dont Amorem s'affolait déjà de la présence, elle sentit le poids de la crainte et de l'indésiré inconnu alourdir son poignet et l'empêcher de lever la main pour frapper à la porte. D'apparence, elle était encore humaine ; car Adam avait donné pour consignes de ne pas faire de chahut dans la ville. Toujours dans l'idée de tromper les exorcistes, il ne fallait pas qu'ils apprennent que leurs rangs, à l'abris des regards, se gonflaient encore. Aussi avait-elle conversé son apparence de petite bergère irlandaise, et avait s'était même vêtue d'une des tenues traditionnelles de son pays ; ces robes blanches aux reflets colorés et nuancés de verts ; vert comme l'Espoir, vert comme la beauté de ses collines et de ses pâturages.

Elle inspira puis expira profondément, chassant dans son souffle un peu de la peur qu'elle éprouvant ; suffisamment du moins pour qu'elle ait le courage de frapper à la porte de la Jalousie.

Toc toc toc.

Déglutissant, regrettant presque son geste sitôt qu'elle l'eut exécuté, elle attendit patiemment que l'on lui réponde. Très vite résonnèrent les pas de celui qui s'approchait pour, probablement, ouvrir la porte et saluer sa sœur, qu'il n'avait pas vue depuis trente-cinq ans au mieux, huit mille ans au pire. L'idée fit naître une nouvelle interrogation au creux du cœur de la bergère ; comment devrait-elle réagir, elle ? Aucune indication ne lui avait été donnée à ce sujet, et si Amorem mourrait d'envie de se jeter au cou de son vieux frère, l'idée était loin d'enchanter Bonnie. Elle soupira, la respiration gênée par l'angoisse et la résignation. Était-elle vouée, par le Souvenir qu'elle portait en elle, à se jeter dans les bras de chacun de ses frères et de chacune de ses sœurs ? Du peu qu'elle avait expérimenté avec les Noés, c'était visiblement ce qu'il fallait en retenir : elle avait enlacé son frère du Regret dès les premiers instants, sans même le connaître ; poussée par une force dont elle connaissait maintenant parfaitement l'origine. Amorem et son Amour, toujours.

La porte s'ouvrit brusquement — peut-être pas tant que ça, mais Bonnie étant plongée dans ses pensées, le retour à la réalité lui parut soudain —, lui faisant tirer une bouffée d'air par la surprise.

Devant elle se tenait Eifersuct, sublimant la beauté de son hôte par le teint grisâtre et les stigmates frontales qu'il donnait à sa peau. Le nouveau corps de la Jalousie était attrayant — quoiqu'un peu frêle —, il fallait l'avouer ; Eifersucht avait choisi un physique seyant qui sans aucun doute animerait aisément la flamme de la jalousie pour certains. Il était loin du physique ingrat qu'avait choisi Feilen pour sa réincarnation, songea Amorem, tandis qu'elle dansait au fond du regard ébahie de la petite bergère.

« Qu'est ce qu'il y a ? »

Bonnie aurait bien voulu qu'on le lui dise. Elle n'en savait pas plus sinon moins que l'homme qui se tenait devant elle. Amorem voulait sortir, se manifester, crier sa joie et son bonheur de retrouver l'un de ceux qui lui avaient le plus manquer, mais elle avait reçu des ordres, et se savait pertinemment incapable de contrôler sa passion si elle venait à prendre le dessus sur la petite irlandaise. De l'autre côté du miroir, Bonnie se sentait affreusement minuscule, quand bien même elle n'était pas si petite ; mais l'écrasante présence de la Jalousie lui donnait l'impression de s'enfoncer dans le sol. Les yeux baissés, la gorge nouée et l'estomac serré, elle déglutit avant de réunir ce qu'il lui restait de courage pour répondre à la question qui lui avait été posée.

« Adam m'a, hum... » elle releva les yeux, par politesse, et pour tenter de dissimuler son mal-être : s'il venait à avoir la langue trop pendue ; le Comte millénaire n'apprécierait probablement pas de savoir qu'elle avait manqué d'entrain à leurs retrouvailles. « Notre Prince m'a envoyée pour te ramener à la maison, Eifersucht. » finit-elle par expliquer avec le plus d'assurance possible. « L'une des portes de Road nous attend dans un lieu isolé de la ville, à l'abris des regards. » continua t-elle sur sa lancée, portée par un nouveau souffle. Elle lui fila néanmoins entre les doigts lorsque son regard croisa celui du nouvel apôtre. « Si.. Si tu es prêt, n-nous partons... »

Elle détourna le regard, mimant d'être interpellée par un bruit imaginaire. Elle ne s'était pas présentée, mais le nom du Souvenir lui était venu sans qu'elle n'ait à faire appel à sa mémoire. Elle espérait qu'il en soit de même pour la Jalousie, et qu'il eut deviné sous sa jeune et timide apparence qu'il avait devant lui l'incarnation de l'Amour. Bonnie pouvait bien attendre ; elle doutait fortement que l'homme aux cheveux blonds ait envie de s'encombrer du prénom d'une pauvre mortelle. Seule l'immortelle comptait.
Celle qui Aimait ♥

Dossier Confidentiel - Central
Mon but: Mener une vie paisible auprès de sa famille.
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Bonnie R. O'CahanCelle qui Aimait ♥


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“ Bonnie parle en
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▐ IRL Age : 24 ▐ Messages : 204 Féminin
▐ RPG Age : 17 ans
▐ Personnalité : Discrète — Curieuse — Absente — Amoureuse — Troublée — Passionnée — Minutieuse — Appliquée — Serviable — Solitaire — Silencieuse — Perdue — Douce — Délicate — Attachée à son pays — & more.
▐ Parcours RP :
{ R P S . D A N S . L' O R D R E .
C H R O N O L O G I Q U E }

Arche ; Cyclamën A. {12}
Angleterre ; Jodie D. {2}
Autriche ; Leander K. {5}
Intrigue Chap. II ; Côté Noés {3}
RP épistolaire ; Nína S. {1}
Kenya ; 5 Noés ; 2 Akumas {2}

† Mort †

OS Scénario ; Résurrection {1}
Norvège ; Cyclamën A. {8}
Arche ; Lena F. {7}
Arche ; Aloïs L. {9}
Intrigue Chap. IV bis ; Côté Noé {4}
Intrigue Chap. IV ter ; Côté Noé {1}
France ; Nora L. {8}
France ; Célania V. & Emy B. {4}
France ; Liam L. {2}
Allemagne ; Sheryl K. {1}
Russie ; Svanhólm I. {2}
France ; Aloïs L. & Svanhólm I. {0}
France ; Ophelia I. {4}

____________

OS Event {1}
Event Halloween P1 {2}
Event Halloween P2 {3}

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Re: L'éveil, enfin [Bonnie]
Jeu 7 Aoû - 23:13
    Derrière la porte se trouvait une jeune fille. Tout ce qu'il vit, d'abord, ce fut de grands yeux effarouchés qui n'osaient pas l'affronter. Elle avait des allures de princesse de conte de fée, avec des cheveux blonds interminables et sa robe blanche. Mais elle n'était probablement pas l'une de ces filles choyées, pas même une citadine. Sa peau gardait la trace de vent et soleil, et si elle semblait délicate, elle n'avait pas l'air totalement incapable. Malgré ça, elle lui inspira plus de sympathie que n'importe laquelle d'entre elles. Il y avait une sorte de sincérité innocente qui se dégageait d'elle.

    Finalement, elle leva courageusement les yeux vers lui et il l'observa avec curiosité, mais sans chaleur. Et enfin, il la reconnu, dans cette petite flamme dansante dans son regard. Ça lui ressemblait tellement. Ça lui allait si bien qu'il s'étonnait de ne pas l'avoir reconnue immédiatement. Maintenant qu'il l'avait comprit, il avait du mal à l'ignorer, cette lueur au fond de ses iris. Amorem... Sa tête lui tournait et sa main se crispa sur la porte qu'il tenait encore. Il aurait du s'en douter. C'était tellement évident. Qui d'autre le Comte aurait-il pu envoyer d'autre qu'Amorem ? Il devait bien se douter que si qui que ce soit d'autre s'était risqué à venir le voir, il aurait été salué par une porte de bois dans la figure. Mais elle... Il n'avait jamais eut le cœur à la repousser. C'était facile de railler les autres Noés, ceux qui sont censés être ses frères et sœurs. Il avait tant à leur reprocher, à chacun d'entre eux, et aussi loin qu'il allait ils toléraient ses remarques acides comme celles d'un cousin agaçant mais qu'on ne peut pas ignorer. Mais elle ? Elle était impitoyable, forte, mais elle était l'Amour, et que serait-il, lui, sans l'Amour ? Existerait-il seulement ? Il était incapable de ne pas l'aimer, mais il aurait préféré ne pas la voir là.

    – Amorem... Souffla-t-il.

    Non, par exactement. Elle était là, mais ce n'était pas Amorem qui lui parlait à l'instant. C'était Princesse, vu qu'il n'avait pas d'autre nom à lui donner. Il était bien obligé de dissocier ces deux personnages. Autant certains apôtres voyaient leur personnalité s'évaporer, autant certains présentaient avec leur Souvenir une faille si profonde qu'on ne pouvait pas les confondre. Dans ce cas là, la Princesse, si elle était une parfaite enveloppe pour l'Amour, n'était pas Amorem.

    – Notre Prince hein...

    Eifersucht fut prit d'une hilarité soudaine qui résonna dans tout l'appartement. Son fou rire calmé, il offrit un demi-sourire narquois à sa Princesse. « Notre Prince », vraiment ? Était-elle endoctrinée à ce point ? Même lui n’appellerait pas Adam ainsi, alors une humaine ! Pauvre petite créature. Elle devait être vraiment prudente à ce stade. Ou très impressionnable ?
    A présent, il était parfaitement détendu. Lâchant la porte qu'il finit d'ouvrir, il s'appuya contre l'embrasure, les bras croisés, posant un regard amusé sur la jeune fille. Un instant, il ne fit que la regarder sans un mot, puis soudainement il se lança :

    – Ça doit faire vraiment longtemps, hein ? Nous sommes en quelle année ? Adam aurait-il déjà oublié ? Sa voix était emplie de fiel, ourlée d'un sarcasme sous-jacent. Ça me ferait tellement plaisir de le voir que j'en transpire déjà. Je vais donc m'abstenir, qui sait comment je réagirais en le voyant ?

    Immonde personnage. Il ressentait une sorte d'animosité envers la plupart des Noés... Non, c'était pas vrai. Une sorte d'animosité envers les gens en général. Il ne s'entendait pas si mal que ça avec ses confrères, si il se donnait la peine de leur parler. C'était Adam qui l’insupportait, entre autres. Parfois, il étendait cette image négative à tous, car il faisait tout de façon excessive. Il avait du mal à gérer ses sentiments, ils l'emportaient, mais il fallait se rendre à l'évidence. Il n'aimait juste pas trop la compagnie en soit, et il en voulait à Adam de toujours s'entêter à ce qu'il soit entouré. Il ne voulait pas d'une famille. Il voulait la paix, quelques contacts pour être sûr qu'il n'était pas tout à fait seul, et rien de plus. Pas de câlins, pas d'accolades, pas de retrouvailles touchantes. La seule grâce qu'il devait avoir aux yeux d'Adam, c'est qu'il supprimait toujours méthodiquement sa vie d'humain, peu à peu, contrairement à certains. C'était juste un associable misanthrope, pas un trouble fête... Mais ils avaient parfois du mal à admettre que Eifersucht ne voulait pas d'une famille. Ni ancienne, ni nouvelle. Si il tolérait la compagnie, c'était pour purger son esprit du trop plein de frustration qui semblait le malmener sans cesse.

    – Navré... Princesse. – Comment tu t'appelles ?

    Il refusait de la confondre avec Amorem. Amorem, elle avait sa place toute chaude, particulière, dans un recoin de ses pensées, mais c'était Amorem. Pas la poupée blonde délicate dans laquelle elle s'était réincarnée. Alors tant qu'elle ne serait pas là, vraiment là, il refusait de croire qu'il parlait à cette Amorem là dont il chérissait un peu le souvenir, ce qu'il n'admettrait jamais à personne. Et il ne pouvait pas l'appeler Princesse, par vrai ?

    – En tout cas, je n'ai pas l'intention de revenir pour le moment. Je pourrais dire que j'ai mieux à faire, mais ce n'est pas le cas, alors prétendons que c'est pour emmerder un peu notre ''Prince''. Il ricanna, mauvais. Tu lui feras un petit bisou sur la joue de ma part, ça lui fera plaisir.

    La situation l'amusait presque. Ceci fait et bouclé, il aurait pu refermer la porte et retourner à l'exploration de son appartement mais... Quelque chose l'en empêcha. Peut-être parce qu'il y avait Amorem, quelque part ? Ou alors, comme il l'aurait prétendu si on lui avait demandé, cette situation avait quelque chose de trop comique pour qu'il y mette fin si vite. Il était curieux de la réaction de la petite princesse timorée, adorable dans sa timidité candide.
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Re: L'éveil, enfin [Bonnie]
Sam 9 Aoû - 0:30

Dans les tréfonds de l'âme de Bonnie, Amorem bouillonnait. Elle prenait sur elle comme jamais auparavant contre sa propre nature et les envies puissantes, frustrées et passionnées qui lui hurlaient à l'oreille de se manifester. Elle luttait difficilement, douloureusement presque, contre le besoin grandissant d'étendre sa suprématie, son affection tout autour de l'Empire de la Jalousie ; elle luttait pour ne pas inonder Eifersucht de l'Amour infini qu'elle avait toujours eu pour lui et qui n'avait jamais péri malgré les années et les difficultés qui souvent s'étaient heurté à leur entente. Il lui avait tant manqué, cet imbuvable personnage ; lui et toute son ironie, sa malice, son cynisme et son sarcasme ; lui qui lui donnait parfois l'impression de n'être qu'un drôle de clown ; un peu mauvais, un peu triste. L'Amour aimait la jalousie pour ce qu'elle représentait davantage que pour ce qu'elle engendrait et inspirait car à ce jeu, et dans sa vision déformée des choses, Amorem finissait toujours la première. Non, elle aimait la Jalousie parce que lui l'aimait aussi, parce qu'elle occupait une place spéciale, privilégiée peut-être, dans son cœur. Elle aimait la Jalousie parce qu'elle était, quelque part, le reflet exacerbé de l'Amour : la jalousie naissait de l'amour, tout comme l'amour n'existait parfois que par la jalousie. L'amour n'était quelques fois visible que par des yeux jaloux, tout comme l'on se rappelait de la présence d'Amorem que parce que Eifersucht était là pour la sublimer. S'ils n'étaient pas indissociables ils allaient néanmoins de paire ; et c'était autant de raison qui affolaient Amorem et lui rendait difficile, presque insupportable, la tâche de demeurer discrète et de maîtriser son impétuosité, sa fouge et sa force.

L'Amour était un conquérant, après tout.

Bien qu'effacée, l'Entité amoureuse n'était pas innocente dans le malaise qu'éprouvait Bonnie. Elle faisait battre son cœur bien plus et bien plus fort que de raison ; et faisait de sa tête un nœud confus et chaotique, dans lequel s'entremêlaient des émotions qui ne lui étaient pas propre, qui ne venaient pas de sa conscience mais qui influençaient son corps, ses gestes et ses pensées aussi puissamment que s'ils étaient réels, vrais. Elle était perdue entre ce qu'elle ressentait, ce qu'elle pensait ressentir, ce qu'elle savait et ce qu'elle croyait savoir. L'homme en face d'elle était un parfait inconnu — impressionnant au demeurant, par ce qu'il dégageait — et pourtant, une petite voix au fond d'elle lui intimait presque l'ordre de s'adresser à lui comme l'on parlerait à une connaissance de toujours, à un vieil ami ; et c'est ce qu'elle avait fait. Alors qu'elle était d'ordinaire d'une extrême politesse, presque excessive ; elle l'avait tutoyé aussi simplement que s'ils s'étaient quittés la veille.

« Amorem... » souffla t-il, et peut-être n'aurait-il pas du ; car l'Amoureuse sentit un nouveau souffle gagner son envie de sortir du corps de l'irlandaise. « Notre Prince hein... » reprit-il, avant de s'abandonner à une hilarité aussi soudaine qu'incontrôlée ; faisait résonner son rire dans tout l'appartement. Lorsqu'il fut enfin calmé — presque aussi brusquement que le fou rire avait démarré ; il adressa à la blonde un demi-sourire en coin, qui méritait davantage l'appellation de « rictus » que de sourire. C'eut pour effet d'intimider un peu plus la bergère, qui détourna à nouveau le regard qu'elle avait eu l'audace de poser sur lui.

La silence qui s'en suivit, après le vacarme qu'avait produit son rire, n'en fit que plus lourd et plus dérangeant. Il ne dit rien, se contentant, elle l'avait deviné ; de l'observer depuis l'embrasure de la porte d'entrée contre laquelle il s'était appuyé. Elle se surprit à penser que cette attitude « lui ressemblait bien », quand bien même c'était la première fois qu'elle le rencontrait.

Lorsque sa voix résonna à nouveau, son sarcasme n'avait pas disparu. C'était une malice certaine qu'il lui demanda d'abord en quelle année il s'était réincarné — preuve encore que c'était bien le Noé qui s'adressait à l'humaine, et qu'ils n'étaient pas d'égal à égal —, avant de suggérer, sur le ton de l'ironie, qu'il valait peut-être mieux qu'il ne retrouve pas Adam aussi vite, de peur d'être dépassé par ses émotions. Pour sûr, lui qui semblait si bien manier les mots, n'aurait aucun mal à contrôler sa supposée joie de le revoir. Ce que Bonnie craignait avant tout, et ce qui donnait en un sens raison au Noé, c'était qu'il lui serait probablement bien plus difficile de tempérer sa verve et de taire les sifflements de vipères qu'il lui était si difficile de contenir. Voilà, c'était ça : pour la jeune fille de dix-sept ans, Eifersucht avait l'air d'un serpent. Ou peut-être bien d'un renard, à en juger par la ruse et la sournoiserie qui brillait au fond de ses yeux d'Or. Les mots qui suivirent, néanmoins, n'avaient rien de sarcastique ni de moqueur.

« Navré... Comment tu t'appelles ? »

Bonnie voulu répondre, mais elle fut prise d'un doute horrible, et avait trop peur de donner la mauvaise réponse à l'Entité jalouse. De qui parlait-il, de qui voulait-il connaître le prénom ? La logique voulait qu'il s'agisse de celui de la bergère, car il était forcé de connaître celui de son Souvenir. Mais d'un autre côté, taquin comme il semblait l'être — parfois à la limite du mauvais —, il pouvait tout aussi bien essayer de la piéger, de la tester ou mettre sa foi envers le Comte à l'épreuve, qu'en savait-elle ; toujours est-il qu'elle ne savait pas par quel prénom répondre, et que le temps qu'elle se décide, Eifersucht enchaînait déjà sur autre chose. Décidément, il allait bien trop vite pour l'irlandaise, qui peinait à suivre et à garder un minimum d'allure.

« En tout cas, je n'ai pas l'intention de revenir pour le moment. Je pourrais dire que j'ai mieux à faire, mais ce n'est pas le cas, alors prétendons que c'est pour emmerder un peu notre « Prince ». » fit-il avant de rire à nouveau, d'un ricanement qui n'avait rien de bon. Il riait plutôt jaune. « Tu lui feras un petit bisou sur la joue de ma part, ça lui fera plaisir. »

Bonnie se sentait effroyablement mal. Les yeux changeant de cible à chaque seconde, témoin du trouble et des doutes qui l'assaillaient ; elle était incapable sur l'instant de répondre, trop perturbée. Perturbée, impressionnée, mais surtout inquiète. Adam lui avait dit qu'elle devenait le ramener à l'Arche, il n'avait jamais parlé de devoir le convaincre. Quels arguments pouvait-elle utiliser, quelle crédibilité avait-elle face à un parfait inconnu qui semblait si sûr de lui, au moins temps qu'il prenait un malin plaisir à la malmener ? C'était perdu d'avance, toute entreprise pour le faire changer d'avis serait vaine, à n'en pas douter. Elle rentrerait bredouille à l'Arche, n'apportant avec elle qu'une parole, un bisou sur la joue pour le Comte de la part d'Eifersucht, et c'est ce qui la terrifiait le plus. Quelle excuse, quelle justification pourrait-elle avancer alors même qu'elle était novice, et qu'elle n'avait jusque là pas témoigné suffisamment d'attachement à sa famille ? Il serait légitime, si elle rentrait seule, de croire qu'elle n'était même pas allée le trouver. Elle avait peur. Peur de devoir affronter le Comte. Peur de devoir mentir aussi, car n'importe quel mensonge serait plus crédible que la vérité. Peur de décevoir, peur des représailles. Pour la jeune fille de dix-sept ans qu'elle était, le Comte millénaire n'était pas un maître, pas un ami et certainement pas un frère : ce n'était qu'un monstre à l'apparence effrayante, au sourire terrifiant, et d'une sévérité au moins aussi terrible qu'il était souriant.

Après plusieurs minutes d'un long silence, elle finit par trouver le courage — ou la nécessité, plutôt — de relever les yeux vers l'apôtre qui lui, n'avait pas bougé de l'embrasure de la porte. Gênée, hésitante, perdue entre ses propres pensées et celles d'Amorem, elle finit néanmoins par lui répondre d'une toute petite voix.

« Bonnie. » répondit-elle d'abord, marquant une pause pour guetter la réaction du blond, avant de réitérer, avec un peu plus d'assurance. « Je m'appelle Bonnie. »

Elle n'avait plus qu'à espérer qu'il parlait bien de la bergère et non pas de l'entité. Prise par le stress des mots qui commençaient à lui manquer, elle saisit une mèche de ses longs cheveux d'une main et se mit à la lisser frénétiquement de l'autre, les épaules repliées ; ce qui la rapetissait un peu plus encore. Si elle avait pu disparaître, ou se cacher dans un trou de souris ; nulle doute qu'elle l'aurait fait. Elle n'avait qu'une hâte : que ce cauchemar prenne fin, et rapidement. Pourquoi diable fallait-il que cela tombe sur elle ? Dans ses souvenirs, elle n'avait pas causé tant de soucis à Nína lorsqu'elle était venue la chercher en pleine nuit, et l'avait suivie sans poser le moindre problème, sans manifester le moindre désaccord, la moindre réticence. Pourquoi fallait-il qu'Eifersucht soit différent ?

« Je pense que.. tu devrais venir. » balbutia t-elle. « J-Je ne crois pas qu'Adam sera ravi si je... » elle chercha ses mots, avant de poursuivre.
« Si je rentre sans toi. » elle leva les yeux vers lui. « Il se faisait une joie de te revoir, et.. enfin, tu t'en moques probablement, mais il n'a pas beaucoup confiance en moi. » expliqua t-elle, persuadée qu'elle n'avait de toute façon pas d'autres cartes à jouer que celle de dire la vérité — elle n'avait rien à perdre. « Il pourrait penser que je ne suis pas venue te chercher, ou.. je ne sais pas, mais... » elle perdait complètement ses moyens, presque tremblante. Ce monde l'effrayait tellement ; lorsqu'Amorem n'était pas là pour lui donner un peu plus d'assurance et de maîtrise. « S'il te plait. Rentre avec moi. » finit-elle par demander franchement.

Elle se tue subitement, les yeux grands ouverts, comme épatée d'avoir autant parlée ; surprise par ce qu'elle venait de dire. Fuyant à nouveau les yeux du blond, elle alla perdre son regard autour d'elle, sur tout ce qui était susceptible de faire diversion, en réalité : les murs, le plafond, le sol, et même les motifs gravés dans la porte d'entrée.

« Juste l'aller-retour, si tu veux.. tu pourras repartir aussitôt, le Comte n'est pas très regardant sur nos allées et venues, tu sais... » fit-elle à nouveau pour achever de le convaincre, plus bas cette fois ; n'assumant clairement pas de supposer que la vie était plus agréable en dehors de l'Arche. Après tout, elle était l'une des rares à mener encore une double-vie, et l'idée n'enchantait pas forcément tout le monde, elle en avait fait les frais.
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Autriche ; Leander K. {5}
Intrigue Chap. II ; Côté Noés {3}
RP épistolaire ; Nína S. {1}
Kenya ; 5 Noés ; 2 Akumas {2}

† Mort †

OS Scénario ; Résurrection {1}
Norvège ; Cyclamën A. {8}
Arche ; Lena F. {7}
Arche ; Aloïs L. {9}
Intrigue Chap. IV bis ; Côté Noé {4}
Intrigue Chap. IV ter ; Côté Noé {1}
France ; Nora L. {8}
France ; Célania V. & Emy B. {4}
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Allemagne ; Sheryl K. {1}
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Re: L'éveil, enfin [Bonnie]
Dim 17 Aoû - 12:22
    Sa Princesse semblait presque terrifiée. Au fond, Leander – ou devrais-je dire Eifersucht – s'interrogeait. Physiquement parlant, son apôtre était plutôt fluet, et il ne se considérait pas comme quelqu'un de particulièrement menaçant. Pourtant, il semblait l'intimider fortement, comme si elle s'attendait à tout moment à se faire mordre. Son sourire s'élargit légèrement à cette pensée. Il n'avait rien d'un chien enragé. Effectivement, Leander avait plus du serpent. Lui-même avouait sans problème qu'il était perfide et sournois à ses heures. Mais il avait aussi comprit que c'était la nature non seulement des hommes, mais aussi des Noés. Ils pourraient sauvegarder autant de Souvenirs que nécessaire, cela... ne changeait jamais. Tout ce qui a un peu d'humanité en lui était similaire à un amas moisi, rongé par les vers, pourri jusqu'à la moelle. Il n'avait plus aucune foi dans cette humanité là qu'ils partageaient malgré leurs ambitions.

    Il baissa les yeux vers elle, son sourire s'évaporant. Bonnie. Ça lui allait bien. C'était un nom de princesse blonde. Il garda le silence, le visage figé, un peu plus sérieux. Elle semblait toujours aussi nerveuse, tripotant ses cheveux, voûtée. Elle aurait fait la paire avec Leander, si c'était l'apôtre et non le Noé qui se trouvait là... Il en était à la fois amusé et vaguement peiné. Surpris serait peut-être un meilleur mot ? Tout le monde savait que Eifersucht était un Noé insupportable, dans le genre vicieux, mais qu'il était plutôt inoffensif. Il aboyait beaucoup mais ne mordait pas, voilà tout. Ceci dit, la pauvre fille qui était venue le chercher n'en avait sûrement aucune idée. Il essayait de comprendre, même si c'était difficile pour lui, la crainte qu'elle pouvait ressentir. Ça ne marchait pas très bien. Il n'avait pas peur de grand chose.

    A ses explications, il leva un sourcil dubitatif. Pourtant, il ne doutait pas vraiment de ce qu'elle balbutiait avec difficulté. Oh, lui il savait que Adam ne pourrait que la croire si elle affirmait qu'il avait refusé de venir. Il ne doutait pas non plus une seconde qu'il en serait énervé, ou du moins vaguement irrité. Agacé peut-être. C'est dur de prévoir ses réactions, en vérité. Dans tous les cas, il ne serait pas ravi ! Et il n'était pas impossible que les conséquences retombent sur la pauvre, frêle petite Bonnie. Mais bon, quelles conséquences ? Quelques mouvements d'humeur, guère plus. Tout le monde aimait la splendide Amorem. Enfin... Presque tout le monde.
    Pourtant, sa demande inquiète, teintée d'une sorte de naïveté, avait quelque chose de touchant. Peut-être était-ce parce que derrière, il y avait sa sœur préférée, sa compagne de toujours. Certains disaient qu'un amour sans jalousie est un amour imparfait. Et il était comme ça, traîne, ombre d'Amorem, voué par sa présence à la magnifier. Il... détestait ça, même si il adorait sa sœur. Mais il pouvait difficilement lui refuser le moindre service, car elle dégageait quelque chose qui lui particulièrement, le remuait. Bien que ce ne soit pas elle qui se tenait là, il discernait un peu de sa fougue chez son hôte.
    Il était partagé entre ces deux pulsions contraires. Suivre Amorem comme de coutume, ou fuir ses frères, fuir Adam, et rester cloîtré là comme le lui suppliait son apôtre. Cependant, si il était misanthrope jusqu'au dernier degré, il n'en valorisait que d'autant plus le peu de pureté qu'il restait en ce bas monde, et la Princesse correspondait bien à ce mot. Elle semblait encore... épargnée par la gangrène contagieuse qui rongeait tout ce qui l'entourait et lui le premier. Et il avait du mal à refuser quoi que ce soit à son innocence. Ce genre de douceur sans prétention était un peu sa faiblesse.

    Il sortir complètement, toujours silencieux, et claqua la porte derrière lui avant de s'y appuyer, dardant sur Bonnie un regard figé. Un instant, il garda le silence, puis un début de sourire étirant ses lèvres, il lâcha à vois basse, presque murmurée :

    – Il doit vraiment te terrifier pour que tu insistes autant, hein ? Et moi, je te fais peur ? Enchaîna-t-il doucement, souriant, comme si rien ne pourrait lui faire plus plaisir.

    Il laissa sonner le son de sa voix un instant. Elle avait l'air tellement impressionnable, il avait envie de la taquiner un peu. Quoi qu'il dise, elle sentait que ça ne la rassurerait pas, et ça l'amusait énormément. Il croyait dur comme fer que si il était là, c'était pour ça : s'amuser, s'amuser des autres même, car il ne servait pas à grand chose d'autre. Il ne se sentait pas très concerné par cette guerre. Il avait... envie de vivre, alors il ne pouvait que soutenir ses confrères, mais il ne voulait pas y mettre les pattes lui-même. D'un ton léger, il continua :

    – C'est adorable. On dirait un chaton en détresse. C'est bien connu qu'un chaton ferait fondre le plus solide des cœurs de pierre, hein ? Tu devrais peut-être essayer ça sur Adam tiens...

    Il attendit un instant, demi-sourire aux lèvres, au cas où elle voudrait s'exprimer. Peut-être le surprendrait-elle. Les yeux pâles rivés sur elle, il attendit un instant, puis détourna le regard.
    Autant ne pas attirer l'attention en se baladant dans Vienne en affichant clairement son ascendance de Noé. Il n'était pas la discrétion même, avec la série de marques noires qui ceignaient son front comme une couronne funèbre. Alors Eifersucht choisit la retraite, quelques instants. Après tout, ça ne changeait rien : il était toujours là, au fond, quelque part.
    Aussitôt dit, aussitôt fait : le Noé s'effaça, se retirant quelque part dans la mémoire de son hôte. Celui-ci se courba aussitôt alors que sa peau reprenait sa teinte naturelle et se yeux se voilaient. Il se frotta les tempes, les doigts tremblants, plus par réflexe que par douleur réelle, le visage masqué par quelques mèches éparses. Finalement, il se redressa lentement pour faire face à Bonnie. Il avait du mal à réprimer sa propre nervosité, maintenant. Il ne pouvait que comprendre celle de l'irlandaise qui se tenait devant lui.

    Leander était Eifersucht, c'est vrai, mais il ne l'aimait pas. Comme on n'aimerait pas un défaut récurrent dont on était incapable de se débarrasser. Son insouciance, son cynisme, ses sarcasmes le mettaient mal à l'aise. Mais... C'était comme ça maintenant. Il valait mieux s'habituer à sa présence et retenir les bribes de lui qui restaient pour les faire survivre. Hochant rapidement la tête, il balbutia, à voix très basse :

    – Désolé. Allons y...

    Il ne savait pas bien de quoi il s'excusait. Sans doute de son propre comportement. Il détournait le regard, mal à l'aise, mais incapable d'y attacher de l'importance. Il avait du mal à accepter ce qu'il lui arrivait, de tout ce qu'il souhaitait, c'était rester seul quelques temps. C'était bien son seul point commun avec le souvenir qui l'habitait à cet instant. Mais si celui-ci avait décidé qu'il suivrait la jolie Bonnie, alors il suivrait la jolie Bonnie.
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Re: L'éveil, enfin [Bonnie]
Lun 18 Aoû - 21:23

Elle avait parlé, et maintenant, elle regrettait déjà de l'avoir fait. Ce n'était pas dans ses habitudes d'en dire autant sur elle et se laisser aller si facilement à la parole. Les seuls avec qui les mots venaient sans effort était sa famille – la vraie, bien évidemment. Celle qu'elle avait laissée en Irlande. Avec eux, elle laissait son cœur parler sans détour et sans recours ; elle ne posait aucune limite, n'avait aucun secret pour eux – sinon la double-vie qu'elle menait et qui devait, par réelle nécessité, être tue. Elle n'était véritablement libre que lorsqu'elle foulait les terres mouillées de son pays natal, quand ses cheveux étaient bercés par ce vent marin, salé, si typique des côtes voisines ; elle qui n'avait pourtant jamais vue la mer. Elle la savait tout près, et rêvait un jour d'y aller ; mais son destin l'avait rattrapée et prise de court, frappant à sa porte sans prévenir : un beau jour – ou peut-être une nuit – il était venu souffler sur ses rêves et ses projets d'avenir, les emportant loin, très loin d'elle – peut-être même avait-il été les noyer dans la mer, qui sait – et les avait remplacé par des devoirs, des convictions qui n'étaient pas les siennes, et la promesse d'un funeste futur pour elle et le siens. Adieu la dure – et pourtant si belle – vie de bergère, adieu papa et maman, adieu la mer et adieu le futur fantasmé d'une paisible petite vie de famille. Heureusement pour elle, elle n'avait pas hérité du souvenir le plus néfaste et de ce fait, parvenait encore à avoir suffisamment l'ascendant sur son Entité pour reprendre sa vie là où elle l'avait laissée, à quelques différences près ; mais c'était déjà beaucoup pour elle. A vrai dire, du moment qu'elle pouvait être auprès d'eux, qu'elle pouvait les voir rire, qu'elle pouvait continuer d'admirer les sourires de sa mère et les regards fiers de son père, ça lui suffisait. Elle n'en demandait pas plus. Simplement qu'ils soient préservés de l'horreur du monde et de l'air sinistre qui se jouait dans l'Arche. Pour ça, elle était prête à tout ; même à supporter plus de souffrances, à traîner des chaines encore plus lourdes. Elle pouvait bien porter en elle toute la misère du monde si ça permettait à ses parents de vivre heureux et ignorants. Toujours était-il qu'elle lui avait parlé, à lui, Eifersucht. Elle avait délivré un petit bout de sa vie, pas grand chose certes ; mais un tout petit peu était déjà un aveux bien trop grand pour le parfait inconnu qu'il était. Ils ne parlaient pas d'égal à égal. Ce n'était pas Amorem face à Eifersucht, ce n'était pas l'Amour face à la Jalousie ; c'était l'humaine face au descendant de Noé. Et cette humaine-la, n'avait rien à lui dire.

Parce qu'elle ne le connaissait pas. Et que ces deux billes dorées qu'étaient ses yeux ne lui délivraient pas grand chose de sincère. Il portait redoutablement bien son masque de Noé, pour un apôtre fraîchement éveillé, il fallait l'avouer : soit Eifersucht était démesurément puissant, soit son hôte était désespéramment faible. Ou peut-être était-ce les deux, peut-être la personnalité de l'hôte et du parasite étaient si différentes l'une de l'autre qu'aucune harmonie n'était possible. C'était soit l'un, soit l'autre, mais pas les deux ; à la différence d'Amorem qui avait choisi pour humaine une jeune fille qui lui ressemblait - pour mieux tromper sa vigilance. C'était une méthode comme une autre et quelque part, celle employée par la jalousie ne l'étonnait pas. Toujours ce besoin de tout tourner en dérision, cet insupportable cynisme et ce je-m'en-foutisme quasi-permanent ; qui le poussait à voir le monde et ses hommes d'une façon déformée et raillée.

Ça l'attristait plus qu'autre chose. Et ça lui donnait la dangereuse envie de l'aimer.
Shhh. Pas maintenant, Amorem.

L'apôtre de Noé finit par sortir complètement de chez lui et brusquement, referma la porte derrière lui, contre laquelle il s'appuya. Bonnie sentit son regard se poser sur elle, alourdit par le silence qu'il s'amusait visiblement à faire durer. Ses yeux à elle continuaient de se perdre sur le décor environnant, incapables d'affronter leurs jumeaux jaloux.

« Il doit vraiment te terrifier pour que tu insistes autant, hein ? Et moi, je te fais peur ? » demanda t-il dans un murmure, à l'intonation duquel elle devinait aisément un sourire. « Peur ? » se répéta intérieurement la blonde, arrondissant les yeux de surprise. Il était certes impressionnant – ou peut-être était-ce elle qui était impressionnable ; mais elle n'en avait pas peur. Celui qu'elle craignait par dessus tout, qu'elle craignait encore plus qu'Amorem, c'était Adam. Elle avait bien compris qu'il n'avait que très peu confiance en elle, et qu'il voyait d'un mauvais œil sa double-vie. Alors, plus que pour elle, c'était pour sa famille qu'elle avait peur : qui savait de quoi était-il capable pour la détacher définitivement de son Irlande et de la vie qu'elle y menait ? Elle refusait que ses parents encourent le moindre risque par sa faute, et c'était pour cette raison uniquement qu'elle se pliait au moindre des ordres du Comte Millénaire. Pour cette raison qu'elle ne voulait, sous aucun prétexte, le froisser. Pour cette raison qu'Eifersucht devait la suivre. « C'est adorable. On dirait un chaton en détresse. C'est bien connu qu'un chaton ferait fondre le plus solide des cœurs de pierre, hein ? Tu devrais peut-être essayer ça sur Adam tiens... »

Il n'y avait décidément qu'Eifersucht pour se laisser aller à telles remarques. La réflexion ne fit que conforter la bergère dans l'idée qu'elle s'était faite du Noé : c'était facile de faire ce genre de réflexion en jugeant sur les apparences et les premières impressions ; Bonnie n'avait néanmoins rien de ce chaton en détresse qu'il décrivait, prêt à implorer la pitié pour un peu de compassion. Oh, ce qu'elle pouvait regretter d'avoir parlé...

Choisissant le silence plutôt qu'une parole inutile, l'attention de Bonnie fut néanmoins captée lorsque son compagnon d'armes prit forme humaine, sans prévenir. Dans le silence, et peut-être un peu dans la douleur aussi, Eifersucht s'effaça au profit d'un jeune homme qui soudain parut beaucoup moins impressionnant que son entité parasite. Il semblait avoir perdu quelque chose de plus que sa peau grise et ses yeux dorés ; il avait perdu de son assurance, de sa prestance. Il paraissait presque plus petit, plus frêle, alors que de ce côté là ; rien n'avait changé. C'était tout ce qu'il dégageait désormais qu'il était redevenu l'homme qui l'amoindrissait : il était nerveux, peu sûr de lui, presque tremblant, effrayé. Les rôles s'étaient inversés : le chaton en détresse, c'était lui. Bonnie l'observait avec ses grands yeux ronds, au fond desquels luisait la surprise et la crédulité ; muette face à ce changement pour le moins impressionnant. Depuis quand Eifersucht avait changé d'avis ? Ses mots l'avaient-ils réellement convaincu ? Rien n'était moins sûr – même elle n'y avait pas cru.

Décidément, cet apôtre était particulièrement singulier, insaisissable.
Tout ce qu'Amorem aimait.

« Désolé. Allons y... »

Sa voix, basse et hésitante, tranchait avec celle de la Jalousie. Elle tira la blonde de ses pensées, la forçant presque à répondre sous le coup de la surprise. Elle se sentait obligée de dire quelque chose face à son désarroi, qu'elle ressentait aisément – la faute à Amorem et à son éternelle empathie exacerbée, toujours.

« Il n'y a pas de mal. » murmura t-elle à son tour, sans vraiment savoir à quoi elle faisait référence. Eifersucht était ce qu'il était ; et pour ce qu'il représentait, et compte tenu de ce que ses frères apôtres disaient de lui, il s'était montré relativement agréable avec elle. Il n'y avait pas de raison de s'excuser – elle n'était pas faite de sucre ni de verre, après tout. Et du mal, Dieu savait qu'il s'en disait sur elle, au Clan Noé... Ils étaient peu à comprendre et à tolérer sa double-vie et son amour inconditionnel pour sa famille humaine.

Elle se mit en route, le pas lent. Elle était pressée que cela soit terminé, mais paradoxalement, elle n'avait pas envie de rentrer à l'Arche. Une part d'elle se sentait coupable, comme Nina l'avait été elle, et Tyki encore avant elle. Etre celui qui vient arracher l'autre à sa vie d'avant : pourquoi fallait-il qu'elle endosse ce rôle ? Elle se souvenait de la peine et de la terreur qu'elle avait éprouvé lorsque le Mythe était venue la cueillir en pleine nuit. Elle savait la rancœur qu'éprouvait Nina à l'égard du Plaisir qui l'avait arrachée à sa famille. Elle ne voulait pas être ce lien entre l'Avant et l'Après, elle ne voulait pas que l'homme se souvienne d'elle comme celle d'une personne venue troubler une vie peut-être pas parfaite ; mais humaine, mortelle, et dont il était la maître. Elle se sentait coupable de l'emmener là où il n'avait vraisemblablement pas envie d'aller, qu'il s'agisse de l'homme ou du Noé. Et pourtant, c'est vers ce lieu maudit, vers cette Arche qu'elle détestait tant que ses pas les portaient, tous les deux.

« Dis... » souffla t-elle, hésitante ; apeurée à l'idée de renouer un contact qui semblait s'être rompu. « Tu.. Tu veux bien me dire ton prénom ? »

Elle risqua un œil en direction de son interlocuteur, avant de rapidement détourner le regard, à nouveau. La tête baissée, les yeux fixés sur ses pieds qu'elle peinait tant à mettre l'un devant l'autre, elle avançait ; chaque pas alourdit par le poids de sa culpabilité.
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Re: L'éveil, enfin [Bonnie]
Ven 5 Sep - 1:19
    Leander se sentait exceptionnellement mal à l'aise. Vis à vis d'elle, déjà. Il n'aurait jamais eut le cran de s'adresser à elle comme Eifersucht l'avait fait. Il avait du mal à réaliser qu'il abritait ça, non... Qu'il était ce personnage sinistre et grossier qu'il ne comprenait pas. Quand bien même la jolie Bonnie s'empresserait probablement de disparaître de sa vie – car il n'avait aucune envie de fréquenter des noés, et qu'il sentait que le Souvenir qu'il abritait n'était guère plus sociable – il aurait préféré ne pas lui laisser ce genre d'impression. Vis à vis de lui-même aussi. C'était... si soudain. D'un coup, il n'était plus lui-même, et une parfaite inconnue qui lui parlait comme si ils se connaissaient depuis toujours frappait à sa porte. Il avait parfaitement compris ce qu'il se passait mais lui, vraiment lui, il avait du mal à le réaliser. Il avait envie de se planquer et de dormir pendant des jours, et des jours...

    Mais on ne lui laissait pas ce luxe. A la place, il suivait la dénommée Bonnie dans les rues de Vienne. Il sentait qu'il n'avait pas vraiment le choix. Le pire, dans tout ça, c'est qu'il ne se sentait pas le bienvenu. Il ne se sentait même pas le bienvenu dans sa propre tête. Le Noé en lui ne lui cachait pas un instant qu'un jour, sa personnalité disparaîtrait et qu'il serait le seul maître de ce corps et de ces souvenirs... Cette perspective le terrifiait. Ce n'est pas non plus comme si il pouvait y changer quelque chose. Il n'avait aucune idée de comment procéder pour se sauvegarder, après tout. Pour le moment... Mieux valait juste la suivre.

    Leander esquivait son regard avec précaution. Au début, le choc l'avait laissé comme indifférent, mais il sentait la nervosité revenir, grignoter avec application chaque recoin de sa confiance. D'un geste bref, il tira ses manches sur ses poignets, décoiffa une mèche d'un geste incontrôlé, balaya le sol du regard, puis lui emboîta le pas. Elle n'avait pas du passer inaperçue, avec sa robe légère loin de la mode actuelle. Ils devaient former un couple étrange... Pas que ça avait une grande importance, à présent. Rien n'avait plus d'importance, songeait-il. C'était une pensée drastiquement pessimiste, il s'en rendait compte si il faisait l'effort d'y réfléchir. Il n'était pas impossible que la cohabitation se passe moins mal qu'il ne l'imaginait, n'est-ce-pas ? Rien ne l'empêchait de partager tout ceci avec ce nouvel... habitant de son esprit. Mais l'unique chose à laquelle il arrivait à penser, c'est que Eifersucht lui volait sa vie. Se l'appropriait, la lui retirait complètement, elle et tout ce qu'il aimait et détestait à son propos. Il faisait sien les souvenirs délicats d'amis et de conquêtes passées, balayait ses rêves et ses espoirs. Il... avait si peur de la façon dont tout cela allait se dérouler.

    La voix de Bonnie le tira de ses pensées et finalement, il leva les yeux vers elle pour la regarder directement. Elle ne semblait pas plus faite pour tout ceci que lui. Il se demandait comment elle avait vécu tout ça... Elle semblait nerveuse, c'est un fait, mais elle ne semblait pas non plus totalement désespérée. Peut-être que... Amorem n'était pas Eifersucht. Lentement, détournant les yeux et un peu gêné, il répondit :

    – Ah, je ne me suis pas présenté... Enfin Leander, où sont donc passées tes bonnes manières ? Je m'appelle Leander Klein. J'aurais préféré vous rencontrer dans d'autres circonstances... Bonnie, c'est bien ça ?

    C'était un joli nom. En tout cas, il lui allait comme un gant. Il s'en dégageait une sorte de douceur romantique qui... Il s'emballait. Ce n'était pas le temps d'idéaliser la première personne venue en s'imaginant milles bêtises rêveuses à leur propos. Même si il avait en tête un thème tendrement menaçant qui lui trottait dans la tête... L'arrivée de l'Amour, il l'aurait appelé. Et personne n'aurait compris pourquoi c'était si tendu, voire sombre. Et il se serait senti génial, peut-être. Là, il se sentait plutôt misérable, et tout ce qu'il put offrir à Bonnie fut un sourire tendu, las.
    Sans cesser de marcher, le regard fuyant, il se risqua à reprendre la parole :

    – Sans vouloir être indiscret... Ça ne me regarde pas... Il hésita un instant, puis se lança, sans la regarder. Comment vivez-vous tout cela ? Peut-on s'y habituer un jour ?

    Il espérait, quelque part, secrètement, qu'elle aurait quelques paroles rassurantes pour l'angoisse sourde qui lui rongeait le ventre. Il ne demandait que ça, un petit mot calme qui lui dirait que c'était rien. Qu'on s'habituait, que ça passait vite, que tout ceci avait un but. Il avait peur, tout simplement. Il se sentait comme un gosse soudainement orphelin qui ne sait pas vraiment ce qu'il se passe, mais qui sent que c'est grave, tout en ignorant les conséquences. Et autrement... Si elle ne pouvait pas lui offrir ce petit réconfort, au moins pouvait-il espérer une réponse sincère qui le préparerait pour de bon. Admettre la réalité.
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Re: L'éveil, enfin [Bonnie]
Mar 16 Déc - 15:49

Les secondes s'écoulaient à la fois trop vite et trop lentement, c'était une sensation désagréable pour la bergère. Même si le temps n'avait désormais plus d'incidence sur sa vie, ou très peu, il parvenait encore à créer ces malaises, ces doutes et ces coupures ; comme pour prouver qu'il était impossible de réellement lui échapper : les descendants de Noé se moquaient peut-être de la vieillesse, mais le temps qui passait continuait malgré tout de régir leur vie : peut-être que demain amènerait pour certain d'entre eux le repos éternel - car non, ils n'étaient pas immortels -, le deuil ou le sang. Qu'en savait-elle, la petite bergère, de la sécurité de ses parents ? Qu'en savait-elle, de ce qu'il pouvait bien être en train de leur arriver pendant qu'elle était ici, en compagnie d'un inconnu ?

Les Noés pouvaient certes se soustraire au joug du Temps ; mais ils ne pouvaient, et ne pourraient jamais le contrôler.

Cette simple idée, couplée à toutes les hypothèses horribles et néfastes qui naissaient au creux de sa tête rendaient la petite blonde dans un triste état ; incapable d'avancer avec conviction et détermination en direction du lieu vers lequel elle escortait la Jalousie.

Eifersucht, puisqu'il n'avait pour l'instant pas d'autres noms dans l'esprit de Bonnie, la regardait ; et elle sentait son regard sur elle, pesant lourd. Lourd de culpabilité, d'incompréhension, de chagrin peut-être, de regrets. Oh, comme elle aurait voulu que cette journée ne soit qu'un mauvais rêve...

« Ah, je ne me suis pas présenté... » répondit-il enfin, brisant l'étrange silence qui s'était installé. « Je m'appelle Leander Klein. J'aurais préféré vous rencontrer dans d'autres circonstances... Bonnie, c'est bien ça ? »

Elle hocha la tête pour dire oui. Oui, elle s'appelait Bonnie, et oui, elle aussi aurait préféré le rencontrer dans d'autres circonstances - n'importe quelles autres, même les plus improbables, pourvu que ce fut différent de ce qu'il se passait aujourd'hui. Leander Klein. Ça lui allait bien, songea la blonde. En tout cas, c'était bien d'ici, et ça collait parfaitement avec l'environnement, les couleurs et les bruits de la ville. Elle n'avait peut-être pas l'accent pour le prononcer correctement, mais il roulait silencieusement sur ses lèvres d'une jolie façon ; les syllabes venaient toutes seules, d'elles-même, glissantes, coulissantes. Il tournait en boucle dans la tête de la blonde qui s'amusait à le répéter de différentes manières, toujours silencieusement, toujours par la pensée ; pour essayer de se soustraire à l'atmosphère pesante qui flottait tout autours, dans la réalité. Leander. Bonnie avait toujours aimé les prénoms commençant par L, elle les trouvait plus jolis, plus facile à dire et à retenir, aussi. L comme liberté, comme loin d'ici, comme là-bas, comme là-haut... L comme laine, aussi.

Encore et toujours, tout la ramenait inlassablement à sa famille et à sa vie d'avant. Une vie qu'elle menait encore certes, mais différemment ; et surtout pas comme elle l'aurait voulu. Ses longues journées au sommet des collines, lorsqu'elle emmenait ses moutons aux pâturages lui manquaient terriblement. Ces longues heures dans le calme, accompagnée par le doux chant des oiseaux ou le sifflement du vent, passées à rêvasser de tout et de rien, de son futur ; tous ces moments, toutes ces fois où elle s'était inventé un mari, une maison de pierre grises et des enfants - tout cela lui manquait terriblement. C'était comme un deuil, comme pleurer la mort d'un futur qu'elle avait rêvé si fort qu'il ne pouvait qu'arriver, se dérouler comme elle l'avait prévu. Hélas, une fois encore, le destin en avait décidé autrement.

« Sans vouloir être indiscret... Ça ne me regarde pas... » La voix de Leander tira la bergère de ses pensées, la surprenant presque. Attentivement, elle écouta. « Comment vivez-vous tout cela ? Peut-on s'y habituer un jour ? »

La question. Bonnie eut un moment d'absence, un moment durant lequel son visage se figea dans la tristesse et son cœur dans l'effroi. La question était pertinente, et l'hôte d'Amorem avait jusque là prit soin de ne jamais se la poser tant elle redoutait la réponse. A vrai dire, au fond d'elle-même, tout était confus : elle ne savait pas vraiment ce qu'elle voulait, ce qu'elle espérait. Bien-sûr, ne plus souffrir, ne plus regretter, ne plus se battre et ne plus se fatiguer à lutter contre son entité parasite avait de quoi séduire ; et plus d'une fois la jeune bergère s'était abandonnée à l'idée de se laisser dévorer l'âme par Amorem, céder à sa seconde nature et en finir avec sa vie de souffrance et de lutte acharnée contre une chose qui prenait un peu plus de terrain chaque jour passant. Mais de l'autre côté, et c'était peut-être aussi pénible que c'était son dernier espoir ; elle refusait d'abandonner son humanité, et elle craignait le jour où tout ce qu'elle endurait deviendrait synonyme de routine, à laquelle elle aurait fini par s'habituer, par accepter. S'il fallait qu'elle en soit incapable pour ne plus pleurer ; alors elle pouvait bien endurer tous les malheurs du monde : pour rien au monde elle n'abandonnerait son humanité - le peu qu'il lui en restait.

Timidement, la gorge nouée, elle posa son regard sur son compagnon d'armes, sur son frère, et lui répondit doucement, d'une voix à peine audible, dans laquelle on pouvait aisément percevoir les sanglots qui menaçaient de s'échapper de sa gorge à chaque instant.

« Ça ne fait pas longtemps que... » balbutia t-elle. « Enfin, tu sais.. que je suis devenue comme ça. » expliqua t-elle. « Ça dépend de ton Entité, et.. de toi, aussi. Plus tu luttes contre elle, moins tu t'habitues... Et plus tu souffres. » continua t-elle en de faibles murmures. « Je ne le vis pas très bien, mais mes frères pensent que ce n'est qu'une question de temps avant que je ne m'abandonne complètement à Amorem. Je.. je n'ai pas envie que ça arrive. » confia t-elle, surprise par la facilité avec laquelle elle se confia à un inconnu. Avait-elle un si grand besoin de vider son cœur ?

Elle inspira profondément, essayant par la même de ravaler ses sanglots, et planta son regard fébrile dans celui de Leander ; comme si elle s'apprêtait à avouer une faute et qu'elle cherchait dans ces deux prunelles étrangères le réconfort que sa conscience ne pouvait pas lui offrir.

« J'aime toujours les humains... » dit-elle. « Et.. et toi ? »

Dis-moi que l'on se ressemble, même un peu.
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Re: L'éveil, enfin [Bonnie]
Dim 11 Jan - 16:14
    Elle semblait si démunie. Lorsqu'il lui posa la question, il vit son visage se figer. Il y avait une sorte de tristesse dans son regard, et il détourna promptement les yeux, mal à l'aise. Il sentait son cœur se serrer, non seulement pour elle, mais un peu pour lui aussi. Elle ne semblait pas vraiment bien vivre sa condition, même si il ne pouvait le deviner que par d'infimes indices, de furtives hésitations. Il en venait à se demander si ce n'était pas mieux, quelque part, de se laisser aller au Noé. Abandonner doutes et craintes à l'esprit d'un autre... Mais une mort aussi malsaine lui répugnait. Laisser son propre corps aux mains d'un autre ? Il n'avait guère de sympathie pour lui-même, mais il avait suffisamment de fierté et, peut-être, aimait suffisamment vivre pour s'y refuser.

    Sa réponse confirma toutes ses craintes. Il glissa un regard furtif sur elle, submergé par la compassion. Il était encore désorienté, perdu, à peine conscient de son nouveau état. Mais ça faisait un moment que elle, elle devait s'y plier et l'accepter. C'était l'unique chose que ça lui évoquait : un petit oiseau oppressé, tenu entre les mains douces et avides d'Amorem. Peut-être avait-il trop d'imagination... Ces rêveries là n'avaient rien d'agréable. Il ressentait le besoin urgent de la rassurer, mais que pouvait-il bien lui dire ? Que ça s'arrangerait ?
    Très doucement, comme si il craignait de l'effrayer, Leander prit sa main et la serra délicatement, alors qu'il répondait avec un petit sourire sans joie, désolé :

    – N'abandonnez pas, quoi qu'ils en disent. Si je le peux... Je vous aiderais. Termina-t-il avec une brève hésitation.

    Et il la lâcha aussitôt, soudainement gêné. Il ne serait jamais vraiment à l'aise avec ça. Il ne savait pas bien ce qui le motivait à la soutenir ainsi. Il ressentait une sympathie instinctive et sincère pour Bonnie, tout comme il pouvait à présent partager ses craintes. Il espérait ne pas la voir disparaître, et il ne voulait pas... rester seul, tout simplement. Il avait peur déjà de rencontrer ses frères. Il se sentait si détaché de tout ça, comme si il n'était pas vraiment concerné. Il savait aussi que Eifersucht n'était pas le plus apprécié des Noé, même si ça n'émouvait pas beaucoup le concerné. Avoir un semblant d'allié, peut-être une ombre d'amie... Si toutefois il pouvait la considérer ainsi... Ce serait son seul réconfort. Il ignorait si d'autres Noés avaient gardé cette part d'humanité en eux. C'était probable, mais dans quelle mesure ? Combien n'étaient que Noé ? Peut-être y avait-il des cas où l'homme et l'apôtre étaient suffisamment proches pour se fondre sans anicroche, naturellement. Il avait l'impression que ce ne serait jamais son cas.

    Sa question le prit quelque peu au dépourvu. C'était si nouveau, si brusque pour lui... Il n'avait pas vraiment réfléchi à ce que ça impliquait. Il garda un instant le silence, vaguement troublé, les yeux perdus dans le vide. Eifersucht s'était posé là comme un papillon sur une fleur, installé comme si il y avait toujours été, et ses souvenirs et pensées lui semblaient aussi naturelles que les siennes. Maintenant qu'il y pensait, cet état le mettait clairement mal à l'aise. Ces pensées, ces souvenirs, étaient si drastiquement opposés aux siens que s'en était troublant.
    Eifersucht ne détestait pas les hommes. En fait, il s'en fichait éperdument, de leur sort. Il suivait la philosophie de sa famille comme une sorte de mal nécessaire, de tâche ennuyante à laquelle il ne pouvait pas se soustraire : il traînait des pieds, râlait, mais à aucun moment ne s'était détourné ou avait songé à s'y opposer. Pour quoi faire ? Il était trop pessimiste pour croire en leur idéaux, trop pragmatique pour s'y opposer, trop paresseux pour y réfléchir et prendre parti. C'était pas une question, de toute façon : c'était comme ça.
    Lui, par contre, ne ressentait que dégoût de prendre part à ça. Il ne voulait pas, il s'y refusait : mais peut-être était-il trop faible ou trop peureux pour s'y opposer aussi. Il n'avait pas encore envie de disparaître. Néanmoins, malgré tout... Il se sentait plus solidaire des hommes qui souffriraient de leurs plans que de ses frères qui pourraient disparaître en s'y essayant. Alors, gravement, il hocha la tête et répondit avec sincérité :

    – Moi aussi. Je ne peux pas faire autrement.

    Et il replongea dans un silence épais, lourd comme une chape de plomb. Si il était parvenu à calmer ses angoisses les plus immédiates, il était soucieux. L'avenir s'annonçait plutôt sombre pour eux... Et aussi fort qu'il essayait d'éveiller sa bonne humeur, il n'y parvenait pas. Néanmoins, ses bonnes manières étaient plus fortes que tout, alors il prit sur lui-même, fit de ses doutes un petit paquet scellé qu'il planqua dans un recoin de son esprit, et se redressa.

    Vienne se déroulait autour d'eux dans son austérité habituelle, maussade et magnifique. Si il oubliait un instant les circonstances, tout ceci n'aurait pu n'être qu'une paisible balade en ville en agréable compagnie. Il aurait aimé que ce soit le cas... Une nouvelle fois, le contraste qu'offrait Bonnie avec sa Vienne si digne le frappa, et faisant un effort démesuré pour s'arracher à ses sinistres pensées, il lui demanda :

    – D'où viens-tu ? La tutoyant finalement avec un effort manifeste.

    Peut-être venait-elle de loin. Peut-être demeurait-elle à l'Arche, mais il aurait mis sa main à couper que ce n'était pas le cas. Tout semblait indiquer qu'elle était attachée à sa vie d'humaine plus qu'aux autres Noés. Sans doute n'avait-elle pas fait ce trajet pour le loisir... D'où avait-elle été arrachée pour venir le chercher, lui, dans son appartement triste ? Aussi frère et sœur qu'ils étaient censés être, cette idée accentua son mal-être. Au moins, ils auraient l'occasion d'embrayer sur une discussion plus légère, le temps que leurs pas les mènent jusqu'à la Porte de Road... Plus si éloignée à présent, information dont il était convaincu sans trop savoir d'où elle provenait.
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Re: L'éveil, enfin [Bonnie]
Ven 16 Jan - 18:33

Leander détourna son regard, fuyant les yeux fébriles et désespérés que Bonnie plantait dans les siens. Cette réaction déstabilisa la jeune fille qui l'espace d'un instant cru en avoir trop dit ou trop fait ; et se mit subitement à craindre les éventuelles représailles de la part du Noé. Elle ne savait trop dire ce qui l'avait poussée à se confier à cet apôtre nouvellement éveillé et dont elle ignorait tout sinon le prénom ; mais les doutes commençaient à envahir son esprit trouble et perdu. Se pouvait-il qu'Eifersucht ait déjà suffisamment d'emprise sur l'humain pour le manipuler à sa guise ? Et s'il lui prenait l'envie de tout répéter au Prince Millénaire ? Et si, pire encore, il se chargeait lui-même de remettre l'hôte d'Amorem sur le droit chemin ? Prise de doutes et de questions qui menaient à d'horribles hypothèses ; l'irlandaise ne réalisait véritablement que maintenant la dangerosité de sa petite confession à l'égard du blond qu'elle accompagnait.

Et pourtant, ce petit regard fugace qu'il lui adressa à nouveau fit voler toutes ses craintes en éclats. Dans la lignée de ce regard gorgé de compassion, Leander prit doucement la main de Bonnie dans la sienne, serrant délicatement ses petits doigts fins. Accompagnant son geste, un fin sourire étirait à peine ses lèvres ; de ceux que l'on chargeait de peine.

« N'abandonnez pas, quoi qu'ils en disent. Si je le peux... Je vous aiderais. » lui dit-il simplement.

Sa main avait déjà lâché la sienne et pourtant, Bonnie était encore focalisée sur ce qu'il venait de se passer et sur l'ascenseur émotionnel qu'avait engendré les gestes et les mots du blond. Elle avait du mal à poser un sentiment sur ce qu'elle ressentait à cet instant et, tout autant qu'elle peinait à se situer dans la foule des émotions contraires qui l'assaillait ; la présence et le contact de Leander lui semblait bénéfique, agréable et réconfortant. Tant et si bien qu'elle se demanda si tout cela était bien réel, bien humain ; ou seulement la connexion naturelle qu'il pouvait exister entre le souvenir de l'autrichien et le sien — quel genre de lien, pensa t-elle, pouvait-il exister entre Eifersucht et Amorem ?

Refusant de creuser davantage la question par crainte de ce qu'elle y découvrirait, Bonnie souffla doucement, comme pour expirer par son souffle toutes ces pensées néfastes qu'elle ne voulait pas avoir — elle ne voulait pas penser aux Noés, elle voulait parler d'espoir, des Hommes, de la vie ; parler de toutes ces choses qu'Amorem n'était pas encore parvenue à détruire et que la bergère chérissait de tout son cœur.

Et au fond d'elle, elle avait l'espoir enfantin qu'il en soit de même pour Leander. Elle se refusait encore de le voir comme un descendant de Noé, quand bien même c'était précisément parce qu'il en était un qu'elle avait pu le rencontrer aujourd'hui. Il avait l'air encore trop humain, et si maladroit, si gêné d'être lui-même — ou peut-être bien était-ce sa présente à la fois inconnue et familière qui le perturbait — qu'elle ne pouvait s'imaginer un instant qu'Eifersucht ait consumé jusqu'à la dernière parcelle de l'âme humaine de son hôte. Cette spontanéité, cette triste maladresse, ce regard sans éclat et ce sourire désolé renvoyaient à des choses trop profondes — si profondes qu'elle ne parvenait pas à les identifier — C'était peut-être naïf, peut-être vain ; mais Bonnie avait besoin d'y croire, besoin de savoir qu'elle n'était pas seule, et qu'être apôtre n'était pas nécessairement une fatalité. A deux, trois, peut-être même quatre ; le fardeau serait sans doute moins lourd à porter.

« Moi aussi. Je ne peux pas faire autrement. » finit-il enfin par répondre, achevant d'élever les espoirs de la bergère ; qui ne pu réprimer un sourire sincère.

Suite à cela néanmoins, le silence enveloppa les deux apôtres à nouveau, leur permettant au passage de s'attarder un peu plus sur la ville qui s'élevait tout autour d'eux. Le regard dans le vide, cherchant un point à fixer, Bonnie quittait déjà la réalité du monde extérieur pour lui préférer ses drôles de rêveries ; emportée par le nouveau souffle d'espoir que lui donnait — bien malgré lui elle en était persuadée — son compagnon d'infortune. Elle était dans un ces jours, un de ces états où il suffisait d'un rien pour la descendre plus bas que terre ; tout autant qu'un simple sourire, ou une seule parole réconfortant pouvait lui donner des ailes. Par chance — ou peut-être était-ce l'influence discrète d'Amorem ; elle se trouvait dans le deuxième cas de figure : adieu le sinistre futur ; elle avait désormais l'éternité pour pleurer son triste sort. Aujourd'hui, rien qu'aujourd'hui s'il le fallait ; elle voulait à nouveau être humaine, et rien qu'une humaine.

« D'où viens-tu ? » resurgit la voix de l'autrichien, la tirant subitement de ses pensées.

La question la transporta aussitôt auprès de ses parents, dans sa petite maisonnette plantée au sommet d'une des nombreuses et vastes collines d'Irlande. Elle y vit le doux visage de sa mère, la fière figure de son père, entendit même les aboiement de son chien et pu presque sentir l'odeur des pâturages dont se nourrissaient ses moutons. Tout lui revint soudainement, plus vivant que jamais, à la manière d'un millier d'images qui assaillirent son esprit de toute part, prenant possession de ses cinq sens : elle avait le goût du lait frais sur la langue, les brins de paille qui lui filaient entre les doigts et le chant du merle au levé du jour. Le regard rêveur — bien qu'inévitablement voilé par un nuage de tristesse ; elle répondit d'une voix douce et bien plus contrôlée que les fois précédentes. Les sanglots avaient fini par mourir au fond de sa gorge.

« Je viens d'un petit village en Irlande... » fit-elle, posant son regard sur son interlocuteur. « J'y vis encore avec mes parents, nous vivons de notre petit troupeau de moutons. » se laissa t-elle aller à dire, enthousiaste dès lors qu'elle pouvait parler de son pays natal ; parfois trop pour son propre bien. « Je les emmène chaque matin à l'aube aux pâturages, puis je.. » elle marqua une pause, incertaine à l'idée de préciser qu'elle s'absentait la journée pour se rendre dans l'Arche. « Puis je les redescend le soir à l'étable. » Se rendant compte qu'elle en avait probablement dit beaucoup plus que ce que le blond voulait entendre, elle coupa court à son petit récit. « Euhm.. et toi ? Enfin je veux dire, que fais-tu dans la vie ? »

Prise d'une curiosité nouvelle ; elle détailla son compagnon avec plus de précision, comme pour chercher un indice, des bribes de ce qu'il faisait au quotidien. Son regard lui revint néanmoins bredouille : elle avait beau chercher, elle n'arrivait pas à trouver ce que pouvait bien exercer cet homme aux traits si fins et délicats.
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Re: L'éveil, enfin [Bonnie]
Mar 17 Fév - 4:15
    Tout était si calme, si habituel que croire que tout ceci arrivait vraiment, que ce n'était pas juste un rêve, était vraiment difficile à croire. Il avait l'impression que son cauchemar, aussi bref que brutal, s'évaporait lentement en un rêve très doux, très délicat. Il avait du mal à réaliser... Mais pourtant, c'était indéniable. Tout ce qu'il savait, tout ce qu'il sentait... Il ne pouvait pas l'avoir inventé. Il ne savait pas la rancœur d'Eifersucht, il la sentait. Si il se laissait aller à y réfléchir, elle lui brûlait les entrailles comme des milliers d'aiguilles à blanc. La colère froide, méthodique, qui se consumait lentement quelque part dans son esprit... Elle était sienne, maintenant, en même temps qu'elle lui était totalement étrangère. C'était une sensation étrange que de se savoir différent de soit-même, jusqu'à dans l'âme et dans le cœur. Mais tant qu'il pouvait dissocier cette colère de ses vrais sentiments, il se savait encore humain, et c'était suffisant.

    Peut-être était-ce pareil pour Bonnie. En tout cas, c'est ce qu'il croyait discerner dans son regard et dans sa voix. C'est ce qu'il sentait jusque dans la fugacité de ses gestes, et c'était une constatation qui le rendait un peu triste, tout autant qu'elle le rassurait. Il pouvait deviner qu'elle n'était pas heureuse de sa transformation. Il y avait presque de la nostalgie dans ses mots. Mais pour lui, c'était aussi la preuve tangible, inoubliable, qu'il y avait de l'humanité même parmi les Noés. Et maintenant qu'il pouvait mesurer toute l'ampleur de cette révélation, c'était du soulagement qu'il ressentait.

    Alors qu'elle se replongeait dans les souvenirs de sa terre natale, Leander l'observait du coin de l’œil, un peu curieux, un peu admiratif. Le premier choc passé, la première impression posée, Bonnie n'avait plus rien de la princesse et c'était d'autant mieux. De ce point de vue, peut-être était-elle même aux antipodes d'Amorem. Car l'Amour est une Reine, drapée de rouge et lèvres souriantes, mais une Reine quand même, implacable et magnifique...
    Ce qu'il pouvait ressentir d'Eifersucht le laissait légèrement rêveur, pour ne pas dire perplexe. Ils n'étaient qu'un, et il connaissait son cynisme amer et ses mots venimeux, la distance qu'il mettait entre lui et les siens. Il avait du mal à appréhender ce qui pouvait les relier... Pourtant, Amorem lui évoquait une forte chaleur et le parfum entêtant des roses, la douceur d'une journée d'été et des bras de femme qui l'entouraient. Comme les restes flous d'une scène presque oubliée, dont seuls restaient un soupçon de passion et un brin d'admiration. Les cendres froides de la jalousie.

    Ce que Bonnie lui dépeignait maintenant, ça n'avait rien de l'élégance voluptueuse et entêtante de l'Amour, celui avec une majuscule, des dorures et un goutte de parfum. Ce n'était pas Amorem. C'était plus doux, plus innocent. Peut-être son imagination était-elle trop vivace, ou se laissait-il emporter à de la poésie de bas étage, mais il voyait d'immenses étendues vertes et sauvages, qui sentaient la paille et le sel, et il devinait le début du printemps, la fraîcheur de la côte, la laine rêche sous les doigts délicats de Bonnie. S'arrachant à sa rêverie, souriant, il lui dit sans trop y réfléchir :

    – J'aimerais bien le voir de mes propres yeux. Je crains que ma vision de l'Irlande ne soit un peu faussée par ce qu'on en raconte.

    Et pourtant, l'image lui plaisait. Elle se mariait parfaitement à celle qu'il avait de sa compagne d'infortune. Ça devait lui manquer. Pas seulement l'endroit, mais surtout l'ignorance des jours où sa vie pouvait vraiment se résumer à cela. Ou peut-être était-ce présomptueux de sa part de le penser ? Un peu hésitant, mais curieux d'en apprendre plus sur elle, il se risqua à demander :

    – Comment... arrives-tu à concilier tes anciennes habitudes avec ta nouvelle vie ?

    Il avait choisi ses mots avec soin et il espérait qu'ils n'étaient pas maladroits. La communication, sous toutes ses formes, n'avait jamais été son fort. Lorsqu'il arrivait à parler, tout simplement, il avait souvent du mal à exprimer ce qu'il voulait vraiment dire. Ce que les autres faisaient avec naturel, sans réflexion aucune, ça lui demandait à lui préparations et hésitations. Il choisissait ses mots, y réfléchissait vraiment, pour éviter les maladresses qu'il faisait autrement.
    Sa question lui arracha un petit sourire sans joie, un peu gêné. Il répondit néanmoins, avec le plus de naturel possible.

    – Je suis compositeur. Interprète. Musicien, disons.

    Il s'interrompit, ne sachant pas bien quoi ajouter. Tout ce qu'il pensait pouvoir ajouter n'était que gémissements futiles, mais il lui devait bien quelques confidences, n'est-ce-pas ? Du moins, il se sentait assez en confiance pour le faire, et il sentait, instinctivement, que c'était un moyen comme un autre de se rapprocher d'elle.
    Au moment où il s'en rendit compte, son sourire fondit et disparut. Il était évident qu'il s'était senti seul. Beaucoup trop d'heures d’introspection, seul dans son atelier, à pleurnicher puis s'invectiver pour avoir perdu tant de temps à s’apitoyer sur son sort ; sort qui entre nous, était plutôt enviable. Il savait depuis longtemps qu'il était dans sa nature que de plonger dans la mélancolie, aussi fort qu'il désapprouve ce comportement. Il ne pouvait pas vraiment s'en empêcher : il se surprenait lui-même dans ce genre de moments, sans savoir à quel moment exactement il était tombé dans les serres noires de l'auto-dépréciation.
    Ce qu'il venait de réaliser, cependant, était d'autant plus désagréable à entendre. Il désirait si fort ce brin de compagnie qu'elle pouvait peut-être lui offrir qu'inconsciemment, il était prêt à donner plus de lui qu'il ne l'aurait jamais fait. Peut-être même à donner plus de lui qu'il n'avait vraiment. Il n'avait pas envie de lui offrir une image erronée de lui... Pas plus qu'il n'avait envie de renoncer.

    Non, non, Lean'. Tu as parfaitement le droit de la trouver adorable. Parfaitement le droit de vouloir t'en rapprocher. Parfaitement le droit de vouloir t'en faire une amie.
    Vaguement gêné, il détourna les yeux, puis revint promptement la regarder, discrètement. A nouveau, le contraste qu'elle offrait avec leur environnement le frappa. Elle vibrait d'une énergie qui était en totale opposition avec la rigueur figée de la ville. Il adorait les façades délicatement autoritaires des maisons de Vienne, mais elle lui évoquait quelque chose de plus frais, de plus doux, de plus vif aussi. C'était d'autant plus étonnant qu'elle n'avait pas l'allure particulièrement exotique d'une femme du sud. Il était juste tissée d'une autre fibre, et il se devait d'admettre que ça lui plaisait.
    Alors, essayant de vaincre la timidité qui soudainement reprenait le dessus sur sa voix, il continua :

    – J'ai donné beaucoup de représentations, mais... Je ne suis pas à l'aise face à une foule. Alors je donne surtout des cours, et je compose... seul. Après un brin d'hésitation, il ajouta avec un léger sourire. – Je serais ravi de te faire écouter un morceau un jour, si tu veux bien me donner ton avis.

    Si le moindre regard l'inquiétait, il pouvait contenir son stress et le maîtriser si ils n'étaient pas trop nombreux, ou pas complètement étrangers. Il n'avait pas à peu de problèmes quand il s'agissait de jouer pour sa famille, ou ses élèves : seuls les regards avides d'une salle de concert le paralysait totalement et parfaitement. Il se sentait capable de jouer pour elle, un jour ou l'autre... Si elle le désirait évidemment.
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